Marie-Claude Ducas

RECEVEZ LES NOUVELLES DE Marie-Claude Ducas
 

École privée, école publique

Publication: 17/10/2012 09:49

Déjà qu'on était en pleine période des tests d'admission pour les écoles privées: bien des élèves s'apprêtent à "passer les tests", ou viennent de le faire, et commencent à attendre impatiemment les résultats. Avec les déclarations de la ministre de l'Éducation Marie Malavoy et le débat que cela a déclenché sur le financement des écoles privées, le sujet est plus que jamais dans l'air. Il en était récemment question à l'émission d'Isabelle Maréchal au 98,5 FM. Entre autres.

Quelle école conviendra le mieux à notre enfant? Sera-t-il bien encadré, bien stimulé? Le privé est-il automatiquement l'option idéale? Fréquente-t-on le public faute de mieux seulement?

Pour ma part, c'est l'an dernier que je m'étais colletaillée avec ces questions, alors que mon garçon finissait son primaire. Et même, en fait, dès l'année d'avant: nous avions déjà fait des "portes ouvertes" alors qu'il était en 5e année. Question de commencer à se faire une idée...

Nous avions visité quelques écoles privées, pas trop loin d'où nous demeurons, de même que l'école internationale. Et, aussi, l'école publique du secteur. Et sur ce dernier point, parmi les gens que je côtoie en général, j'étais l'exception: personne d'autre n'était allé visiter l'école publique. Dès qu'on a un peu les moyens, un certain niveau d'éducation et des enfants qui réussissent le moindrement en classe, on vise automatiquement le privé. Ou sinon, à tout le moins, on considère une "école internationale". Publique, mais néanmoins contigentée..

Bref résumé des visites. Je ne m'attarderai pas sur les écoles privées. C'est beau, c'est bon, il y a plein d'activités et de programmes intéressants. Reste à voir si on a ou non un penchant pour le système français, si on aime beaucoup entendre parler d' "excellence", ou si on préfère voir mettre l'accent sur la « diversité de l'éducation », si on aime plus les sports ou la musique...

L'école internationale maintenant: à celle que nous avions visitée, mon garçon et moi, le propos mis de l'avant par la direction ne nous a pas impressionnés beaucoup; essentiellement: "Ah, c'est compliqué entrer chez nous, nos tests sont rigoureux, on n'admet vraiment pas n'importe qui." Ni d'ailleurs celui des élèves qui nous faisaient visiter: "Ah, les profs sont sévères, on ne tolère pas les retards, et si tes notes descendent en bas de tant, tu risques de te retrouver à la porte..." Je veux bien qu'on soit exigeant, et même sévère. Mais où sont la motivation, la stimulation, la fierté? L'école "totalement" publique (une assez grosse école, fortement multiethnique), nous a par contre favorablement impressionné: on sentait une volonté de mettre de l'avant les avantages de l'école - dont des progammes pour les élèves doués, un fort accent, pour tout le monde, sur l'enseignement de la musique, et des activités scolaires variées et intéressantes. Et, suite à un incident malheureux qui s'était passé à proximité de l'école quelques mois avant, on sentait aussi une préoccupation d'en rétablir la réputation.

Mais peu importe, au final. Puisque, pour l'essentiel, nous avions le même penchant que tout le monde que nous connaissons: la 'vraie' option, c'était quand même le privé. Malgré deux ou trois questions venant constamment tourmenter mon vieux fond social-démocrate: à quoi rime un système public (en santé, en éducation, etc.), à quoi rime une société, si on n'est pas prêt à s'investir davantage dedans? Et si tous les "bons" et les plus aisés vont au privé, comment espérer que les établissements publics s'améliorent?

Je garde pour un prochain billet la suite, et le type d'école que mon garçon a fini par fréquenter. Mais pour l'instant, voilà certains aspects qui me frappent dans toutes ces histoires de privé/public. Et dont, il me semble, on parle peu.

Le mirage du privé

Je sais que le mot "mirage" va faire sauter au plafond bien des parents qui envoient leurs enfants au privé. Ce n'est pas mon but, et je ne suis pas vraiment satisfaite du mot "mirage". Mais je n'en ai pas trouvé d'autre. Et puis, oui, il y a quand même une part de mirage. Qui n'est pas grave dans certains cas, mais plus néfaste dans d'autres. Lors de conversations que j'avais avec des parents que je rencontrais, dans les périodes de portes ouvertes ou d'examens, je ne manquais jamais de demander: "Dites-moi, quelle est l'école publique de votre secteur? L'avez-vous considérée?" Je jetais inévitablement un froid. Parfois, on aurait cru que je venais de demander: "Avez-vous songé à envoyer votre enfant "dealer" du crack ?". Je n'exagère même pas. (Bon OK, un petit peu). Quand même: aux yeux de bien des gens, pour s'assurer que son enfant recevra le mimium d'attention et d'encadrement qui lui permettront d'avancer, il n'y a que l'école privée. Alors que "école publique" est automatiquement synonyme d'incompétence et de "free-for-all".

Les coûts, en argent et autrement

L'école privée, c'est beaucoup d'argent: 5000$ par enfant, au bas mot. Y en a-t-il pour faire le calcul de ce qu'ils feraient autrement avec cet argent? Les "voyages parascolaires" faits en Europe par les écoles privées semblent toujours beaucoup impressionner. Mais je ne peux m'empêcher de penser que, pour le prix des frais de scolarité, il y aurait moyen pour bien des familles de se payer - en famille - de forts beaux voyages, tout aussi éducatifs... Et d'autre part, comment la pression financière engendrée par le besoin de "payer l'école privée" se répercute-t-elle dans la famille? Qu'arriverait-il si on transférait ce temps, cet énergie, cette disponibilité mentale, à soutenir son enfant, et à l'aider à tirer le meilleur parti de l'enseignement qu'il reçoit à l'école, peu importe laquelle? Et il n'y a pas que l'argent: on voit bien des enfants fréquenter une école - privée - assez loin de chez eux. Ce qui veut dire du voyagement supplémentaire; y compris pour le parent s'il va reconduire son enfant, sinon, pour ce dernier, en transport en commun. Ce temps ne serait-il pas mieux investi en étude, en aide aux devoirs, en sports et autres activités, en étant davantage à proximité? Même si c'est à l'abominable école publique?

Dissonance cognitive, renforcement positif et réassurance

Ce sont des notions bien connues en marketing: quand on a choisi et acheté un produit, surtout si c'est un investissement important comme une voiture par exemple, on cherche inconsciemment à se rassurer sur le fait qu'on a fait le bon choix. Et, quand on paie des milliers de dollars pour envoyer son enfant à l'école, on a plus de chances de se forcer pour trouver ça bon, que si c'est gratuit. C'est normal, et c'est humain. Et les médias ne font que renforcer ce travers: on va voir régulièrement des reportages sur "la super-école privée", les projets incroyables que les élèves y font, les programmes spéciaux, etc. (Et puis, évidemment, il y a ce fameux « Palmarès des écoles »). Mais on va bien peu voir tout ce qui peut se faire, de parfois impressionnant, dans les écoles publiques. Et, quand cela arrive, c'est en général en faisant bien ressortir que c'est l'exception, et non la règle. Et pourtant...

Mais la suite sera pour un prochain billet. D'ici là, n'hésitez surtout si ce que j'ai écrit vous inspire déjà des commentaires. Le sujet a d'ailleurs déjà suscité plusieurs réactions étoffées et intéressantes sur mon blogue.

 

Suivre Marie-Claude Ducas sur Twitter: www.twitter.com/mcducas

Suivre Le HuffPost Québec