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Femmes et politique: on n'attire pas les mouches avec du vinaigre

04/02/2015 10:13 EST | Actualisé 06/04/2015 05:12 EDT

Saviez-vous que les élues de la Ville de Montréal n'ont pas droit au congé de maternité? En 2012, les conseillères Elsie Lefebvre et Cindy Leclerc déposaient une motion afin que le Conseil municipal obtienne la certification Conciliation travail-famille. Depuis, toujours rien. La conseillère Émilie Thuillier, qui a accouché le 26 décembre dernier, n'a droit à aucun congé.

Je vous conseille du reste la lecture de cet article qui aborde la discrimination dont cette dernière a été victime lorsqu'elle qu'elle n'a pas pu se présenter au dernier Conseil de ville pour cause de contractions. Le «bon» maire Coderre s'est alors fait un plaisir d'en profiter pour rejeter la motion de l'élue plutôt que d'accepter qu'elle soit lue par un ou une de ses collègues. Cheap, très cheap.

Même chose à Ottawa, les élues fédérales ne bénéficient pas d'un congé de maternité, ce qui donne parfois lieu à des cas comme celui de la désormais députée Sana Hassainia, qui, en 2012, s'était présentée en chambre avec son nourrisson, ce qui avait suscité l'ire du président, qui avait demandé son expulsion.

Les élues du Parlement européen ont elles aussi le même problème. C'est pourquoi elles ont implanté les mercredis « mères et nourrissons » en guise de protestation contre l'absence de congés parentaux.

Ça tombe sous le sen, non?

Si vous êtes comme moi, vous pensez qu'il est utile que des gens de tous âges se présentent aux élections et que les meilleures équipes sont celles balancées en terme d'expérience, de sagesse, de fougue et d'idées nouvelles.

Si vous êtes comme moi, vous pensez que davantage d'élues féminines est nécessaire et que la parité est souhaitable pour représenter adéquatement les intérêts de la population qui - surprise - est composée à 50,4% de femmes.

Je le répète depuis quelque temps: l'implantation de mesures de conciliation travail-famille est à mon avis LE combat du 21e siècle pour atteindre l'égalité des chances, pour un meilleur accès des femmes en emploi, pour plus d'équité en matière de revenus et de progression de carrière, notamment.

Et, par conséquent, il est plus que souhaitable que des jeunes femmes, avec de jeunes familles, investissent les instances décisionnelles, pour changer les façons de faire dans leurs institutions respectives, mais aussi dans toute la société, puisque les élus sont censés donner les grandes orientations en matière de politique de conciliation travail-famille.

En voulez-vous des solutions?

Mais en attendant, je m'interroge - et m'insurge -, comment voulez-vous, bon sang, attirer des jeunes femmes en politique dans ces conditions?

Pourtant, des solutions pour les élues qui viennent d'enfanter, il en existe. On peut penser à des délégués pour les votes ou même mieux, des élus suppléants, qui remplacent les élues durant la période du congé de maternité. Une telle mesure existe déjà dans les pays scandinaves (eh oui, encore eux...). Et ce serait important que nos élus masculins nouvellement papa puissent eux aussi s'en prévaloir afin de bénéficier d'un congé parental. Plus l'implication du père est importante et rapide, meilleur le partage des tâches et la conciliation travail-famille au sein du couple sera.

Ça presse, il est vraiment temps de dépoussiérer le fonctionnement des institutions politiques, qui est prévu pour les hommes d'un certain âge. Les élues actuelles sont de véritables pionnières, chapeau bas pour leur audace et ténacité.

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