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«Macbeth»: Magistral

30/09/2015 04:48 EDT | Actualisé 30/09/2016 05:12 EDT

Je crois que ce Macbeth, dans la traduction de Michel Garneau et mis en scène par Angela Konrad à l'Usine C, est probablement LA pièce de la saison 2015-2016. J'ai rarement vu quelque chose d'aussi magistral, tant au point de vue de l'interprétation que de la mise en scène. C'est un moment de théâtre tout simplement inouï, je vous conjure d'y aller.

J'ai été happée dès le début par cette production. D'ailleurs elle vous happe et ne vous lâche plus. Dans un français aux relents du XVIIe siècle, ce français que parlait mon grand-père, originaire de Charlevoix, ce français coloré et riche d'expressions qu'on n'utilise plus, avec ses y t'annoncent rien de ben méchant, j'l'ai p'tête maghané un brin, et ses astheur et ses dix mille piasses, Michel Garneau adapte la langue de Shakespeare dans un discours rugueux, intense et poétique, un discours bien à nous et complètement universel. Angela Konrad s'approprie tout cela, s'entoure de comédiens absolument remarquables et devient l'ambassadrice venue d'une contrée lointaine qui nous fait redécouvrir une des plus belles traductions qui soit.

Alain Fournier, Gaétan Nadeau et Olivier Turcotte incarnent les sorcières, torses nus avec des tartans (on est en Écosse au XIe siècle, ne l'oublions pas). Mais ils sont aussi Malcolm, Banquo, Duncan, le chien, etc. Tout cela avec un brio, une dérision et un humour qui nous rappellent que Macbeth s'avère parfois aussi être une savoureuse comédie humaine. Ils ont tous les trois des voix basses et profondes et une présence inoubliable et envoûtante.

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Dominique Quesnel et Philippe Cousineau (déjà complices dans Auditions ou Me, Myself and I, présentée au Quat'Sous en janvier dernier et dont j'ai déjà dit tout le bien que j'en pensais) jouent le couple infernal. Macbeth et Lady Macbeth vont sombrer dans le crime, par ambition et par soif du pouvoir dans un de ces épisodes qui vous décrochent le pompon parce qu'éminemment plausible, éminemment documenté à travers l'Histoire et toujours actuel. Jetez donc un coup d'œil du côté de la Syrie ou de la Russie... Corrompus jusqu'aux os, il leur reste cependant une toute petite dose d'humanité qui les fera basculer dans la folie, rongés par le remord et obsédés par ce sang qui tache irrémédiablement leurs mains.

Avec une distribution comme celle-là, on ne peut pas se tromper. Les spectateurs sont rivés à leurs sièges, le silence dans la salle est religieux. Même si on connait l'histoire, que l'on sait qu'il s'agit d'un épisode d'une violence sans nom, on reste sidérés devant cette démesure majuscule, devant ces effroyables machinations orchestrées par un couple uni dans une osmose sauvage. La mise en scène d'Angela Konrad, avec sa musique rock, ses éclairages violents, ses cris, sa rage, sa férocité, son sarcasme rend tout cela et plus encore.

Le texte insère le présent dans le passé. Michel Garneau intègre également une métaphore du Québec dans le drame shakespearien en parlant d'un pays qui saigne à cause de la tyrannie, un pays qui pleure et qui grince. Traduite à la fin des années 70, la pièce n'a rien perdu de sa force et de son impact, bien au contraire. Elle demeure un jalon essentiel dans l'histoire de notre dramaturgie. Et les phrases célèbres de Macbeth, comme It is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing trouvent avec lui une résonnance familière mais aussi un chatoiement nouveau.

Je ne répéterai jamais assez combien Shakespeare est extraordinaire, combien, plus de 500 ans plus tard, il est toujours pertinent, tour à tour cérébral, mélancolique, métaphysique, léger, machiavélique, aimant, névrosé. Et cette production de Macbeth, cette pièce violente, cruelle, puissante, drôle aussi, démesurée comme peuvent l'être parfois les émotions humaines, disproportionnée, excessive est parfaite.

Macbeth : à l'Usine C jusqu'au 10 octobre 2015.

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