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<em>Opening night</em>: pas très convaincant

08/09/2014 08:32 EDT | Actualisé 08/11/2014 05:12 EST

C'est un curieux objet, cet Opening night, que nous propose le théâtre de Quat'sous comme premier spectacle de sa saison. Au premier abord, je trouvais le sujet intéressant et n'importe quoi avec Sylvie Drapeau suscite tout de suite chez-moi un intérêt considérable. Mais voilà, Sylvie Drapeau est toujours aussi magnifique et c'est un grand bonheur de la voir sur scène, mais le spectacle qui a résulté de la collaboration de Fanny Britt à l'adaptation et la traduction et d'Eric Jean à la mise en scène ne m'a pas semblé convaincant.

C'est donc à partir du film du même titre de John Cassavetes qu'on a créé cette pièce de théâtre. Je n'ai pas vu l'Opening night original et ne suis donc pas en mesure de comparer. Mais j'ai trouvé le propos bien mince dans la pièce et les motivations des divers personnages souvent à la limite du crédible. Et d'ailleurs ces motivations ne nous préoccupent guère et semblent pour la plupart d'un intérêt très relatif. Les relations entre les protagonistes demeurent vagues, mal expliquées ou alors invraisemblables. Le désespoir et les interrogations qui animent Myrtle/Virginia (Sylvie Drapeau) face à la vieillesse, à la terreur qui l'envahit devant la jeunesse et le temps qui fuient à toute allure m'ont semblé davantage l'apanage d'une diva sur le retour qu'une véritable crise existentielle, comme voudrait nous le faire croire le propos.

opening night

Il s'agit donc d'une pièce dans une pièce. On assiste à des répétitions où un couple (Sasha Samar et Sylvie Drapeau) discute de sa relation et où la femme est en quête d'un sens qui échappe manifestement à son compagnon. Ainsi qu'au metteur en scène et à l'auteur (Stéphane Jacques et Muriel Dutil). Virginia veut encore croire dans l'amour alors que son entourage s'empresse de la détromper, fermant toutes les vasistas laissant entrevoir une lueur d'espoir ou de rédemption. Et ici, la frontière entre le personnage et la comédienne est volontairement floue. Myrtle/Virginia dira d'ailleurs : « Quand on devient convaincante dans un rôle, le public pense que c'est ce que l'on est. » Mais le problème réside dans le fait que le personnage de Myrtle qui joue le personnage de Virginia n'est pas attachant. Et qu'on croit difficilement à ce choc, cette révélation sur la vieillesse qui la frappe en plein visage après qu'une très jeune fille (Agathe Lanctôt) lui ait manifesté son admiration et ait roulé sous les roues d'une voiture en sortant du théâtre. Il y a aussi un casting bizarre en Mani Soleymanlou qui joue l'ex-mari de Myrtle et qui est trop jeune pour incarner ce rôle.

Tout ça pour dire que les répétitions de cette pièce ne vont vraiment pas bien, Myrtle va se saoûler sérieusement le soir de la première, piquer une crise de nerfs et monter tout de même sur les planches, ce qui va donner le seul moment de grâce du spectacle. Parce que c'est Sylvie Drapeau et qu'elle est magistrale dans cette scène. Et très bien appuyée par Sasha Samar. Et parce que Myrtle sort du texte imposé, parce qu'elle refuse le carcan, la vérité se fait jour, une vérité intuitive sur les rapports entre les êtres et la quête infinie de sens. Mais tout ce qui précède est trop alambiqué, à la fois compliqué pour rien et pas suffisamment approfondi.

Rotrou, dramaturge français et contemporain de Corneille qui l'a complètement éclipsé, a écrit en 1644 Le véritable Saint Genest où on trouve déjà la pièce dans la pièce et une réflexion sur la frontière entre la réalité et la fiction. Rotrou fera dire à Genest que Ce monde périssable et sa gloire frivole sont une comédie où j'ignorais mon rôle. C'est bien ce dont il s'agit dans Opening night : il faut aller avec l'inspiration du moment puisque nous avons raté les répétitions et que nous sommes bien mal préparés pour la première. Mais hélas, Opening night rate sa cible. Ça ne lève pas et je suis restée de marbre devant ce texte ni suffisamment brûlant pour l'incandescence, ni même suffisamment chaud pour que ça mijote.

Opening night est présenté au Théâtre de Quat'sous jusqu'au 27 septembre 2014.

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