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Tout ce qui n'est pas sec: notre poisson intérieur

30/03/2015 12:38 EDT | Actualisé 30/05/2015 05:12 EDT

J'ai beaucoup aimé O Lord! de Simon Lacroix, présenté à la Petite Licorne à la fin de l'année dernière. Je suis particulièrement friande de cet humour absurde qui retourne les clichés à l'envers et qui, grâce à une belle inventivité, nous amène à rire là où on ne s'y attendait pas. C'est au Quat'Sous que Lacroix récidive, cette fois-ci avec Tout ce qui n'est pas sec un spectacle, disons-le, assez particulier où en tant que maître d'œuvre et participant il observe, expérimente, essaye des affaires et où il semble la plupart du temps aussi étonné que nous des résultats.

N'allez pas chercher une histoire là-dedans, il n'y en a pas. Le thème est l'eau, comme le titre de la pièce l'indique, n'est-ce pas. Les premières 20 minutes n'ont ni queue ni tête, on nous parle de cours d'eau, d'océan et de petits ruisseaux, quelqu'un surgit de l'abysse, une femme cuisine des crevettes scandinaves pour son mari, les comédiens évoluent sur la scène comme des poules pas de tête, les inanités succèdent aux phrases profondes, les éclairages créent une certaine atmosphère d'étrangeté...on s'amuse, mais on se demande sérieusement où on s'en va avec tout ça.

tout ce qui n est pas sec

Et bien, ça va quelque part, j'en fus la première étonnée. Simon Lacroix se confronte à lui-même, fait intervenir un fictif auditoire qui lui reproche de faire de la bullshit alors qu'il observe ce délire se produire devant ses yeux. C'est post-moderne et auto-référentiel, intertextuel, etc., mais l'astuce principale réside dans le fait, je crois, d'introduire la philosophie à la fin du spectacle. Tout ce qui ne semblait pas avoir de sens en prend soudainement un avec des allusions à Schoppenhauer, à Nietsche, à Platon et à Dieu. Sous des allures de création collective des années 70 où tout le monde se traîne par terre en poussant des cris inarticulés, il y a quelque chose là-dedans, une piste à suivre, à exploiter qui pourrait, ma foi, se révéler bien féconde.

La mise en scène de Charles Dauphinais est tout aussi folle que le texte. On ne parle pas ici de direction de comédiens, ils font pas mal ce qu'ils veulent et j'ai trouvé un peu dommage que les Diane Lavallée, Kathleen Fortin (si merveilleuse), Félix Beaulieu-Duchesneau, Amélie Dallaire et Denis Houle aient finalement si peu pour la démonstration de leur talent. Bon, une fois n'est pas coutume et c'est sûr que ça change de Richard III.

Je crois qu'il faut se laisser emporter par cette pièce, sans préjugés, sans idées préconçues, car la fin, spectaculaire et pleine de sens alors qu'on en cherchait désespérément un, vaut le plus beau des rachats. Simon Lacroix est terriblement intéressant lorsqu'il laisse le philosophe en lui prendre les rênes de sa création et qu'il nous convie à se perdre dans l'Humide ailleurs. Et à ce moment-là, le spectateur, ravi, sait pourquoi il a ri devant tant d'absurdités, car la vie n'est que cela, un tissu d'absurdités. Mais il y a autre chose aussi et je vous laisse le plaisir de le découvrir. Comme les saumons, Lacroix retourne à l'endroit où il a vu le jour. Nous sommes tous à la recherche de notre poisson intérieur.

Un mot, en terminant, sur ce Richard III, vu au TNM la semaine dernière. C'est une pièce fabuleuse et j'irai dans le même sens que tous mes collègues critiques qui en ont vanté les immenses qualités. Je veux souligner encore une fois la traduction de Jean-Marc Dalpé , limpide, qui sait jouer avec les niveaux de langue et rendre à travers des mots et des phrases immortels et combien de fois revisités toutes les nuances d'un texte d'une richesse inouïe. Cette traduction est disponible aux Éditions Prise de Parole. Je m'incline bien bas devant elle.

Tout ce qui n'est pas sec: Une création du Théâtre de Quat'Sous et du Théâtre SDF (Sans Domicile Fixe) au Quat'Sous jusqu'au 12 avril 2015.

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