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<em>Mommy</em>: où sont passés les rêves?

02/12/2013 10:08 EST | Actualisé 01/02/2014 05:12 EST

On dira ce qu'on voudra, je demeure intimement persuadée qu'il faut savoir d'où on vient pour savoir ce qu'on fait ici et pour élaborer des projets pour l'avenir. On peut bien critiquer le passé, s'insurger contre les erreurs de nos prédécesseurs et tenter de ne pas les répéter. La culture, cette culture du passé, de ceux qui étaient là avant nous, qu'elle soit littéraire, politique ou musicale, doit faire partie de notre bagage. Et ce sont grâce à ces références qu'on peut continuer d'avancer.

Écrit, mise en scène et jouée par Olivier Choinière avec la complicité de cinq comédiens et d'un DJ, Mommy veut dénoncer, si j'ai bien compris, cette nostalgie d'un passé révolu qui habite le Québec tout entier (ah bon?). Le personnage de Mommy, joué par Choinière, incarne de façon belliqueuse ces valeurs malveillantes dont on doit se débarrasser à tout prix afin de sortir de nos évidences. On pourrait qualifier ce spectacle de comédie musicale en quelque sorte: on rappe et on hip-hop avec beaucoup d'énergie là-dedans et c'est une performance qui nécessite manifestement un considérable investissement physique et corporel de la part des interprètes. Les comédiens incarnent une panoplie de personnages issus de notre passé et ils le font en chantant, en dansant et en se démenant avec quelques accessoires et des perruques qui n'ont rien à envier à celles des Chick'n Swell. Les textes sont très bons, le rythme en est un d'enfer.

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Le personnage principal, cette Mommy qui représente tout ce qui est détesté et remis en question, est répugnant. Elle incarne tout le poids de la bêtise de l'Histoire et l'accoutrement dont elle est affublée, grotesque, est d'une laideur à terroriser un enfant, et peut-être même des plus grands. Le discours de Mommy veut convaincre le public que c'était mieux avant, qu'il faut revenir à... à quoi au juste? Je ne suis pas sûre.

Tout ça est illustré avec des pubs des années 60, des extraits de chansons de Paolo Noël, de Frank Sinatra ou de Félix Leclerc, des bribes de discours du général de Gaulle, de René Lévesque ou de Jean Charest. Les personnages qui évoluent autour de Mommy sont des zombies ou d'étranges mutants qui arrachent les têtes des bébés et se nourrissent de viscères dans des scènes d'horreur très efficaces. À travers tout cela, Mommy fait la démonstration très graphique de la déchéance physique propre à la vieillesse. Et on ne nous fait grâce d'aucun détail, croyez-moi.

Mais voilà. Je ne suis pas sûre d'avoir compris où on voulait en venir avec tout ça. Et je ne suis pas sûre non plus que la majorité des jeunes spectateurs dans la vingtaine qui composaient l'auditoire ont saisi les nombreuses allusions, les références à l'histoire, les clins d'œil culturels qui émaillent la proposition. On peut bien dénoncer, chère génération Y, mais qu'avez-vous à suggérer pour remplacer tout cela et pour nous permettre d'avancer et, qui sait, de connaître des lendemains qui chantent?

L'espace scénique est bordélique à la fin du spectacle, reflet fidèle de ce qui s'est passé pendant une heure vingt devant nos yeux, quelque chose de déjanté, d'excessif, d'incongru. Pourquoi en effet ne pas dénoncer la nostalgie, le passéisme et l'attentisme? De tout temps et de toute époque la jeunesse s'est livrée à ce genre d'exercice. Mais encore faut-il qu'il y ait des solutions de rechange et qu'on aille au-delà de la haine et du ressentiment. Et c'est cela qui manque cruellement à Mommy, des solutions de rechange. Mommy est une vision noire qui tourne au cauchemar et qui a oublié qu'on a besoin de rêves.

Mommyest présentée aux Écuries jusqu'au 7 décembre 2013.

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