Marie-Claire Girard

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Le père Noël est une ordure

Publication: 17/12/2012 14:06

Je n'ai jamais vu le film Le père Noël est une ordure, je l'avoue à ma courte honte. Je suis donc arrivée à la représentation de La compagnie sans idées préconçues, sans préjugés, sans éléments de comparaison, complètement vierge quoi, mais en me doutant bien qu'avec un titre pareil ça risquait de se révéler irrévérencieux.

Et ce le fut. Je pense que tout le monde dans la salle connaissait l'histoire sauf moi. Détresse-amitié est un centre d'appel pour déprimés et suicidaires de tout acabit où travaillent Pierre et Thérèse, qui sont au fond aussi paumés et désespérés que ceux à qui en principe ils doivent venir en aide. Pierre, qui peint des tableaux d'un goût plus que douteux, est marié et père de deux enfants. Thérèse, qui tricote des gants pour les petits lépreux de Djakarta (des gants qui n'ont que trois doigts) est divorcée de son mari. C'est la veille de Noël et ils s'attendent à une recrudescence d'appels puisque le temps des Fêtes est une période fertile pour le désespoir. Mais ils ne prévoient pas du tout la série d'événements absurdes et de visites inattendues qui vont ponctuer la soirée.


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Franchement, tout ça est extrêmement cynique et follement amusant. Que ce soit l'arrivée de l'inénarrable Josette, la cousine clocharde de Thérèse, enceinte jusqu'aux yeux et poursuivie par son fiancé armé et déguisé en Père Noël, la visite d'un travesti qui dit s'appeler Katia mais qui n'est pas du tout ce que l'on croit ou les appels téléphoniques obscènes qui scandent la soirée, rien ne se passe comme prévu dans le centre d'appels. Tout ça relève du théâtre de boulevard et du vaudeville mais revisité de façon résolument contemporaine, adaptant à un thème très moderne des techniques éprouvées et terriblement efficaces.

Et je m'en voudrais de ne pas mentionner l'énergie et le sens du rythme dont font preuve les comédiens. Ils sont tous excellents, surtout Clément Cazelais qui joue le personnage de Preskovich, le voisin du dessus originaire d'un obscur pays des Balkans. Il faut voir lorsque Prescovich apporte des bonbons de son pays, faits de margarine pure et roulés sous les aisselles, des bonbons qui, vous vous en doutez, représentent une atteinte grave au concept même de confiserie.

Clément Cazelais incarne un Preskovich à la fois insupportable et touchant, l'essence même de la pièce où des humains pas nécessairement sympathiques ou chaleureux révèlent tous des failles terribles à travers un texte d'une fausse légèreté. Une série de petits désastres tout-puissants et hop! Nous qui ne sommes déjà que peu de choses ne sommes plus rien. La vie, quoi.

Tout ça finit très mal après nous avoir fait beaucoup rire. J'aime ces séances d'exfoliant spirituel où l'humour et la tragédie s'enchevêtrent, histoire de ne pas oublier que nous sommes probablement toujours à deux doigts d'une catastrophe ou d'un drame en dépit du fait que nous préférons un long fleuve tranquille. Ça m'a rappelé aussi qu'on a le droit, parfois, d'être un peu déprimé à l'époque de Noël. Comme le dit Félix, le Père Noël de la pièce, « Pleure, tu pisseras moins. » On ne peut pas mieux résumer la situation.

Crédit photo : Benoit Ruel
Le père Noël est une ordure est présenté au Théâtre Mainline jusqu'au 22 décembre 2012

 
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