Marie Darsigny

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Girl Model: pas une histoire de princesses!

Publication: 04/05/2012 08:15

L'auteure a travaillé pour une des plus grosses agences de mannequin du Canada. Elle s'ennuie des jeunes 'bébés loups' qu'elle y a rencontrés, mais ne s'ennuie pas des coups de téléphone avec du snob dans la voix.

De temps en temps, l'industrie de la mode a comme un spasme, une cause à défendre, une bête noire à attaquer. Je dis ça, mais c'est peut-être juste comme le bon peuple et la Guignolée : un élan de compassion éphémère.

Le film Girl Model, qui sera à l'affiche à Montréal au cinéma du Parc à compter de vendredi le 4 mai, a su révolter les bonnes âmes. Passage à Tout le monde en parle, avant-première pleine d'émotion, blogosphère indignée. Mais provoquera-t-il une réaction chez les principaux acteurs de cette triste histoire, soit les travailleurs de l'industrie de la mode?

Dans Girl Model, on suit une jeune fille de Sibérie qui, à la promesse de gloire et d'argent, se tournera vers Tokyo pour commencer son métier de mannequin. Une histoire comme tant d'autres, qui se termine avec larmes et hoquets dans un pays lointain, avide de jeunes beautés frêles. Dès lors, on cherche un coupable. Est-ce Ashley, la model scout dont le travail est justement de fournir des nouveaux visages aux marchés asiatiques? Mitigée face aux comportements douteux de l'industrie, elle en connaît pourtant tous les trucs et les astuces. Elle y contribue en jugeant comme elle le peut et en ne sachant pas à qui renvoyer la balle. C'est l'éternel cycle du blâme: qui, des designers, marchandiseurs, agents, parents devraient être en mesure de contrôler l'âge et les conditions de travail des jeunes mannequins?

Car oui, poser pour la caméra est un travail. Méconnu et mal compris du grand public, peut-être, mais tout de même un travail pas facile, qui demande beaucoup d'endurance et d'investissement. Et d'encadrement, il va sans dire.

Pour ma part, je suis d'accord avec le fait de commencer ce métier à un jeune âge. Comme on s'exercerait à une carrière de sportif professionnel, il faut commencer tôt à acquérir l'expérience et les outils nécessaires pour bien contrôler sa carrière. Oui, les agences ont une responsabilité. Après tout, ce sont elles qui veulent que la fille prenne de l'expérience en shootant des projets créatifs, en visitant de potentiels clients, en faisant quelques castings... Ça, je suis d'accord. C'est qu'il faut prendre en considération que la carrière d'une mannequin est très courte : vers 25 ans (environ) une fille peut voir ses activités ralentir. Donc, en commençant à 14 ans, une candidate peut commencer à s'exercer et voir si le métier lui va bien. Une bonne agence comprend ce fonctionnement. Mais bon, il y a possibilité que ça dérape pour toutes sortes de raisons. Moins ici, à Montréal. Mais lorsqu'on ajoute à l'équation de fausses promesses, une famille pauvre, la naïvité de l'adolescence et la malhonnêteté de certaine personne... Ça donne Girl Model.

On arrive donc à une question : par où commencer? Où débuter, quand tous les participants se renvoient la balle sans vouloir prendre leur part de responsabilité? J'imagine que c'est une histoire de groupe: il faut que tout les gens impliqués veuillent faire leur part. Plutôt utopique.

Personnellement, je ne pense pas que ça va changer. Si toutes les tendances sont cycliques, on peut avancer la possibilité qu'éventuellement, la mode des filles très jeunes va passer. Les mannequins plus 'en santé' vont revenir en vogue, ce ne sera plus les ados aux visages de poupées qui vont avoir la cote.

Non, ce n'est pas positif comme conclusion, mais je ne vois pas comment une industrie de bébés gâtés pourrait vraiment vouloir faire des changements pour faire plaisir à autre chose qu'à eux-mêmes. Surtout quand il y a de l'argent en jeu.

 
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