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<em>Les Innocentes</em> sont trop sages

20/05/2014 11:43 EDT | Actualisé 20/07/2014 05:12 EDT

C'est grâce à Lilian Helmann que j'ai découvert dans ma jeunesse la beauté de la langue anglaise contemporaine, comment l'anglais pouvait être mélodieux, riche et ample. An unfinished woman, Pentimento (où on retrouve la nouvelle Julia qui a inspiré le film du même nom avec Jane Fonda et Vanessa Redgrave), et Scoundrel Time m'ont marqué et j'ai toujours éprouvé une admiration sans bornes pour cette femme qui a défié les conventions et qui, dans son écriture, admet qu'elle ne se rappelle pas de tout et qu'elle n'est pas prête à tout révéler. Je n'avais jamais cependant jamais vu de son théâtre. La pièce Les Innocentes, traduction de The children's hour, présentée au Rideau Vert, a remédié à cela.

Mais pas tout à fait comme j'aurais voulu. La pièce date de 1934 et elle a été le choix d'Yvette Brind'amour et Mercedes Palomino pour lancer en 1949 le Théâtre du Rideau Vert. Si le thème est toujours pertinent, je crois qu'il aurait fallu dépoussiérer davantage l'œuvre pour qu'elle résonne auprès des spectateurs. René-Richard Cyr a manqué d'audace et livre une mise en scène sage, trop sage, où l'émotion ne surgit à aucun moment dans cette reconstitution d'une époque enfuie.

innocentes


Karen (Rose-Maïté Erkoreka) et Marthe (Sylvie De Morais), deux jeunes femmes amies depuis toujours, ont fondé une école pour filles et après des années de dur travail voient enfin leurs efforts récompensés : l'aisance financière se pointe à l'horizon, Karen épousera le médecin Joseph Cardin (Samuël Côté) et Marthe pourra donner une somme d'argent à son encombrante tante, Lily Mortar (Sylvie Drapeau) pour qu'elle aille se faire voir ailleurs. Sauf que, bien sûr, leurs projets seront complètement chamboulés lors qu'une de leurs élèves, Marie Tilford (Catherine Leblond) répand la rumeur que les deux jeunes femmes sont lesbiennes. Ce n'est jamais évidemment dit comme cela dans la pièce. Cette rumeur, qui s'avèrera fausse (quoique...) va ruiner la vie des deux enseignantes.

Un thème toujours très moderne, donc. On entend parler régulièrement d'allégations d'abus dans les garderies, les écoles ou ailleurs, qui ne sont pas toujours vraies et qui entachent à jamais des réputations. Le problème avec Les Innocentes c'est que cela est traité de façon résolument mélodramatique, sans beaucoup de nuances. La petite fille qui lance la rumeur est d'une incroyable méchanceté, pas très loin de la petite psychopathe de The bad seed. Sa grand-mère (Andrée Lachapelle) nage dans l'aveuglement le plus total. Karen et Marthe sont des anges descendus du ciel. La psychologie des personnages est brossée à gros traits sans aucune subtilité ce qui fait qu'ils ne suscitent aucune empathie chez nous. Le personnage le plus intéressant est cette insupportable tante jouée par Sylvie Drapeau, qui suscite les rires de la salle (et je ne suis pas sûre que c'était là le but premier de Lilian Helmann) et qui aurait mérité une pièce de théâtre pour elle toute seule.

Le décor, avec papier peint à la William Morris et meubles rappelant le salon de nos grands-mères, les costumes, les coiffures, très années quarante, tout contribue à nous faire voyager dans le temps, mais cela établit aussi, curieusement, une distance qui nous empêche de rejoindre les personnages principaux dans leur désarroi.

Les jeunes comédiennes qui jouent les écolières sont extrêmement convaincantes. On croit sans problème qu'elles ont 13 ou 14 ans. Tout le monde fait bien son travail dans cette production, mais il manque un petit supplément d'âme, une consolation, une rédemption qui ne vient jamais. Il n'y a pas de profondeur dans le sentiment, il n'y a rien de ressenti dans ces dialogues qui demeurent formels, presque malgré eux. Il aurait fallu trouver une façon de parler de ce passé pas si éloigné en utilisant une syntaxe moderne. Lui redonner du bruit et de la fureur, l'impact de la passion et de l'émotion. Ce n'est pas le cas et c'est bien dommage.

Les Innocentes est présentée au Théâtre du Rideau Vert jusqu'au 7 juin 2014

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