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On n'est jamais mieux servi que par soi-même !

21/12/2014 08:31 EST | Actualisé 21/10/2016 11:11 EDT

Je suis une jeune enseignante au secondaire qui œuvre dans un Collège privé depuis maintenant cinq ans. Je le précise tout de suite, car depuis les dernières annonces du ministre Bolduc, j'ai l'impression de ne pas pouvoir m'exprimer parce que je ne travaille pas dans une commission scolaire. Pourtant, je suis moi aussi une professionnelle de l'enseignement, passionnée par mes élèves et désirant du plus profond de mon cœur leur réussite, peu importe leur milieu.

En effet, depuis quelques jours, je suis complètement outrée par les mesures d'austérité du gouvernement libéral. Lorsque j'en parle dans mon milieu, on me répond: «Tu sais Marie... On ne peut pas faire grand-chose... On a une clause-remorque dans notre convention... Parce qu'on est au privé, on obtient automatiquement les mêmes choses qu'au public ! Pour le reste, les conditions de travail, c'est négocié à l'interne. Alors...»

Alors quoi?

On parle présentement dans les médias du manque de valorisation de la profession d'enseignant au Québec. On parle de notre salaire et de notre régime de retraite. On parle du ratio prof/élève ainsi que des élèves en difficultés. On parle des fondements de notre métier. Comment ne pas se sentir interpellé?

Depuis 10 ans, on réalise que beaucoup de jeunes qui choisissent l'enseignement ne le font pas pour les bonnes raisons. (J'ai dû trop entendre dans ma jeunesse: «Bah... les profs y'ont deux mois de vacances par année ! C'est une bonne job ça !») Alors ces jeunes professionnels qui sortent des bancs d'université pensant qu'enseigner rime avec deux mois de vacances par année, subissent un choc nerveux lorsqu'ils se retrouvent devant une classe bourrée d'adolescents ! Peu de temps après, ils lâchent la profession, deviennent vendeuse, secrétaire, comptable, etc.... À ce rythme, il y aura une pénurie d'enseignants sous peu.

Mais sachez que ceux et celles qui restent par amour pour vos enfants se dévouent corps et âme pour garder la tête hors de l'eau. Passer nos soirées à corriger et à bâtir des activités variées pour permettre à vos jeunes de mieux comprendre le programme ministériel (qui est plus que surchargé au secondaire, soit dit en passant) Lire des romans tout l'été pour trouver le bon livre qui réussira à donner à nos garçons l'envie de lire entre deux pratiques de hockey ! Préparer des projets spéciaux: la dictée PGL, la Marche Monde, des ateliers de cuisine, des joutes sportives interclasses et j'en passe... Et bien sûr, à travers toutes ces activités et ces situations d'apprentissage, il faut trouver le temps pour donner de l'attention supplémentaire à nos minous qui ont besoin d'un petit coup de main. À ceux qui apprennent différemment, qui ont besoin d'outils différents ou qui ont besoin de prendre de plus petites marches pour arriver en haut de l'escalier de la vie. Pour eux aussi, on est là !

Bien sûr, comme j'enseigne au privé, le préjugé populaire dit que rien de tout cela ne s'applique à moi... Les propos de M. Bolduc sur le ratio prof/élève ne me touchent pas puisque dans ma classe, je suis déjà au maximum avec 36 élèves par groupe (certaines classes avec 2, 3, 4 plans d'intervention !! Oui... au privé on a des P.I et on fait notre gros possible !) La semaine de 35 heures non plus ne s'applique pas, puisque ma convention collective ne prévoit pas de « calcul de temps -présence école- BDC ou je ne sais quoi...». Je peux gérer mon emploi du temps comme bon me semble, tout en respectant les attentes d'efficacité de mon employeur. Mais lorsqu'on parle de réussite scolaire, de régime de retraite, de salaire gelé (alors que nous sommes littéralement sous-payés comparativement à nos collègues ontariens), d'enfants en difficulté et de professionnalisme, nous sommes tous dans le même bateau. Nous travaillons tous pour le bien-être de nos enfants. Peu importe le milieu, nous sommes tous animés par la même passion (et croyez-moi.. il s'agit véritablement d'une vocation).

Je n'ai pas encore d'enfant, alors je pourrais ne pas me soucier des coupures en garderie. Je travaille dans le secteur privé, alors je pourrais laisser toute la responsabilité sur les épaules des professeurs du secteur public. Mais je décide de prendre la parole aujourd'hui pour dénoncer l'austérité de notre gouvernement par solidarité pour mes collègues du secteur public. Je crois qu'une société ne se construit pas en se regardant le nombril. Peut-être est-ce ma naïveté ou mon côté « carré rouge », mais j'invite tous les professionnels de l'enseignement à s'unir et à s'exprimer publiquement pour que le Québec fasse enfin de l'éducation de nos enfants une priorité. Ce sont les citoyens de demain. Cessons d'hypothéquer leur avenir avec nos choix mercantiles.

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