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Consentement: pourquoi interpréter le langage non-verbal d'une femme n'est pas un indicateur fiable

«Le comportement d'une femme n'est pas toujours à propos d'un homme.»

09/12/2017 07:00 EST | Actualisé 09/12/2017 07:00 EST
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Je discutais de mon précédent article sur la culture du viol avec mon amoureux. Et tandis qu'on brainstormait de possibles solutions, il m'a dit quelque chose qui m'a mis la puce à l'oreille : «on va peut-être dépasser l'ère où le gars essaie de lire le langage non-verbal de la fille». Comme la plupart du monde, je me suis intéressée à la synergologie, cette discipline qui étudie le langage du corps. La promesse de la synergologie était de désembrouiller ces moments de zone grise où l'on se demande, en matière de séduction, si on est sur la bonne voie ou pas.

Si j'étais hétérosexuelle, j'assumerais probablement que lire le non-verbal d'une femme est comme lire le non-verbal d'un homme, à quelques légères différences près. Or, je suis bisexuelle, et parce que je drague aussi bien des femmes que des hommes, je sais que le non-verbal d'une femme n'est pas d'une grande aide pour savoir si elle est intéressée ou pas. Avec une femme, je n'assume jamais rien tant que ça n'a pas été dit avec des mots. Une personne qui se fie uniquement au non-verbal d'une femme pour déterminer si elle est intéressée commettra tôt ou tard des impairs, voire des agressions sexuelles. Le présent article vise à expliquer pourquoi.

1. Les spécialistes du non-verbal sont généralement des hommes

J'ai commencé à douter de l'exactitude de l'analyse du non-verbal après avoir regardé une vidéo dans laquelle un spécialiste analysait le non-verbal d'un groupe de participants de speed dating. Il montrait les diverses interactions entre les hommes et les femmes, et tentait de prédire qui allait se retrouver avec qui, en lisant leur expression corporelle. J'étais vraiment fascinée par tous ces petits gestes qui trahissent notre monde intérieur : la manière dont nous nous positionnons, dont nous bougeons nos mains, dont nous orientons notre tête et notre corps, dont nous bougeons nos cheveux...

Jusqu'à ce que survienne un incident qui m'a troublée : l'expert annonce que la rousse est intéressée par le gars devant elle, et fait compétition à la blonde, qui s'intéresse aussi au gars. Le gars, visiblement, perçoit cet intérêt, ignore la blonde plus timorée, et fait conversation avec la rouquine avec espoir. Mais le flirt tombe à plat. Après l'événement, l'analyste interroge la rousse et lui annonce avec autorité qu'elle était intéressée par le gars. La fille, embarassée, affirme que non, elle n'était pas intéressée. Mais... les signes étaient pourtant tous là : on l'a bien vue bouger ses cheveux de manière séductrice, positionner son corps en ouverture, rigoler ostentatoirement des blagues du gars... tous ces signes qui sont supposés vouloir dire qu'elle s'intéresse à lui.

Il n'y a que deux options : soit la fille ment, soit l'expert s'est trompé. Le fait est que la plupart des analystes du non-verbal sont des hommes, qui utilisent une grille d'évaluation masculine pour interpréter un langage corporel féminin.

2. Le non-verbal de la femme n'est pas a priori à propos de l'homme

En partant, l'expert a assumé que si la rousse manifeste de la séduction dans son non-verbal, c'est forcément à propos de l'homme. Or, c'est une interprétation andro-centrique. Le comportement d'une femme n'est pas toujours à propos d'un homme. Dans de nombreux cas, son non-verbal est à propos de comment elle se sent face à elle-même. Dans ce cas-ci, la rousse manifestait des comportements non-verbaux de séduction. En effet! C'était une soirée de speed dating! Elle était dans le mood. Elle s'était mis une belle robe et avait sorti les talons hauts. Elle se sentait probablement tout à fait séduisante, et avec raison! Son corps exprimait qu'elle avait envie d'être perçue comme une femme séduisante. Ce qui est très différent de dire qu'elle voulait séduire cet homme en particulier.

