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<em> Villes</em>: une collection très particulière

14/04/2014 11:22 EDT | Actualisé 14/06/2014 05:12 EDT

Il faisait beau samedi dernier pour faire changement, la vie était belle et j'étais dans un complet état de réceptivité en me rendant au théâtre des Écuries pour tomber sous le charme de ces Villes racontées par le talentueux Olivier Ducas.

Même s'il possède une formation en théâtre, j'intégrerais Ducas dans la catégorie plus large des artistes visuels se spécialisant dans les installations. Je verrais très bien les différentes composantes du spectacle se retrouver dans un musée où des visiteurs fascinés suivraient le parcours tortueux, imprévisible et irrésistible de l'imaginaire du créateur. Car chacune des villes dont il nous parle, et qui portent toutes un nom de femme, possèdent une personnalité propre, des attraits différents et provoquent, de par le fait même, des sentiments divers chez le spectateur. Et chez le concepteur également.

Le prétexte à l'origine de ces villes est la collection particulière. Celle qui appartient à un individu et à laquelle nous n'avons pas normalement accès. Imaginez une collection de poupées, de petites autos, de presse-papiers que vos amis vous montrent avec fierté lorsque vous les visitez. Ici, il s'agit de villes et comme, avouons-le, il est un peu compliqué de collectionner tangiblement ce genre de choses, c'est par le biais d'accessoires miniatures, de dessins et d'objets divers qu'Olivier Ducas nous introduira à la passion qui l'habite. Il manipule sur une table divers éléments, une caméra projette sur un écran ce qu'il conçoit : ces villes imaginées qui constituent sa collection. Le tout est accompagné d'un discours explicatif, parfois narquois, parfois tendre, souvent poétique, toujours pertinent qui nous fait pénétrer cet univers.

La scénographie est ici l'élément principal et essentiel à la diffusion du discours et Julie Vallée-Léger a accompli un travail formidable pour rendre tout cela vivant, sans temps mort. Tout coule et s'enchaîne avec les différentes villes que le comédien emmanche et goupille selon sa fantaisie, nous faisant ainsi saisir comment l'angle sous lequel on nous présente les choses modifie notre perception. Les sons et la musique qui accompagnent tout cela contribuent à la grâce qui se dégage du spectacle. Chacune des villes évoquées est comme un miracle que l'on attend et qui, à chaque fois, surprend.

villes

C'est aussi plein d'humour, de verve et de fraîcheur. Ducas cite Baudrillard et son analyse du collectionneur et de sa collection en qui il voit une névrose relevant de la rétention anale. Le même Baudrillard pour qui, dans nos sociétés, le simulacre a remplacé l'original, ce qui me semble être là l'essence même de la démarche de Villes. Olivier Ducas se sert de petits bonshommes Playmobil, de blocs de bois, d'un aquarium, de maisons du jeu de Monopoly, d'idéogrammes et de pictogrammes. Tous objets à partir desquels il va imaginer des concepts pour ces différents endroits jusqu'à la ville parfaite qui, elle, n'existe pas.

Le spectacle s'adresse à tout le monde. Il y avait beaucoup d'enfants à la représentation de 16h à laquelle j'ai assisté. Si les allusions à Baudrillard leur ont peut-être échappé, je suis persuadée que les parents ont apprécié et que les plus jeunes y ont trouvé leur compte. En les incitant peut-être, dans cette invitation au voyage intérieur, à imaginer leur propre collection et à lui donner magiquement vie.

Villes, une production du Théâtre de la pire espèce, est présentée aux Écuries du mercredi au samedi jusqu'au 26 avril 2014.

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