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Sortir du silence radio!

17/11/2014 10:49 EST | Actualisé 17/01/2015 05:12 EST

Le discours sur l'avenir des médias est récurrent et important : aujourd'hui, les médias sont amenés à se réorganiser, à se renouveler, sous peine d'expirer. Cela dit, plus rarement discute-ton spécifiquement de radiophonie.

Sur notre radiodiffuseur public pend actuellement une épée de Damoclès, nous rappelant que ce lieu essentiel pour le collectif n'est pas éternel, que ses ficelles sont d'argent, et qu'il nous faut l'entretenir, car personne ne l'épargnera au nom de la culture, celle-là même qui tisse et retisse tant bien que mal nos liens sociaux. Bien que le diffuseur public se démarque toujours au sein du paysage radiophonique, par la qualité de son information, on appréhende déjà les résultats de l'algorithme «faire le plus possible avec le moins possible». Pendant ce temps, l'ex-ministre libérale, Nathalie Normandeau, intègre le FM 93, où elle partagera le même siège qu'Éric Duhaime, polémiste de CHOI Radio X ; pendant ce temps, Jeff Fillion, ancien animateur vedette sur la même chaîne que le précédent, est de retour sur les ondes, cette fois, sous la bannière NRJ 98,9 ; pendant ce temps, les préjugés pourrissent les solidarités, compressent nos attaches sociales et la radio, plutôt que de se présenter comme une fenêtre sur le monde et sur sa complexité, devient une oeillère nous enfermant sur le je-me-moi.

Quand a-t-on vu surgir dans l'espace public des réflexions portant directement sur le médium radiophonique, sur la radio, celle qui nous sort du lit tous les matins, celle qui nous renseigne sur l'état du monde, celle qui accompagne nos histoires intimes et nos passions collectives, celle qui marque les minutes de nos existences ? En effet ; très rarement. Combien de livres sur la radiophonie québécoise peut-on retrouver ? Pratiquement aucun, effectivement. Alors, comment s'expliquer cette inattention dont est victime la radio d'ici? Sommes-nous si peu soucieux de ce qui s'adresse au «Nous»? Dans tous les cas, nous avons plusieurs raisons d'être préoccupés par le sort réservé à la radio au Québec, sort qui semble être placé entre les mains de quelques-uns et échapper, la plupart du temps, à une majorité de citoyens. Entre le privé et le public, une panoplie d'acteurs qui cherchent à tirer leur épingle du jeu, je parle, bien sûr de nos radios étudiantes, communautaires, autochtones. Évidemment, elles crient généralement famine, sans que leurs rôles ne soient négligeables, car j'y vois actuellement le seul théâtre de possibles expérimentations radiophoniques fabriquées par le «Nous» pour le «Nous».

Justement, vu l'état de ce «Nous», ne serait-il pas temps de réfléchir à ces espaces qui occupent le champ du commun et qui ont comme rôle de nous refléter ? Plus que jamais, nous avons sans doute besoin de cette figure omniprésente, la radio, qui a sans doute connu des jours meilleurs, alors que la plupart des radios privées du Québec sont devenues des jukebox où l'opinion règne en roi et vient décolorer le politique et ses débats. Car si la radio, de par sa puissance, est réellement porteuse de virtualités bénéfiques - nous le croyons et le défendrons - elle peut également se révéler plutôt malsaine lorsque les voix tendent à devenir formatées, à se soumettre à une dictature de l'audimat, à parler pour finalement laisser place à un long et intolérable silence radio...

Et la radio est amenée à changer parce que le monde change. Devrions-nous aujourd'hui parler d'une crise de la radio ? Si cela est nécessaire afin de débuter les réflexions, alors n'ayons pas peur des termes. Il faut dès aujourd'hui réfléchir au pouvoir des ondes et à ce que nous souhaitons entendre. Nous devons questionner ce que l'on nous sert ; du quoi penser, du normalisé, beaucoup de paralysie, trop peu d'inventivité et d'audace.

En organisant la première Journée d'étude sur la radiophonie québécoise, l'objectif est de se tenir debout dans la masse, car vouloir informer, c'est lutter, croire que le monde peut changer. Les questions économiques ne sont qu'un pan de ce qui affecte aujourd'hui la radiophonie. Au-delà de ces considérations, c'est le constat d'un certain manque de vision qui devrait davantage encore nous inquiéter : comment nous raconte-t-on aujourd'hui et à quel monde nouveau nous invite-t-on à participer ? Ce n'est pas tout de pogner dans l'ici et maintenant ; il faut savoir s'adapter en ne vendant pas son âme au plus offrant. Être populaire ne dure qu'un temps ; l'estime se construit sur des saisons et la radio, élément sonore par excellence, a plus que jamais besoin qu'on lui prête nos visions.

La radio est là, elle s'offre à nous, elle apparaît quasi donnée, voire immuable, infini, et pourtant, elle est fugace, mais oh combien influente. Il faut qu'elle nous aide à comprendre ce que nous vivons, en parlant de nous, en s'adressant à nos sensibilités, à nos curiosités, qu'elle interpelle nos passions collectives, qu'elle demeure un outil au service de notre démocratie. C'est pourquoi il faut dès aujourd'hui chercher à soigner ce rapport que notre société entretien avec ses médias radiophoniques. C'est à ce lien fondamental que nous vous invitons à venir réfléchir avec nous dans le cadre de cette première Journée d'étude sur la radiophonie québécoise. De l'histoire de la radio, de ses liens avec la société dans laquelle elle s'insère, en passant par le devenir de la radio publique, les radios de confrontation, les perspectives nouvelles du numérique, le journalisme radiophonique, la création radiophonique jusqu'au projet d'une radio nationale, c'est ce parcours placé sous le signe de la radio-activité auquel vous êtes conviés. L'invitation est lancée ; les micros sont ouverts et nos oreilles sont tendues. Car le plus gros actif difficilement liquidable, c'est le collectif qui s'assume et cherche à se distinguer.

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