Marie-Claude Ducas

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Leçons de vie de vente de garage

Publication: 19/06/2012 00:00

Il y a plein de bonnes raisons de se prêter au moins une ou deux fois dans sa vie à cet exercice typiquement montréalais qu'est la vente de garage, comme je l'ai fait en famille cette fin de semaine. À part des raisons évidentes bien sûr, à savoir se débarrasser de ce qui ne sert plus, tout en amassant un peu d'argent.

Mais d'abord, un mot pour ceux qui sont des vétérans dans l'organisation de telles ventes, et, encore plus, pour ceux qui tiennent un commerce, ou dont la famille en tient un : SVP, sautez ce billet jusqu'au 8e paragraphe. Et si vous ne le faites pas, engagez-vous dès maintenant à ne pas rire de moi. Merci.

Bon, les autres maintenant. Tous ceux qui, comme moi, ne font pas face tous les jours à la réalité du commerce. Professeurs, fonctionnaires ou administrateurs de toutes sortes, avocats, journalistes, infirmières, cols bleus et cols blancs... Et oui, même vous, qui travaillez dans les communications, la pub ou le marketing: honnêtement, que savons-nous de la vente pure et simple, et de tout ce qui s'y rattache? Une vente de garage est une excellente occasion de mesurer cela.

Ça commence avec la pose des affiches. Dès le début de la tournée du quartier avec mes feuilles imprimées, mes ciseaux et mon papier collant, je me suis retrouvée face aux choix à faire : où mieux poser les affiches? Combien j'en mets aux abords du métro, et où sont les meilleurs «spots»? J'ai fait imprimer ce qui me semblait être beaucoup de feuilles... Mais, c'est chaque fois la même chose : on réalise vite qu'on n'en a pas imprimé assez. Mêmes dilemmes sur l'avenue Monkland, artère commerciale de mon quartier. Où y a-t-il plus de trafic piétonnier? Où les affiches risquent-elles le mieux d'être vues, et lues? L'abord des arrêts d'autobus semble judicieux, tout comme sur Decarie. Ne pas oublier les abords de la caisse pop et de la pharmacie. Ceux de l'école aussi, avec tous les parents qui passent là matin et soir, et sont exactement la clientèle-cible pour ce que nous vendons.

C'est un exercice du placement médias au ras des pâquerettes, le plus immédiat et le plus élémentaire qui soit.

Avec en plus, comme je l'ai appris, le «thrill» de flirter avec l'illégalité: «You know you can get fined for that», m'a dit un monsieur qui passait pendant que j'étais en train d'opérer, équipée de mes feuilles, de mon tape large et de mes ciseaux. «The city's giving fines for that.» - «Oh well, I'll live dangerously... but thanks for warning me», ai-je répondu, après être restée interloquée une seconde.

(Entre parenthèses : non mais, y a-tu du monde PLATE un peu, des fois ! Et honnêtement, j'ose à peine imaginer les titres dans les journaux - sans parler des commentaires sur les médias sociaux - si la Ville se mettait en frais de sévir contre ces affiches qui fleurissent chaque printemps sur les poteaux et font partie du paysage montréalais depuis des décennies. Et cela même si, comme outil de marketing maintenant il y a évidemment Facebook aussi.)

Au jour J, c'est la session de «merchandising» 101 : qu'est-ce qu'on met en avant? Qu'est-ce qui risque d'être le plus «vendeur»? Quels livres met-on sur le dessus? L'exercice en «pricing» est intéressant aussi... En gardant en tête, quand même, les distorsions auxquelles une vente de garage donne lieu: le but premier, c'est quand même de se débarrasser de son «stock». Les super «package deals» sont de rigueur. Mais quand même: on se rend compte jouet ou un jeu peut se vendre pratiquement au même prix qu'un ventilateur, ou qu'une pièce de mobilier; ou que cinq disques vinyles.

(Autre parenthèse : intéressant, ce regain d'intérêt pour les disques vinyles. Et on reçoit toujours la visite d'un ou deux maniaques de musique assez colorés, quand on annonce des vinyles à vendre.)

Mais enfin, l'intérêt et le prix résident dans l'œil de l'acheteur, et on apprend, au fur et à mesure, à jauger ce à quoi les acheteurs donnent de la valeur.

Deux principes d'application générale ici. Un: les enfants sont vos meilleurs alliés, mettez les jouets en avant. Surtout s'il y a des dinosaures et des gros camions dans le lot - «Maman, je veux ça!» (par contre, je suis encore surprise que Monsieur Patate soit resté en plan). Et, deux: les vêtements, ça ne vend pas. Même les vêtements d'enfants, de très bonne qualité et finalement peu portés, étant donné la vitesse à laquelle ils grandissent. Même à 1$ pièce, et même moins si achat en quantité. Mais où sont-ils donc, tous ces jeunes parents urbains dont on entend tant parler, adversaires de la surconsommation, préoccupés par l'environnement et adeptes de la simplicité volontaire?

Et puis, sortons des considérations commerciales. C'est une superbe et étonnante occasion de rencontrer toutes sortes de voisins, immédiats et un peu moins immédiats. C'est là qu'on apprend qui est la dame que l'on voit toujours le matin avec son petit chien, où elle demeure (à 5-6 portes d'ici) et ce qu'elle fait dans la vie. Qui est le voisin qui demeure presque en face. Et il y a de ces rencontres impromptues, comme avec ce jeune anglo qui étudie à Concordia en biologie et a quitté son Beaconsfield natal pour un appartement dans le quartier (bravo, il n'y a pas que des Tanguy en ce monde). À qui on a expliqué les rudiments de la cuisson avec la poêle en fonte qu'on lui vendait. Puis, parce qu'il achetait un livre où il en était question, de lui vanter les beautés du Jardin botanique, qu'il n'avait jamais visité. Il y a encore un peu de travail à faire pour finir de faire tomber la traditionnelle frontière est/ouest dans cette ville, apparemment. Par contre, la conversation s'est déroulée entièrement en français. Vive Montréal.

Et pour finir, LA raison pour laquelle cela vaut la peine de faire une vente de garage: c'est d'exhumer et de voir exposés au grand jour tous ces trucs qu'on a achetés. Pour lesquels on a dépensé une partie de cet argent si durement gagné. Et dont on ne s'est pas servi. Ou si peu... C'est une occasion en or de se questionner sur nos habitudes de consommation. Pourquoi, au fait, avait-on acheté ceci ou cela? Combien tout cela avait-il coûté, déjà? Pourquoi achète-t-on? Quelles sont les dépenses, parmi celles que nous faisons, qui nous rendent vraiment heureux? Quelles sont celles qui, en fin de compte, sont en pure perte? Pour aider l'environnement et contrer la surconsommation, une vente de garage vaut largement toutes les «Jour de la Terre» , toutes les «Journée sans achat», et toutes les autres manifestations anti-consommation du genre au monde.

Et puis non, personne de «la Ville» ne s'est pointé chez nous.

Et vous, qu'est-ce qui vous frappe dans les ventes de garage? Et quels sont vos trucs infaillibles pour bien vendre ?

 

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