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La hache

19/10/2014 11:50 EDT | Actualisé 19/12/2014 05:12 EST

Je ne suis jamais allée à une messe de ma vie. Pour mes parents baby-boomers, le festival de Woodstock, l'original de 1969, a remplacé la nativité et une vague croyance dans l'amour universel a fait chez nous office de liturgie. Remarquez que c'est un idéal tout aussi inaccessible et ça rejoint pas mal l'essence de ce que Jésus, hippie avant l'heure, prônait.

Parfois, je regarde le monde qui m'entoure et je vois bien que l'utopie prend l'eau et que toute cette époque sera bientôt rayée de notre mémoire collective. Mais, dans ma famille, la transmission filiale continue d'opérer. Ma nièce de 13 ans ignore délibérément les stars actuelles de la pop et ne vit que pour le rock, elle qui étudie la batterie et écoute Jimmy Hendrix, Led Zepplin, les Who, The Doors, etc. À la manière du sordide et de la morbidité qui constituent les valeurs de la famille Adams, notre mythologie familiale à nous se résume à Sex, Drug & Rock'n'roll.

N'empêche, c'est dur de ne pas envier mes parents qui ont connu l'âge d'or, ou l'idée que je m'en fais. Nous autres, notre party a duré à peine une demi-année. On marché dans la rue, on s'est peint des carrés rouges sur les joues, on a tapoché des casseroles puis, plus rien.

L'apathie règne, les médecins prétentieux et les petits comptables nous gouvernent. Ces derniers ne peuvent pas avoir de perspective puisqu'ils ont le nez collé sur les colonnes de chiffres, sans jamais se soucier du facteur humain, qui s'avère trop complexe pour le cerveau du petit comptable. Un million de récolté en impôt chez une multinationale n'a ni la même valeur, ni le même impact qu'un million économisé sur le dos des assistés sociaux. Mais le petit comptable ne voit pas la différence, il ne voit que les chiffres et il faut que ça balance.

Mes parents, eux, sont les dignes héritiers des artisans de la Révolution tranquille comme René Lévesque (mouture libérale, puis péquiste), comme le cofondateur du RIN Pierre Bourgault, Jaques Parizeau première mouture en apparatchik au gouvernement Lesage, Guy Rocher qui participa activement à la Commission Parent, Thérèse Casgrain qui contribua à la fondation de la FFQ, les syndicalistes Michel et Simone Chartrand, le poète très engagé Gaston Miron et les autres hérauts des «temps nouveaux». Jeunes, mes parents se sont abreuvés de leurs paroles inspirantes comme des millions de leurs semblables et ont profité des nouvelles mesures qu'ils ont contribué à instaurer.

Les baby-boomers avaient la force du nombre et, leur truc, c'était le collectif, faire les choses en gang. Penser collectif dans les années 60 et 70 servait à se doter d'un vaste réseau de cégep, d'une université publique provinciale ouverte pour que l'éducation soit accessible au plus grand nombre et aussi un système d'assurance maladie à couverture universelle pour que tous aient accès au soin. Les dirigeants de cette époque ont été guidés par un objectif clair, le bien commun.

Lente agonie

Ça me fait toujours mal de penser à ça alors qu'aujourd'hui on assiste au désolant spectacle des petits comptables qui arrachent morceau par morceau ce qui doit assurer le bien-être collectif au profit d'une petite gang de privilégiés, les nantis.

Les petits comptables sont à la solde des nantis et ne se cachent même plus pour commettre leurs injustices. Aujourd'hui, on n'a plus besoin d'un brûlot comme Le temps des bouffons de feu Pierre Falardeau, tout ce qu'ils font est étalé en pleine pages des journaux, sans gêne, et même les plus démunis applaudissent, car il faut envier les riches et les respecter. Un des quartiers les plus pauvres du Canada, Pointe-Saint-Charles, à Montréal, vote libéral d'élection en élection depuis 44 ans sauf une fois en 1976. Les nantis et ceux qui les défendent, ça impressionne, ça suscite le respect!

Nous sommes gouvernés par des médecins prétentieux et des petits comptables comme Philippe Couillard, Martin Coiteux, Gaétan Barrette, Carlos J. Leitão, Yves Bolduc et leurs semblables. Et d'autres semblables attendent en réserve. De nos jours, non seulement nos leaders politiques sont plus beiges que le béton du complexe Desjardins, mais ils sont dangereux. L'austérité en cette ère néolibérale de l'individualisme prêche qu'il faut consommer pour exister, sinon notre monde va arrêter de tourner. Et comme on n'a pas d'argent, il faut s'endetter, au plaisir des banquiers, qui sont eux aussi des petits comptables, mais dans leur variante vorace et carnassière, et qui rient dans leur barbe.

Et on est seul, c'est effrayant comme on est seul, tous, dans notre coin.

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