Marie-Claire Girard

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L'obsession de la beauté

Publication: 24/11/2012 12:20

Greg (Mathieu Quesnel) et Stéphanie (Anne-Élizabeth Bossé) sont en couple depuis quatre ans. Tout va bien jusqu'au jour où Greg laisse échapper une parole malheureuse devant son ami Fred (David Laurin), parole entendue par la blonde de Fred, Amélie (Maude Giguère), qui va s'empresser de téléphoner à Stéphanie pour lui en faire part. Stéphanie va piquer une crise à Greg, méchante crise soit dit en passant, et le quitter. Greg lui, ne comprend pas tout l'embarras qu'on fait autour d'une remarque qu'il considère anodine. Mais cette remarque consiste en un jugement sur l'apparence physique de Stéphanie et probablement que la plupart des filles dans la salle comprennent la réaction toute épidermique de Stéphanie, qui a un look très moyen mais qui s'accepte complètement. Dit-elle.

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Le miroir déformant qui traverse toute la scène et qui constitue l'unique décor de L'obsession de la beauté est aussi le fil conducteur qui nous guide dans cette pièce de Neil LaBute. Notre vision de nous-même est souvent distortionnée ou névrotique et peut toucher à la psychose dans les cas d'anorexie ou de boulimie, mais notre interprétation des propos et paroles est tout aussi sujette à caution et susceptible d'être faussée par des préjugés ou des idées préconçues. Alors, où se situe la juste perception? Et puis, somme toute, y en a-t-il une?

C'est là le dilemme auquel nous confronte cette pièce présentée à la Petite Licorne. Nos sens nous trahissent lorsqu'il s'agit de voir ce qui est vraiment, de même que les conditionnements de notre environnement et de la société nous influencent dans nos rapports avec les autres et avec la perception qu'ils peuvent avoir de nous. En fait, on ne s'en sort pas et la sincérité et la vérité semblent appartenir à la plus pure abstraction quand on s'attarde un peu à réfléchir là-dessus.

Des quatre personnages, il n'y a que Greg qui a suscité ma sympathie. Dépassé par la réaction extrême de Stéphanie, il essaie de recoller les pots cassés pour se rendre compte que c'est bien inutile. Mais il demeure fondamentalement un être d'une décence à toute épreuve qui ne souhaite que du bien à son ex. C'est aussi le seul personnage qui lit (Nathaniel Hawthorne, Washington Irving, Edgar Allan Poe) et qui va s'inscrire à l'université afin de sortir de sa médiocrité. Son ami Fred appartient à la catégorie des types qui ne voient pas plus loin que le bout de leur queue, même avec la plus belle fille du monde dans leur lit, et Amélie, la fille en question, enceinte, souhaite que sa fille ne soit pas attirante afin qu'elle ait une vie moins compliquée.

Bref, on en sort pas : beau ou laid, on est tous mécontents de l'apparence que le destin nous a impartie. On y changerait tous quelque chose, même si on se déclare relativement satisfaits. Et évidemment toute une industrie nous encourage à modifier notre allure, notre nez, nos seins ou nos vêtements.

Neil LaBute met tout cela en évidence tout en remettant en question les clichés associés à la masculinité et à la féminité. Il le fait avec un langage souvent cru mais, disons-le, efficace. Et il y a tout de même une sorte de timide tendresse qui montre le bout de son nez. Tout espoir n'est peut-être pas perdu pour les humains imparfaits que nous sommes, pris au piège dans un confus désir d'harmonie entre les exigences du corps et celles de l'esprit.

L'obsession de la beauté est présenté à La petite Licorne jusqu'au 14 décembre 2012

 
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