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Je ne suis pas féministe, moi non plus

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Cet éditorial de Marie-France Bazzo sera disponible dans la prochaine édition du Bazzo Mag le 8 mars.

Rarement aura-t-il été autant question de féminisme que ces derniers jours. On connaît le contexte: la ministre responsable de la Condition féminine, Lise Thériault, se dit égalitariste plutôt que féministe. Sa collègue à la Justice, Stéphanie Vallée, abonde. En réaction, des féministes ont créé le hashtag #FéministesInspirantes, inondant les deux politiciennes de modèles. On en a même vu certaines, sur Twitter, exiger des autres femmes du cabinet Couillard qu'elles se prononcent, dans une version 2.0 du « outing », cette odieuse forme passive de la délation. On assiste à une montée aux barricades spontanée. Il FAUT s'afficher féministe.

Cet éditorial du BazzoMAG aura certainement été le plus compliqué à écrire.
Je vais en décevoir certaines. On me traitera de traîtresse. De libérale (ce que je ne suis pas). Mais voilà: je ne suis pas féministe.

Je sais, ça ne se dit pas. C'est une phrase honteuse, de bien nantie écervelée. Je ne suis même pas une « mauvaise féministe », ou une féministe mêlée. Je n'adhère à aucun mouvement, aucun parti. Je suis allergique aux regroupements, et me méfie des idéologies, même les plus séduisantes. Je ne « fitte » pas en groupe.

Comme nous devrions tous et toutes l'être, je suis infiniment reconnaissante et redevable aux femmes qui se sont battues depuis des décennies pour que nous ayons des droits reconnus: celui d'être citoyennes à part entière; celui de voter. J'applaudis les militantes de la première heure, des féministes inspirantes comme Madeleine Parent, et celles de la deuxième, qui ont revendiqué l'égalité partout, le droit de contrôler et de jouir de son corps. À cet égard, les filles de La vie en rose, magazine culte des années 1980 au Québec, sont nos mères à toutes. Elles ont fait beaucoup pour les femmes d'aujourd'hui, à la fois pragmatiques et théoriciennes. On bénit aussi Janette Bertrand, grande éducatrice populaire.

Je n'ignore pas les données statistiques accablantes. Je sais que, dépendamment des domaines d'emploi, l'écart de salaire entre les hommes et les femmes, ici, en 2016, est de 10 à 30 % en faveur des gars. Oui, les plafonds de verre existent toujours dans le monde de la haute finance, des médias, de la politique, de la construction. La religion est encore, y compris ici, une menace aux droits chèrement acquis des femmes. Ailleurs, c'est tout simplement catastrophique. Je ne dis surtout pas que la lutte féministe n'a plus sa place au Québec. Mais vous ne me verrez pas revendiquer au sein du mouvement féministe.

Il est passablement atomisé. Chaque microtendance féministe, chaque nuance semble avoir sa propre antenne au sein du mouvement, de son champ gauche le plus extrême à sa droite la plus conservatrice. Je n'y ajouterai ni ma voix, ni ma voie. On frôlerait la cacophonie.

Elle serait, de toute façon, trop individualiste, trop girly, joyeuse et pessimiste à la fois, trop pro-mixité hommes-femmes, au point d'avoir quelques mâles comme modèles, un Pierre Bourgault à côté d'une Micheline Lanctôt; trop ambitieuse, trop adepte de l'empowerment, pas assez cohérente. À 100 % pour des quotas de femmes en politique, mais pas prête à m'y engager pour autant.

Comme toutes les Québécoises, je profite des acquis et du résultat des luttes du passé, même récent. J'essaie, dans mon éparpillement idéologique, de butiner dans le coffre à outils du féminisme quelques idées séduisantes. Oui, il y a des portes qui restent encore fermées, ici, en 2016, devant les femmes. Des fois, j'en enfonce une déjà ouverte. Il arrive aussi que je ne m'obstine pas devant certaines qui sont fermées. Et il y en d'autres que je tente d'ouvrir à ma mesure et à ma manière. Est-ce du féminisme? Peut-être, pour certains/es. Pour moi c'est du réalisme un peu égocentrique, parfois paresseux, parfois vindicatif. Ça ne fitte dans aucun mouvement. Je n'ai pas la ligne de parti. Mais je pense faire ma part.

Un jour, sur un plateau de télé, une célébrité féministe autoproclamée de la première heure, appelons-la madame P, m'apostrophe : « Vous, vos jupes courtes et votre décolleté, c'est pas sérieux !!! » Wô, madame papesse, je ne suis pas assez sérieuse pour votre mouvement? Je marcherai donc seule. Avec mes talons, loin des pancartes et des hashtags revendicatifs. Mais un talon, ça se coince bien dans une porte...

Cet éditorial a initialement été publié sur la page Facebook du Bazzo Mag.

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- Pour un féminisme qui rassemble - Lise Thériault

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