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<em>Lulu</em>, hélas...

06/05/2014 11:56 EDT | Actualisé 06/07/2014 05:12 EDT
Caiaimage/Sam Edwards via Getty Images

Je ne connaissais pas Franz Wedekind, ce dramaturge allemand mort en 1918, précurseur de l'expressionisme et dont la pièce Lulu fit scandale pour la représentation faite sur scène de la sexualité et la dénonciation des conventions bourgeoises régissant les rapports entre les hommes et les femmes. Lulu est une variation sur le thème de l'ascension d'une jeune femme partie de rien qui se sert de ses charmes pour accéder à un statut social enviable, tout comme Manon Lescaut, Nana et autre Dame aux camélias. La femme idéale au 19e siècle est jeune, belle et, de préférence, morte. Si elle vit et qu'elle utilise sa sexualité, elle représente un danger et on retrouve des dizaines d'exemples dans la littérature et l'art de l'époque de la femelle castratrice et dévoreuse d'hommes, la mante religieuse qui ne laisse que mort et destruction sur son passage.

Il n'est pas inutile de se rappeler tout cela de temps à autre. Mais il y a la manière. La Compagnie de la Lettre 5, qui a produit la pièce, erre ici du côté de la médiocrité.

Le metteur en scène, René Migliaccio, a choisi la modernité pour redonner vie à ce texte. Ainsi, il y a un écran transparent devant la scène, écran qui reste baissé tout au long de la représentation et sur lequel sont projetées des images de violences faites aux femmes. Je comprends qu'on veuille actualiser le propos et souligner l'instrumentalisation du corps de la femme dont Lulu est l'objet. Mais il y a aussi un bizarre mélange entre des éléments propres au 19e siècle et à l'univers contemporain qui ne collent pas vraiment. Les dialogues sont dans le style ampoulé de l'époque, les deux personnages féminins affichent une grande liberté dans le vêtement et l'attitude, les personnages masculins, eux, semblent figés dans tous les clichés machos possibles et imaginables. Et il y a aussi le jeu des comédiens.

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Crédit photo : René Migliaccio

Stéphanie Ribeyrex joue le rôle de Lulu. Alors que la sensualité du personnage doit être de nature à faire chavirer tous les hommes, madame Ribeyrex nous propose une Lulu qui passe son temps à rejeter ses cheveux vers l'arrière et à prendre des poses pseudo lascives censées exprimer la sexualité explosive du personnage. Je n'ai vu là-dedans qu'une grammaire corporelle remplie de clichés. Une scène entre Lulu et le fils de son amant, qui devrait représenter des sommets d'érotisme, ne réussit qu'à être ridicule. Cédric Cilia, en peintre transi d'amour qui se tranche la gorge parce que Lulu l'a trompé, joue complètement faux avec une exagération et des grands cris qui relèvent du pire théâtre amateur. Les scènes de désespoir avec des expressions forcées et rien de senti, jouées dans un premier degré consternant, ne suscitent aucune émotion ou sentiment. Le tout est à l'avenant avec, en plus, des répliques ratées et des ruptures de ton dues aux différences marquées dans les accents des comédiens dont certains sont Français et d'autres Québécois. Tous les personnages sont insupportables ou irritants d'une façon ou d'une autre et j'avoue avoir souhaité qu'ils meurent tous très rapidement pour qu'on en finisse au plus vite. Voilà comment je me sens lorsque je me retrouve devant des stratosphères d'inanité.

La pièce de Wedekind oscille entre le drame réaliste et le théâtre de boulevard avec un amant caché dans le placard qui surgit toujours au mauvais moment. Je comprends qu'il y a pu avoir scandale il y a plus de cent ans à cause de certaines audaces et libertés prises avec le rendu de la sexualité. Mais je ne vois pas l'utilité d'avoir déterré ce texte si on se révèle incapable de lui rendre justice.

Je ne vais pas m'acharner davantage sur cette décevante production. Mon complice de ce soir-là et moi avons filé à l'anglaise après une heure quinze de spectacle parce que nous n'en pouvions plus.

Lulu, une production de la Compagnie de la lettre 5, est présentée à l'Espace La Risée jusqu'au 17 mai 2014

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