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Birmanie: les Rohingya ont le droit à notre attention

23/03/2014 09:04 EDT | Actualisé 23/05/2014 05:12 EDT

Certains êtres humains sont-ils moins importants que d'autres ? Ont-ils moins droit à notre attention et à nos soins ? C'est certainement ce que semble penser le gouvernement de la Birmanie. Il y a trois semaines l'ONG Médecins Sans Frontière (MSF) a été forcée de cesser ses activités dans l'État de l'Arakan. Pourquoi ? Parce que l'organisation s'était dite préoccupée par la situation humanitaire des Rohingya, une minorité musulmane résidant principalement dans le nord de l'Arakan. Les autorités birmanes ont accusé MSF de privilégier les Rohingya.

Longtemps considéré comme un État paria, la Birmanie s'est engagée à transformer ce qui était une junte militaire dictatoriale en un gouvernement quasi-civil et démocratique. Le gouvernement a entrepris des réformes et libéré des prisonniers politiques, dont Aung San Suu Kyi. Voyant ces réformes comme un signe d'ouverture et de démocratie, les pays occidentaux ont partiellement levé leurs sanctions envers la Birmanie.

Plusieurs chefs d'États ont rendu visite au président Thein Sein arrivé au pouvoir en 2011. Les compagnies occidentales se aussi sont empressées de faire des investissements. En effet, les puissances occidentales sont désireuses de vouloir tirer ce pays de l'emprise de la Chine.

Mais ces réformes en demi-teintes nous voilent la face. Depuis 2012, les Rohingya sont la proie de violences grandissantes commises par des bouddhistes extrémistes. Déjà persécutés par le passé, ils sont attaqués, tués, forcés de fuir, leurs biens sont pillés et saccagés à cause de leur ethnie, leur appartenance religieuse et de leur culture. Par ses campagnes et ses discours, un mouvement bouddhiste extrémiste nommé « 969 » incite clairement à la violence et présente les Rohingyas comme de dangereux étrangers venu du Bengale. Que fait le gouvernement pour empêcher ces attaques et discours ? Rien.

Au contraire. Les autorités laissent faire. Le gouvernement birman lui-même a instauré des lois discriminatoires envers les Rohingya.

La politique des deux enfants cherchant à contrôler les naissances chez les Rohingya en est une illustration. Un autre exemple est le refus de les reconnaître légalement comme l'un des 135 groupes ethniques de la Birmanie. Privés de leur nationalité depuis 1982, cette politique encourage les tensions et les violations de droits de l'homme envers les Rohingya. La décision d'interdire MSF d'exercer ses activités dans l'Arakan laisse croire que, d'après le gouvernement, les Rohingya n'ont pas le droit à l'accès à des soins médicaux, c'est à dire à un droit fondamental.

Ces persécutions ont de multiples conséquences locales et régionales. Les Rohingya courent d'énormes risques et si rien n'est fait, la situation va certainement empirer. Beaucoup d'entre eux ont déjà péri en mer en essayant de fuir par bateau. Cela aura aussi des conséquences sur les avancées démocratiques de la Birmanie, ce qui pourrait éventuellement « justifier » un retour à un état d'urgence militaire.

Au niveau régional, on observe déjà des conséquences, étant donné que les Rohingyas sont forcés de trouver refuge au delà les frontières. Or, le Bangladesh n'en veut pas non plus, il les accuse de commettre des violences et impose des restrictions. En Inde, où des tensions entre hindous and musulmans existent, le flot de réfugiés a déjà porté atteinte aux relations bilatérales et pourrait éventuellement créer un problème de sécurité régionale.

Le sort des Rohingya et les violences sectaires demandent donc l'attention de la communauté internationale. Il est impératif que les gouvernements, les organisations régionales et internationales ainsi que les sociétés multinationales considèrent leur rôle et leur impact sur la situation actuelle. Si le gouvernement birman ne peut pas ou ne veut pas protéger les Rohingya, il devra en subir les conséquences. Le progrès démocratique ne se fait pas sans une reconnaissance de l'égalité des êtres humains.

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