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Napoléon voyage et nous aussi

01/09/2014 03:19 EDT | Actualisé 01/11/2014 05:12 EDT

Vous avez sûrement déjà vu à la télé, parce que c'était impossible de la rater, l'insupportable pub de Trivago avec la jeune fille quasi prépubère qui veut aller à Venise et qui, une fois sur place, se tortille dans ses draps et pose sur le balcon comme une nymphette en manque d'admirateurs transis. Jean-Philippe Lehoux, l'auteur de Napoléon voyage en a fait une hilarante parodie qui sert de bande-annonce pour son spectacle, bande-annonce que vous pouvez voir sur le site de La Licorne. C'est mourant. Trente mille personnes l'ont vu et pour couronner le tout, Trivago Canada a envoyé un courriel à La Licorne pour souhaiter une bonne première à la pièce. S'ils font des pubs imbuvables, au moins ils ont le sens de l'humour.

L'humour est aussi omniprésent dans Napoléon voyage. Je me suis bidonnée tout le long de la représentation en écoutant Jean-Philippe Lehoux relater ses invraisemblables, mais toujours plausibles aventures autour du monde, du Japon à la Bosnie, de la Syrie à l'Angleterre en passant par la Pologne et la France. Et cela tient pour beaucoup au personnage qu'il incarne, qui d'ailleurs ne doit pas être très loin du véritable Jean-Philippe, un type attachant, intelligent, drôle, un peu loser, lucide quand vient le moment de séduire des filles parce que ça ne marche pas tellement bien pour lui en général de ce côté-là, mais quelqu'un de sincère et de loyal qui pose sur ce monde qu'il découvre un regard ahuri, certes, mais aussi rempli d'ironie. Que ce soit dans un monastère du sud de la Syrie où il fait escale pour se livrer à la méditation et où débarquent des touristes français ou au Japon, dans un village perdu où tout le monde connaît la chanson Country Road de John Denver, ou encore en Angleterre où on le nomme chef pâtissier de l'hôtel renommé où il travaille alors qu'il possède zéro compétence dans le domaine, Jean-Philippe Lehoux nous séduit, nous charme et nous entraîne avec lui dans ces aventures. Et nous adorons le suivre.

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Le texte est plus abouti que Comment je suis devenue touriste, que j'ai vu à La Licorne l'an dernier. Il y a encore, selon moi, quelques petits problèmes de structure : ainsi cet ami cher que le personnage introduit dans sa narration vient un peu tard dans le texte et on se demande, puisqu'il semble être le prétexte à toutes ces pérégrinations et qu'il occupe une grande place dans le cœur du narrateur, pourquoi on n'en a pas entendu parler avant. De même, la chanson du complice sur scène, Bertrand Lemoyne, pour être belle vient cependant casser le rythme. C'est une chanson qui parle de la solitude et ce thème n'est pas vraiment abordé à l'intérieur des anecdotes et histoires toutes plus délirantes les unes que les autres, que nous raconte Jean-Philippe Lehoux. Et laissez-moi vous dire qu'elles sont folles, ces histoires, dont certaines, terriblement scatologiques, mais qui trouvent le moyen de ne pas sombrer dans le banal ou le vulgaire.

Une scénographie astucieuse ne se servant de trois fois rien met en évidence et magnifie ces diapositives verbales. Les voyages forment la jeunesse, dit-on, encore faut-il en retenir quelque chose et le transcender dans le quotidien que l'on retrouve éventuellement. C'est le cas pour Jean-Philippe Lehoux : le talent de ce jeune auteur se précise et s'affine et j'ai beaucoup aimé voyager avec lui au sein de sa très humaine géographie.

Crédit photo : Matthew Fournier

Napoléon voyage, une production du Théâtre Hors Taxes, est présenté à La Licorne jusqu'au 12 septembre 2014.

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