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«La Fête sauvage»: la foi dans l'avenir

07/12/2015 01:52 EST | Actualisé 07/12/2016 05:12 EST

Il y a un souffle, une énergie, un enthousiasme communicatif pas mal formidables dans cette Fête sauvage proposée par Véronique Côté et présentée au théâtre de Quat'Sous. Pour avoir vu Attentat la saison dernière, je me doutais de quoi cette jeune fille était capable. Elle ne m'a pas déçue.

Ce que j'aime chez-elle, c'est qu'elle a une vision. J'ai déjà reproché à plusieurs reprises à cette génération Y de se complaire dans les reproches sans fin, de rendre les générations précédentes responsables de tous leurs malheurs, réels ou imaginaires, et de ne rien proposer comme solution de rechange. Véronique Côté a décidé de prendre les choses en main. Et l'art étant vecteur de changement, on la sent investie d'une mission: modifions le discours, sortons de la morosité ambiante, dénonçons les aberrations mais ayons aussi foi en l'avenir, plantons des arbres et fabriquons des enfants et changeons les choses petit peu par petit peu. Et faisons-le gaiement. C'est peut-être pour cela que je sens un souffle nouveau quand je vois quelque chose comme La fête sauvage.

fete sauvage

Elle a donc demandé des textes à plein de jeunes gens talentueux comme elle. Textes qui seraient appelés pour la plupart à être chantés. Ça donne un spectacle de deux heures et demie où, au départ, Véronique Côté nous explique son plan (quasi machiavélique) qui consiste à refuser de se laisser éteindre et de croire en la lumière. On prend un coup avec ça, histoire de se mettre dans l'ambiance de la fête, et c'est parti. Toute la place étant laissée à la parole, chantée ou dite, et de bien belle façon avec des musiques originales de Chloé Lacasse et Benoît Landry et des musiciens sur scène qui font un travail impeccable.

Tout cela est très, très réjouissant. Drôle parfois, émouvant de temps en temps, ce regard posé sur nos vies, notre civilisation, notre Québec contemporain comporte une bonne dose de lucidité et pas mal de nationalisme. On y parle de l'île d'Anticosti mais aussi du Dix-Trente, des dérives du capitalisme mais aussi des relations amoureuses et de ces nouveaux voisins que l'on voudrait aimer mais qui présentent un défi au concept de l'amour du prochain. À travers cela, un monologue désopilant en deux parties de Sarah Berthiaume incarnant une fille du Roy qui débarque en Nouvelle-France. Elle trouve le moyen, avec ce texte infiniment amusant, de dénoncer la nostalgie délétère et la musique néo-trad en soulignant que, non, ce n'était pas mieux avant et que c'est ici et maintenant que l'on vit et que la frilosité n'a jamais engendré quoi que ce soit d'intéressant. Et je pense bien qu'elle a raison.

Il y a beaucoup d'autres moments forts, dont les textes de Steve Gagnon (j'avoue que c'est un de mes chouchous, c'est notre nouveau Gérald Godin) dits par Frédéric Blanchette et une Lettre aux jeunes hommes de Justin Laramée où il les exhorte à ne plus X-boxer leurs solstices et à ne plus coach-surfer leurs existences. Joëlle Bond est également formidable avec Pour ou contre et La procédure. Mais tout le monde se donne à plein, tout le monde est excellent parce qu'ils y croient et qu'ils refusent la tentation du passé pour se tourner vers la soif de l'avenir.

Même si le présent est âpre, il ne devrait pas faire d'ombre sur ce que nous voulons préparer. Ces jeunes gens font preuve de foi, ils frémissent et tressaillent comme tout ce qui est train d'éclore. Ils ne se demandent pas Mais quand viendra ce que nous attendons? Ils ont décidé de se fabriquer eux-mêmes un présent. Cela m'émeut particulièrement de voir sur une scène des jeunes gens qui s'approprient la parole et qui ont tant à dire, et si bellement. Vraiment, que peut-on ne pas aimer là-dedans?

La fête sauvage, une production du Théâtre de Quat'Sous et du Jamais lu, jusqu'au 18 décembre 2015.

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