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Faire de la politique autrement

23/04/2017 08:33 EDT | Actualisé 23/04/2017 08:33 EDT

Vous entendez souvent, depuis longtemps, cette phrase que les médias et plusieurs partis politiques répètent en boucle et qui est, entre autres, l'écho du cynisme et des révélations outrageantes de corruption depuis quelques années. Faire de la politique autrement. Un changement de comportement est attendu de la part des élus. Mais qu'est-ce qu'un bon politicien aujourd'hui? Quelle est la part du citoyen dans ce changement?

Max Weber, sociologue allemand engagé dans l'action politique (1864-1920) distinguait deux façons de faire de la politique ou dans ses termes à lui, deux éthiques de l'action politique : l'éthique de conviction et l'éthique de responsabilité. Je résumerais la différence ainsi : les politiciens qui agissent avec l'éthique de conviction ont cette certitude, cette foi en une idéologie.

Ils séduisent en promettant le bonheur, le paradis ou la fin de la pauvreté, par exemple.
Nous les retrouvons en politique, souvent dans l'opposition. Pour leur part, les politiciens guidés par l'éthique de responsabilité sont majoritairement au pouvoir et ils répondent des conséquences de leurs actes. Ils font certainement moins rêver et nous les entendons dire que ''ce n'est pas si simple'' et ''qu'il faut y aller à petits pas''. Bref, ils gèrent régulièrement les déceptions. Ainsi, d'un côté l'électeur imagine un monde meilleur et de l'autre il constate que rien ne change, du moins trop lentement. #BonjourLeCynisme

Pour faire autrement, il serait intéressant de trouver un équilibre entre ces deux éthiques et ainsi développer une vision innovante de la société, tout en s'assurant qu'elle soit raisonnable et réalisable. Certains élus agissent ainsi, mais ils sont beaucoup moins populaires ou séduisants pour les citoyens. Nous évaluons tous notre intérêt politique en fonction de l'impact des décisions gouvernementales sur une cause qui nous tient à cœur. Prenons l'exemple du développement durable, sujet incontournable et prioritaire à mes yeux. Si cet enjeu vous interpelle, vous applaudirez possiblement les discours qui appellent à un changement drastique de notre mode de vie urbain. Plusieurs seront charmés par le politicien bio, écolo qui parlera avec émotion de la planète. Du moins, il semblera plus intéressant que celui qui proposera d'y aller en étapes. Ce dernier paraitra manquer d'audace et de conviction. Si nous voulons que nos politiciens changent, il faudra cependant que nos réactions à leurs discours soit différentes.

À titre de politicienne, est-ce acceptable que j'ose faire porter le fardeau du changement souhaité aux citoyens? Totalement.

À titre de politicienne, est-ce acceptable que j'ose faire porter le fardeau du changement souhaité aux citoyens? Totalement. Parce que je suis également citoyenne, mais surtout parce que la politique ne change pas avant la société. C'est plutôt l'inverse. Je ne crois pas au messie/politicien. Aucun Jésus des temps modernes ne viendra nous sauver de notre cynisme et de notre désintérêt. D'ailleurs, nous serions les premiers à le crucifier en cas de doute ou d'erreur même après quelques miracles. Changer notre manière de faire la politique (conviction) n'est pas une mince affaire, il faudra du temps (responsabilité).

Peu importe l'époque dans laquelle nous vivons, il nous faut des citoyens prêts à regarder la politique autrement pour qu'en ressorte des politiciens qui agissent autrement.

Alors comment nous préparer à devenir ces citoyens? Une des clefs est certainement l'éducation à la démocratie. Pas l'éducation qui nous fait ''voter du bon bord'', mais celle qui nous fait comprendre les nuances des décisions politiques. Celle qui nous aide à transformer la méfiance en curiosité. Car notre cynisme envers la politique c'est surtout ça; des craintes, de la suspicion et de nombreux doutes. Bref, un sentiment qui anéantit l'envie de s'impliquer. L'éducation est au cœur de changements dans nombreuses sociétés et l'école est certainement le lieu le plus neutre pour mieux outiller les futures générations. Cela dit, n'attendons pas. Faire autrement commence maintenant. La prochaine fois qu'un politicien nous décevra en raison de sa retenue, essayons de comprendre pourquoi et de voir ce qu'il propose. Recherchons une vision, certes, mais uniquement si elle s'unit à la responsabilité.

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