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<em>Ligne de bus</em>: qui trop embrasse mal étreint

10/02/2014 12:30 EST | Actualisé 12/04/2014 05:12 EDT

Ligne de bus, qui est présenté aux Écuries, une production du théâtre I.N.K., est l'exemple parfait de la pièce qui embrasse trop et étreint mal. Il n'y a rien d'abouti dans ce texte confus au sujet duquel je me suis questionnée à plusieurs reprises: quel est au juste le propos, qu'est-ce qu'on veut nous dire, quelles sont les motivations de certains des personnages et, en fait, qu'est-ce que certains de ces personnages viennent faire là-dedans? Cela donne un spectacle qui met l'accent sur la tragédie, mais sans parvenir, à aucun moment, à nous toucher.

Le prétexte de départ est pourtant fascinant : Marilyn Perreault, qui signe le texte et la mise en scène, s'est intéressée aux anecdotes, aux petits événements, aux conversations et aux impressions diverses récoltés sur les lignes d'autobus.

Ça débute avec une coroner (Marilyn Perreault, justement) qui enquête sur ce qu'on devine être un accident survenu dans un autobus. Une très jeune fille (Victoria Diamond, qui ne maîtrise pas suffisamment le français et ses nuances) est morte poignardée. Elle venait d'être harcelée par des camarades de classe qui l'auraient poussée malencontreusement peut-être, entraînant sa mort. Y a-t-il lieu de porter des accusations criminelles? On va en apprendre davantage là-dessus, bien plus tard, mais dans l'intervalle la pièce bifurque vers un trio amoureux, Tom (Hubert Lemire), Jimmy (Victor Andres Trelles Turgeon) et Daniela (Nora Guerch) et, pour faire bonne mesure, vers Rachel (Annie Ranger), une serveuse tombée amoureuse d'un chauffeur d'autobus (Hugues Sarra-Bournet) qu'elle cherche toutes les fins de semaine sans le trouver lors d'une errance dans les transports en commun. Et le tout s'égare, va dans tous les sens, sans focus, on ne sait pas si le propos est la mondialisation, la quête d'identité, le terrorisme, l'intimidation, l'absence de ressources en santé mentale, bref un salmigondis dont le noble but est de se pencher sur la cruauté du monde, mais qui échoue à nous rejoindre et à provoquer quelque émotion que ce soit.

ligne de bus


C'était l'occasion de jeter un regard anthropologique sur un condensé d'humanité et de peut-être cristalliser des situations ou des aspirations universelles. Mais Marilyn Perreault en met trop. Et la pièce n'est pas structurée de façon assez rigoureuse pour rendre justice à tous les aspects qu'elle désire traiter.

Le décor est constitué de ce fameux autobus, ou plutôt de sa carcasse, qui sert de toile de fond narrative et qui est astucieusement modifié pour incarner différents lieux et atmosphères. Les comédiens se livrent parfois à des performances plus athlétiques et utilisent les barres fixes, les panneaux et les sièges de l'engin et cela donne probablement les meilleurs moments de la pièce. À une heure quarante, le texte gagnerait à être resserré, il y a des longueurs et de nombreuses répétitions. Les seules touches d'humour sont apportées par le personnage de Rachel, mais, règle générale, le reste explore à grand coup de truelle les profondeurs du drame et tout cela se prend terriblement au sérieux.

Il y a aussi un problème de ton et de rendu de la part des comédiens qu'on ne peut pas mettre entièrement sur le compte de la nervosité d'un soir de première. Marilyn Perreault, en coroner, sonne particulièrement faux et il en résulte un discours plat débité hors champ qui est loin d'être convaincant. Ce personnage aurait pu être retranché de la production sans que la narration en souffre de quelque façon que ce soit.

Voilà donc une bonne idée de départ gâchée par un traitement trop ambitieux. Parfois, less is more. Vous savez, ce n'est pas parce qu'on possède plusieurs cordes à son arc qu'il faut tirer dans tous les sens.

Ligne de bus, une production du théâtre I.N.K., est présentée aux Écuries jusqu'au 22 février 2014

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