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Journée internationale des femmes: accrocher ses patins

28/02/2017 09:20 EST | Actualisé 28/02/2017 09:20 EST

Cette année, pour la Journée internationale des femmes, j'avais prévu me vider le cœur en vous parlant de ma fatigue morale et intellectuelle, celle-là même ayant provoqué le silence radio de ce blogue pendant plus de quatre mois, après des années de publications régulières.

Je voulais vous entretenir de la souffrance liée au fait de récolter de belles grosses doses de mépris semaine après semaine et de celle qui vient avec le fait de constamment déplaire (eh oui, le féminisme en rebute et hérisse plusieurs) alors qu'en tant que fille, j'ai grosso modo été plutôt socialisée pour séduire (sois belle et tais-toi!).

C'est épuisant de constamment nager à contre-courant de ce qui est socialement valorisé et attendu de soi. Combien de fois me suis-je maudite et demandée pourquoi je faisais tout ça alors qu'il serait tellement plus simple de rentrer dans le rang, d'arborer un grand sourire et de chercher à être aimée du plus grand nombre.

Mais non, je suis là à constamment me faire violence, à planter l'index dans le bobo, incapable de me taire et passer mon chemin devant l'injustice. Fichu sens du devoir, y a vraiment de quoi virer sur le top certains jours...

Je voulais aussi vous confier la tristesse que j'éprouve lorsque je perds des amis. Vous me direz qu'au fond, ce ne sont pas de vrais amis et vous aurez raison, bien entendu. Ce qui ne m'empêche pas de ressentir la brûlure de leur rejet. Je suis humaine, après tout.

Pour tout vous dire, ce huit mars prochain, je voulais vous annoncer mon intention de me retirer dans mes terres pour quelque temps.

J'ai toutefois appris cette semaine que deux chroniqueuses féministes - Geneviève Pettersen et Judith Lussier - lançaient la serviette et quittaient leurs tribunes respectives chez Châtelaine et au journal Métro. Déjà, il y a presque trois ans, j'avais vu Sarah Labarre abandonner sa chronique chez Urbania.

Tenir une chronique résolument féministe n'a rien à voir avec le fait de chroniquer sur tout et sur rien.

Même si tout cela me rend triste, je comprends que trop bien leur décision à chacune. Tenir une chronique résolument féministe n'a rien à voir avec le fait de chroniquer sur tout et sur rien. Le niveau de bruit et de haine que cela entraîne est sans pareil.

Je ne vous apprends rien, être une femme et prendre la parole dans l'espace public n'est pas sans risque. C'est un problème que certains chroniqueurs ont l'amabilité de reconnaître. Chez nous, c'est le cas de Mathieu, Claude, Stéphane et j'en passe, tandis que d'autres n'hésitent pas à nier l'évidence (pas envie de les nommer et de leur donner encore plus d'exposure à ceux-là).

Or c'est difficile pour une femme d'aborder cette situation, car, bien souvent, on va l'accuser de jouer à la victime. Donc, qu'elle en parle ou non, de toute façon, elle est cuite. Tout ça est usant et, parfois, on finit tout simplement par choisir de se taire.

Heureusement, Geneviève Pettersen nous promet de reprendre du collier sous peu, sur une nouvelle tribune, dans une nouvelle forme, mais sans renier totalement la chronique. Voilà qui me console quand même, un peu.

Et puis, avec tout ça, j'ai décidé de ne pas accrocher mes patins, du moins, pas encore.

Ce blogue vivra.

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