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«Queue Cerise»: résolument charmant

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Queue Cerise, le texte d'Amélie Dallaire présenté au Théâtre d'Aujourd'hui, est quelque chose de furtif, d'une trompeuse douceur et, vraiment, quelque chose de plutôt irrésistible. Et qui démontre parfaitement que l'on est encore capable de poser un regard toujours rempli d'étonnement sur les êtres et les choses.

J'ai été conquise par la subversive absurdité du propos: une jeune femme commence un nouvel emploi, ses collègues de travail sont pour le moins bizarres, elle ne sait pas trop en quoi consiste les tâches qu'elle aura à accomplir, elle se perd dans le sous-sol de cette entreprise jamais définie, elle entame des conversations pleines d'étrangeté avec les gens qu'elle croise, le monde extérieur est à l'image du chaos qui règne à l'intérieur d'elle-même mais ce chaos n'est pas vraiment dangereux ou inquiétant.

queue cerise

Les rapports avec le temps et le langage sont triturés, Amélie Dallaire se plaît à réorienter certains usages, la brocheuse par exemple, et l'onirisme est partout présent avec le caractère décousu et obsessionnel des rêves. Et le résultat est charmant.

Le décor est un immense rideau texturé qui m'a rappelé le manteau de mouton de Perse de ma mère. (Nous, les enfants, on appelait ça du mouton percé). Les personnages entrent et sortent des panneaux de ce rideau pour déclarer les choses les plus invraisemblables.

Marie-Gilles (Amélie Dallaire) est une naïve tendre qui raconte des choses pas possibles et qui se dit bio-narratrice, c'est-à-dire qu'elle narre l'existence de quelqu'un de sa naissance à sa mort, nouvelle incarnation des trois Parques chères aux Grecs et aux Romains. Michelle (Ève Duranceau) est la nouvelle employée qui erre sans but alors que la consultante Louise (Karine Gonthier-Hyndman) brandit sa brocheuse et passe des commentaires sybillins.

Olivier Morin est une espèce de responsable des ressources humaines amateur de psycho-pop et Julien Storini est le français du Sud de la France. Est-ce que ces personnages existent vraiment ou ne sont que les fragments de l'imagination de Michelle? Et est-ce que les interrogations de Michelle, qui se questionne sur son existence avec une angoisse pleine d'ironie et de dérision, ne seraient après tout que les réflexions d'une enfant surdouée observant le monde autour d'elle et tentant de lui trouver un sens?

La langue du texte exploite plusieurs niveaux avec subtilité. Passant du lyrisme au langage familier, elle nous donne à voir une géographie imaginaire et subjective où, curieusement, la nostalgie existe sans mémoire ni souvenir.

C'est une écriture plutôt unique, qui me plaît beaucoup puisqu'elle fait fi des cadres habituels et des normes obligées. Elle prend son envol et nous entraîne avec elle, nous forçant à reposer sur un seul pied, rêveur et déséquilibré. Des dialogues et des échanges entre les personnages se dégage un charme ludique où balivernes et propos philosophiques s'entremêlent dans un curieux salmigondis que j'ai trouvé délicieux. C'est aussi rempli de moments inattendus et hilarants, entre autres avec une discussion sur le personnage de Gandalf du Seigneur des anneaux et si on peut se permettre de se demander ce qu'il fait en ce moment, même s'il s'agit d'une créature de fiction. C'est assorti d'images folles et inventives et de flashs bourrés d'imagination.

C'était un peu du Nathalie Sarraute, un peu du Jean Tardieu mais surtout du Amélie Dallaire. Michelle, c'est un personnage frissonnant plein de doutes qui dit des choses rêveuses et improbables, qui ne sait pas ce qu'elle cherche, qui cherche sans rien trouver d'ailleurs, mais qui continue quand même. J'ai été séduite par cette quête inutile mais oh combien précieuse qui sert à nous définir souvent, à nous recentrer parfois, à nous aider toujours. Je cherche rien, dit Michelle, je vis. Et bien, c'est peut-être ça, après tout.

Queue Cerise, au Théâtre d'Aujourd'hui jusqu'au 13 février 2016.

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