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Et si c'était votre enfant qui devait se rendre dans un camp de réfugiés?

30/06/2014 11:25 EDT | Actualisé 30/08/2014 05:12 EDT

Avant même de commencer l'école, Abdullahi Mire savait ce que signifiaient les lettres U-N-H-C-R, une agence des Nations Unies pour les réfugiés. Après avoir fui la Somalie avec sa famille en 1991, Abdullahi Mire a grandi dans le camp de réfugiés de Dadaab au Kenya et n'a jamais connu rien d'autre. Décrit par beaucoup de ses résidents comme une « prison ouverte », Dabaab est le plus grand camp de réfugiés au monde. Aucun moyen d'en sortir, aucun moyen de retourner en Somalie.

Ce récit est celui de beaucoup de réfugiés dans le monde. Syrie, Afghanistan, Somalie, République centrafricaine... D'après un nouveau rapport du HCR, le nombre de réfugiés a atteint les 50 millions en 2013, une augmentation de 6 millions depuis 2012.

Le conflit en Syrie lui-même génère 9 millions de réfugiés, soit presque plus de la moitié de la population du pays. Mais les violences en République centrafricaine, Somalie, Afghanistan, Mali et maintenant en Irak ne font qu'empirer les choses.

António Guterres, le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, n'a pas tort quand il dit que le nombre de réfugiés sert de baromètre de la violence. Par conséquent, on pourrait aussi dire que c'est un indicateur de la faillite des membres de l'ONU de prévenir les conflits et de laisser les choses s'empirer.

Le HCR note aussi que les réfugiés ont peu tendance à retourner dans leur pays d'origine. Si auparavant ils revenaient chez eux après un ou deux ans, ce n'est plus le cas. Ce qui veut dire que la violence perdure. Nous sommes donc non seulement incapables de prévenir, mais aussi incapables de restaurer la paix. Le conflit syrien en est à son troisième anniversaire. Le Mali reste instable malgré l'intervention française, de même pour la République centrafricaine et on se préoccupe bien peu de la situation au Soudan du Sud.

Le nombre croissant de réfugiés devrait être un signal d'alarme pour les Nations Unies. En effet, l'une des conséquences majeures des conflits est l'arrivée de réfugiés non seulement dans les pays voisins, mais également en Europe et en Amérique du Nord. Où qu'ils soient, les réfugiés ont des besoins médicaux, alimentaires, scolaires, et psychologiques. Le Liban, la Turquie et la Jordanie appellent à l'aide face au déferlement de réfugiés. Leur afflux pèse sur les marchés locaux, les services sociaux et économiques, aggravant ainsi les conditions de vie déjà difficiles des populations locales. On note déjà des tensions dans les communautés d'accueil et il existe de sérieux risques de débordement de la violence.

L'Europe n'échappe pas au problème et s'inquiète grandement du nombre de réfugiés d'Afrique et du Moyen-Orient qui arrivent par bateau sur les côtes italiennes et grecques. En juin, le HCR a annoncé que l'Europe allait « devoir faire face à une catastrophe humanitaire d'une ampleur colossale». Beaucoup de ces réfugiés désespérés meurent en chemin. Souvenons-nous des 366 migrants morts sur les côtes de Lampedusa en octobre dernier. Cette fin de semaine encore, une trentaine de cadavres ont été trouvés sur un bateau dans le détroit de Sicile. Pourtant l'Europe hésite à ouvrir ses portes, car elle craint qu'ils ne retournent pas chez eux. Les flux migratoires ne font qu'inquiéter les citoyens européens déjà affectés par la crise financière.

Alors que nous venons de « célébrer » la Journée internationale des Réfugiés, il serait temps d'agir au lieu de subir. Une fois que la violence débute et perdure, l'afflux de réfugiés cause de réels problèmes économiques, politiques, sociaux et même médicaux. Il faut donc bien sûr mettre l'accent sur la prévention de conflit. Mais, vu notre fâcheuse tendance à répondre tardivement, il faut trouver aussi des solutions afin d'éviter des crises régionales. Comme le soutien Kyle Matthews de l'Institut montréalais d'études sur le génocide et les droits de l'homme, même si le Canada contribue déjà à l'effort du HCR dans les pays en conflits, il devrait maintenant être prêt à accueillir plus de réfugiés afin de leur donner de meilleures perspectives d'avenir. Car qui voudrait voir grandir ses enfants dans un camp de réfugiés ? La réponse est claire.

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