Marie-Claude Ducas

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Où ça, un conflit de générations?

Publication: 16/08/2012 13:46

François Legault, le chef de la CAQ a eu le malheur de parler, dans une déclaration, des jeunes qui songent à « faire la belle vie » plutôt qu'à travailler », et c'est reparti : on le qualifie de « mononc' » qui ne comprend rien aux jeunes, que ce soit sur Twitter ou dans divers billets et chroniques, que ce soit ce blogue de Jean-François Lisée ou, sur le Huffington Post, ces billets de Francine Pelletier, de Maxime Duchesne et de Annick Vigeant . On parle d'un discours passéiste, et on l'oppose à la vision d'une nouvelle génération.

Cela fait déjà un moment que l'on transpose automatiquement les choses en terme de « conflits de générations ». Cela avait commencé avec tout le plat que l'on faisait autour des « digital natives », et du supposé fossé qui sépare les jeunes ayant grandi avec l'époque « 2.0 » de leurs aînés. Discours qui n'a pas arrêté de prendre de l'ampleur depuis le conflit étudiant. En fait, bien des commentateurs jubilaient presque: ah!, enfin une belle guerre générationnelle! D'un côté les jeunes, révoltés d'être privés de tout, en même temps porteurs d'une nouvelle vision, et animé de ce bel esprit « 2.0 ». Et de l'autre les « vieux », détenteurs du pouvoir, monopolisant les privilèges et, bien sûr, n'ayant rien compris à la jeunesse, ses valeurs et sa mentalité.

Désolée, mais c'est une vision que je n'achète pas. Et plus j'y pense, plus c'est même le contraire qui me frappe: il n'y a jamais eu, dans l'histoire récente, si peu de distance entre les générations. Depuis au moins 15-20 ans, les écarts ne font que s'amenuiser. Et la révolution « technologique » ou « 2.0 », ou peu importe comment on l'appelle, n'y change pas grand-chose sur le fond.

Vous en doutez? Allons-y pour y petit flashback, et repensons un peu aux différences qui existaient entre les baby-boomers de l'époque « peace and love » et leurs parents. Lesquels n'admettaient carrément pas la révolution sexuelle. Et n'entendaient rien, mais rien, à la musique rock : The Rolling Stones, The Doors, The Who, et même les Beatles, pour les parents de leurs fans, ce n'était en général que du vacarme produit par des dégénérés, drogués de surcroît. Continuons maintenant avec les membres de la génération X, dont je fais partie, nés quelque part entre 1958 et 1975. Là encore, peu de chance que nos parents aient apprécié avec nous The Clash, Supertramp ou Led Zeppelin. Ni les « hits » discos qui de la fin des années '70/début des années '80. Ni même les Neil Young, Bob Dylan, et compagnie, que nous découvrions par la suite en arrivant au Cégep, ou en fouillant dans les disques de nos grands frères ou nos grandes sœurs. Les parents des « X » sont issus de l'ère pré « baby-boom », et de l'époque où il y avait encore, d'un côté, les musiques des «jeunes » et de l'autre celles des « vieux ». Sans beaucoup d'intérêts réciproques... Issus, aussi, de l'époque pré-révolution sexuelle. C'est variable, évidemment, d'une famille à l'autre, mais c'était surtout le règne du «don't ask, don't tell» plutôt que celui des conversations ouvertes. Et pas vraiment question d'amener son chum et sa blonde (hors-mariage) coucher à la maison. Et non, on ne parle pas ici de la préhistoire, ni de l'époque de la « Grande Noirceur ».

Fast-forward vers la génération « Y », née en gros, entre 1975 et 1990. On parle donc des gens qui se situent aujourd'hui entre le début de la vingtaine et la mi-trentaine. Entre eux et leurs parents, comme « fossé générationnel », avouez qu'on vu pire (et tout ça s'applique, à plus forte raison, aux plus jeunes, qui sont dans l'adolescence aujourd'hui): si l'on regarde seulement le côté musical et culturel, ce n'est plus l'âge qui détermine les choix. Adele, on trouve ça bon, que l'on ait 15 ou 55 ans. Katie Perry fait taper du pied les jeunes, autant que leurs parents qui ont connu le disco et le dance. Quant au facteur scandale... Qu'est-ce qui reste à faire, franchement, après Alice Cooper? Et Lady Gaga a besoin de se lever de bonne heure pour choquer ceux qui ont suivi Madonna depuis ses débuts. Tout comme Adele, les parents aussi trouvent ça bon. Les jeunes, de leur côté découvrent de toute façon l'héritage des plus vieux, et passent bien souvent par leur phase « Jimi Hendricks/Pink Floyd/David Bowie ».

Quant aux écarts de conduite (appelons ça comme ça faute de mieux) des plus jeunes, ils n'énervent pas comme auparavant les parents qui ont connu l'époque « sexe, drogue et rock n' roll ». Le péché n'existe plus. S'il y a des inquiétudes, ce n'est plus sur le mode « Ah mon Dieu, tu te damnes », mais plutôt dans le genre : « Attention, ne retrouve pas enceinte, fais ce qu'il faut pour ne pas attraper de maladies, fais quand même attention à ce que tu prends... » Je sais, ce n'est pas forcément comme ça dans toutes les familles, mais voilà quand même la nouvelle norme, l'idéal auquel se conformer.

Alors, je pense vraiment qu'on fait fausse route en ramenant tellement les choses à un conflit de générations. Bien sûr, il y a encore des différences de vues et de valeurs entre les jeunes et leurs parents. Heureusement. Autrement, la vie serait drôlement plate, et le monde n'évoluerait pas. Et il y a plein de remises en question à faire, par rapport à la vitesse des changements dans notre société -oui, technologiques entre autres -, et à tout ce que cela entraîne sur des aspects tels le marché du travail, la gestion, l'économie, l'éducation... Mais justement, si on veut poser les vraies questions, arrêtons de voir les choses avec le prisme des années '60 et '70. Arrêtons d'analyser cela en terme d'enjeux qui n'existent plus. Cela nous aidera peut-être à nous concentrer sur les vraies questions, et sur ce qui change vraiment.

 

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