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<i>Love lies bleeding</i>: un ballet de haut-niveau, malgré le public

13/04/2013 10:40 EDT | Actualisé 13/06/2013 05:12 EDT

La compagnie Alberta Ballet fait un tabac avec ce spectacle consacré à des chorégraphies dansées sur des chansons d'Elton John. Et après avoir constaté l'affluence le soir de la première, je ne peux qu'applaudir à cette forme de démocratisation de l'art qui fait en sorte que l'on rende davantage accessible la danse et ses multiples facettes et variations.

Le spectacle est de haut niveau: c'est entraînant, plein d'énergie et de dynamisme, certains danseurs sont très bons, dont Yukichi Hatori dont la grâce et l'athlétisme ressortent avec bonheur et qui est fort bien utilisé par le chorégraphe qui a su mettre en valeur son talent. Il fait plaisir aussi de voir qu'il y a un bon nombre de Québécois dans cette compagnie dont Martine Bertrand, la conceptrice des costumes qui a accompli un travail formidable et Guillaume Lord, le scénographe, qui utilise de façon intelligente et parfois spectaculaire l'espace scénique qui lui est imparti. La chorégraphie de Jean Grand-Maître, un autre Québécois, ne réinvente pas la roue, ni la pirouette ou l'entrechat, mais il m'a fait plaisir de reconnaître des mouvements de danse classique amalgamés à de la danse disco.

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Le premier numéro, qui met en scène les danseurs habillés en joueurs de baseball donne d'ailleurs le ton pour le reste du spectacle. Tout cela est très coloré et chatoyant, le spectacle est bien rodé et c'est un plaisir pour les yeux. On y a aussi intégré de nombreuses allusions à la consommation de drogue et à une sexualité débridée, ce qui explique la mise en garde qui précise que Love lies bleeding s'adresse à un public averti. Mais il n'y a rien pour arracher sa chemise ici au Québec où on a adopté une attitude plutôt relax face aux excès qui ont caractérisé les années 70.

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Crédit photo: Alberta Ballet

C'est donc bien différent de Coppélia ou de Roméo et Juliette et il va sans dire que ce genre de spectacle attire un public qui n'irait pas voir Coppélia ou Roméo et Juliette mais il y a, hélas, un côté sombre à cette démocratisation dont je parlais plus haut. Tout au long du spectacle les deux jeunes filles à côté de moi avaient en main leur téléphone cellulaire et vérifiaient à chaque 20 secondes si elles avaient reçu de nouveaux messages. À l'arrière de moi, un couple a parlé à haute voix tout le long de la représentation. La majorité du public, se croyant sans doute à un concert rock, applaudissait après chaque numéro. Et il y avait aussi les sifflements appréciateurs lorsque les danseurs se présentaient sur scène vêtus d'un simple pagne ou d'un cache-sexe. On se serait cru dans un Club gai avec des danseurs nettement meilleurs que la moyenne. Je pense qu'il y a ici une lacune dans l'éducation du public et surtout d'un public prêt à payer plus de 100 $ pour aller au ballet, mais qui croit que ce billet lui octroie le droit de se comporter comme un crétin sans discernement et de faillir aux règles les plus élémentaires de la courtoisie. La Place des arts et un show rock au Parc Maisonneuve ce n'est pas tout à fait la même chose.

Tout cela a suscité chez moi une vague de sentiments belliqueux et m'a empêché de goûter pleinement le spectacle. Je suis sortie furieuse, non sans avoir fait savoir ma façon de penser à ces personnes, et je trouve très dommage d'avoir vu ma soirée gâchée en partie et de ne pas avoir pu l'apprécier pleinement. Je suggère aux Grands Ballets de réitérer deux fois plutôt qu'une les mises en garde d'avant le spectacle et je ne vois pas bien ce qu'on pourrait faire d'autre sauf confisquer tous les bidules électroniques à la porte d'entrée ou bâillonner tous les spectateurs. Ce qui est évidemment hors de question puisque nous ne vivons pas en Corée du Nord.

Love lies bleeding est présenté à la Place des arts jusqu'au 14 avril 2013