Une femme qui se sent bien dans sa peau manifeste souvent des comportements qui expriment la séduction.

Une femme qui se sent bien dans sa peau manifeste souvent des comportements qui expriment la séduction. Il se peut que ce soit dirigé vers un homme, mais il se peut que ce soit seulement comment elle se sent présentement. Je compare cela au soleil : il brille, et ca éclaire tout le monde. Mais si je suis éclairée par le soleil, ca ne veut pas dire qu'il brille exprès pour moi.

3. Le non-verbal d'une femme intéressée n'est pas facilement distingable du non-verbal d'une fille «gentille mais pas intéressée».

Entre la fille qui maîtrise parfaitement l'art du bitch face qui veut dire «fous-moi la paix sinon je te fais bouffer tes couilles» et celle qui se jette littéralement sur vous et vous déchire votre chemise, il y a tout un continuum de manifestations non-verbales beaucoup plus subtiles et mitigées. Le plus souvent, en société, on affiche un non-verbal se situe quelque part vers le «plutôt positif», histoire d'avoir l'air sociable et courtois. Concrètement, il se peut que l'apparente ouverture qu'une femme manifeste ne soit que de la gentillesse standard d'être humain, et non un intérêt à caractère romantique ou sexuel. Les deux se ressemblent à s'y méprendre, surtout dans une société où les filles sont élevées à «être gentilles». C'est d'ailleurs là que se situe le plus grand nombre de problèmes face au consentement. Un gars bien intentionné interprète que le non-verbal de la fille indique un intérêt, alors qu'elle ne se considère qu'amicale.

Si on pouvait vraiment se fier au non-verbal d'une femme, on ne serait pas confrontés à de tels taux d'agressions. Le gars qui agresse une fille ne le fait pas toujours en connaissance de cause. Au contraire, le plus souvent, un gars voit une manifestation d'intérêt qui n'en est pas une, un faux positif du non-verbal. Par conséquent, à moins que la fille ne soit vraiment ostentatoire, par exemple en vous donnant les clés de sa chambre d'hôtel, il vaut mieux valider verbalement si votre perception d'intérêt est fondée et si vous avez vraiment le consentement de poser le geste que vous compter poser. Sans quoi, vous commettez possiblement une agression sans le savoir.

Comme m'a dit un ami: «Le non-verbal, c'est un peu comme si une personne te tendait un pot contenant de petits grains blancs. Si t'es pas sûr si c'est du sel ou du sucre, suffit de lui demander».

4. Le non-verbal de la femme n'est pas nécessairement une promesse de «quelque chose de plus»

La game de la séduction et des premiers rendez-vous consiste à ce qu'une des deux personnes, le plus souvent le gars, observe le non-verbal de la personne convoitée et, s'il discerne les «signes d'ouverture» qui lui disent qu'elle est intéressée, c'est bon, il peut «aller de l'avant». Faire un pas de plus. Essayer de pousser un peu plus loin.

C'est cette partie de «pousser plus loin» qui est souvent problématique. Car une fille souriante, enjouée, dont le non-verbal est tout en ouverture, a souvent déjà atteint 100% de ce qu'elle a envie de vous donner. Son non-verbal dit «je suis ok dans ce qu'on partage maintenant». Par exemple, vous discutez, tout va bien. La fille a des comportements que vous interprétez comme voulant dire qu'elle est intéressée. Vous l'embrassez, elle vous arrête, et ça fait patate. Vous ne comprenez pas ce qui a bien pu se passer : son physique manifestait de l'ouverture. En effet, elle était en ouverture dans le contexte de ce qui se passait au moment présent, dans ce cas-ci, une simple conversation.

Elle ne vous promettait rien de plus, c'est votre cerveau qui a extrapolé que si elle était ok pour les hors d'oeuvres, ça voulait dire qu'elle allait aussi manger le plat principal et le dessert.