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L'échec du matériel: ma vie sans base de lit

13/01/2017 08:24 EST | Actualisé 13/01/2017 08:24 EST

Début janvier 2017. Le grand titre : «Les PDG les mieux payés du Canada ont déjà gagné votre salaire annuel». Le clickbait parfait. On nous apprend que les 100 PDG les mieux payés au Canada ont gagné l'équivalent du salaire moyen au Canada en une demi-journée. Le couteau est dans la plaie de la personne à faible revenu. Les jaloux se font déjà aller le clapet.

Les différents médias ont rapidement relayé la nouvelle. Je ne peux cependant m'empêcher de penser que si c'est intéressant au niveau des statistiques, est-ce vraiment une information pertinente pour le citoyen dont le salaire se situe sous la barre du salaire annuel moyen?

Et si on n'avait pas besoin de tant d'argent? Et si l'argent ne faisait pas le bonheur? On jase, là.

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En août 2015, le film Le Mirage de Louis Morissette est sorti en salle. Dans cette comédie dramatique troublante, on voit un homme s'enfoncer graduellement dans les dettes et dépenser l'argent qu'il n'a pas, histoire de ne pas perdre la face devant son entourage, et ce au détriment de sa vie familiale. Ce qui m'avait marqué le plus dans le récit n'était pas tant l'échec de la relation dépeinte par les personnages de Patrick et Isabelle que l'aspect étouffant de la relation de Patrick avec l'argent. Au détriment de sa vie familiale. Ce film incite la réflexion. Il m'a même hanté pendant quelques semaines. Il est difficile de se dissocier du personnage principal parce qu'on peut s'y reconnaître en tant que personne, en tant que société.

On achète compulsivement toutes sortes de babioles et d'objets de luxe en espérant y trouver notre bonheur. Les réseaux sociaux nourrissent le voisin gonflable. On a grandi en se faisant dire que c'est «normal» de vivre à crédit. Qu'il faut s'endetter pour «bâtir son crédit». Que c'est une bonne idée «d'acheter maintenant et payer plus tard»...

Sur les réseaux sociaux, je vois régulièrement des gens pourfendre les institutions financières leur ayant refusé un prêt pour s'acheter une nouvelle voiture ou ayant refusé d'augmenter leur limite de crédit. Comme si tout crédit leur était dû. Ils ne semblent pas réaliser que si la banque leur refuse un prêt, c'est mauvais signe...

La fable de la grenouille (vous savez, celle qui s'habitue à la température et finit par mourir ébouillantée?) s'applique bien dans le cas du crédit : on nous laisse entendre que c'est normal d'acheter avec de l'argent que nous n'avons pas et d'être étouffé par les dettes... et on le croit!

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En 2009, une amie qui passait me visiter avait été choquée par le vieil appartement croche - mais abordable! - que je louais sur le Plateau Mont-Royal, par le fait que je voyage en transport en commun... et par mon mobilier. Elle m'avait dit : «T'as 30 ans, ton appartement est minable, tes meubles matchent pas pis t'as même... pas de base de lit!!!», m'avait-elle dit avec dédain. Pour elle, les possessions matérielles représentaient la réussite... À ses yeux, j'avais échoué.

Il faut dire que, quelques années plus tard, j'ai rencontré un dédain similaire concernant ma mini-maison de 600 pieds carrés (qui n'est pas officiellement une vraie «mini-maison» car sa structure fait plus de 500 pieds carrés!). La remarque que l'on m'a servie le plus souvent est : «Ouf! J'pourrais jamais vivre là-dedans! C'est beaucoup trop petit!» (Fait cocasse : notre maison a été revendue sept fois dans les dix ans précédant notre achat parce que les propriétaires trouvaient tous qu'elle était trop petite!)

Et pourtant, j'étais heureuse dans mon vieil appart comme dans ma mini-maison remplis de meubles dépareillés!

Il y a quelques mois, j'ai commencé à me questionner sérieusement sur ce sujet : «Pourquoi est-ce que mon image de la maison idéale ressemble à une petite chambre d'hôtel plutôt qu'à un manoir luxueux? Pourquoi est-ce que je me sens étouffée par les objets qui m'entourent? Pourquoi est-ce que j'hyperventile quand je regarde Hoarders : Buried alive? Pourquoi est-ce que je n'ai pas envie d'avoir un Vitamix?»

En googlant, je suis tombée sur un article publié par «The Minimalists» (deux fervents adeptes du style de vie minimaliste) et j'ai tout compris : J'étais une adepte du minimalisme qui s'ignorait!

Au fil de nombreux articles sur le sujet, j'ai découvert un monde où la réussite, ce n'est pas la quantité d'objets que l'on possède, mais plutôt d'être heureux avec ce que l'on a. Un monde où les humains et la vie ont plus de valeur que le matériel. Un monde où on écoute son cœur.

Depuis, ma maison est en ordre. Je respire. Je relaxe. J'ai plus de temps pour l'essentiel, pour ce qui compte vraiment.

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Si vous vous sentez interpellés ou intrigués par ce style de vie, je vous recommande fortement le documentaire «Minimalism» (présentement disponible sur Netflix Canada) qui nous présente différentes expériences et différentes facettes du minimalisme.

Parmi les ouvrages intéressants pour s'introduire à ce style de vie, «Le Pouvoir étonnant du rangement : désencombrer sa maison pour alléger sa vie», de Marie Kondo, est un excellent outil pour faire le grand ménage. En plus d'offrir des techniques formidables, le livre couvre les bienfaits psychologiques du désencombrement.

Aussi, comme les vêtements ne sont pour moi que du textile qu'on utilise pour se protéger du froid, je suis évidemment une adepte de la «garde-robe capsule» (Project 333, par exemple) qui, en plus de nous simplifier la vie, nous fais gagner beaucoup de temps.

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Au bout du compte, l'idée de base du minimalisme est de s'en tenir à l'essentiel. On s'entoure principalement des objets dont on a besoin (que l'on doit bien les choisir!) et on choisit de réserver notre énergie et notre argent pour ce qui nous rend heureux. C'est aussi simple que ça.

Les PDG peuvent continuer de gagner mon salaire annuel en une demi-journée. Ça ne m'enlève absolument rien... car j'ai tout ce dont j'ai besoin et même plus.

PS : Je n'ai toujours pas de base de lit.

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