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Revendiquer dans la rue, sur Twitter, Facebook... et négliger d'aller voter

13/06/2012 12:11 EDT | Actualisé 12/08/2012 05:12 EDT
AFP

J'ai été sidérée en voyant le taux de participation à l'élection complémentaire qui s'est tenue lundi, dans deux circonscriptions : 42,36% dans Argenteuil, ce n'est déjà pas brillant, mais 25,56% dans LaFontaine, c'est sidérant. Et par ailleurs, on a des gens qui bloquent des rues et s'épanchent sur les médias sociaux en se réclamant de Gandhi et de Martin Luther King.

J'avais déjà parlé de cette propension, qui est pratiquement devenue « mainstream » dans bien des pays d'Occident, chez bien des gens qui se réclament d'une idéologie progressiste et « de gauche », à lever le nez sur tout ce qui ressemble à une institution. Le discours, à la base : il n'y a rien de bon ; il n'y a aucun parti qui offre une solution « satisfaisante » ; il faut autre chose pour mener de « vrais » changements ; etc. Le Québec est loin d'être le seul endroit dans ce genre. En France, le faible taux de participation aux législatives de cette semaine est aussi un sujet de préoccupation. Et, avant les présidentielles, ce message anti-abstention circulait en France.

Le discours « abstentionniste » court aussi au Québec parmi une certaine intelligentsia. Et non seulement on présente l'abstention comme une option à défendre parmi d'autres, mais, en plus, cela devient l'attitude « cool » à avoir. Et dénoncer cela, inciter les gens à aller voter, c'est par contre se montrer un peu « boy-scout ». Rappeler qu'il y a encore des endroits dans le monde où des gens meurent en revendiquant la démocratie, c'est s'exposer à se faire regarder un peu comme nos mères qui nous incitaient à vider nos assiettes en pensant aux petits Éthiopiens (ou Haïtiens, ou Biafrais, ou Chinois, etc.) qui n'avaient rien à manger.

Je n'invente rien : j'ai réellement lu des propos semblables dans des journaux, et entendu la même chose à la radio, de la part de chroniqueurs/euses qui se positionnent comme « de gauche » et progressistes. Et ajoutons à cela les membres d'une certaine mouvance « 2.0 », selon lesquels une sorte de« démocratie directe » sur le web devrait venir remplacer le reste.

Je termine en citant le statut d'une connaissance (pourtant assez « 2.0 » elle-même) sur Facebook : « Non, non, chéri. Le faible taux de participation, c'est pas de la faute de Jean Charest. Ni d'Amir. Ni même de Toni Tomassi. C'est de TA faute si tu sors pas ton gros derrière lymphatique de ton divan pour aller voter. Uniquement la tienne. Eh oui. Plate de même. »

Les réactions Twitter aux scrutins dans Argenteuil et LaFontaine