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Des pieds et des mains: en parler sans en parler

Le texte de Martin Bellemare est subtil et drôle et grave à la fois.

27/10/2017 13:05 EDT | Actualisé 27/10/2017 17:30 EDT
Marc-Antoine Zouéki

C'est d'un très joli spectacle dont je vous entretiens aujourd'hui : Des pieds et des mains, à la Maison Théâtre, relève de cette catégorie de pièces qui, en principe, s'adresse aux enfants de 6 à 12 ans, mais qui trouve également une considérable résonance auprès des adultes. Tout l'art de cette écriture et de cette mise en scène se retrouve dans la sobriété, l'art de parler de quelque chose en n'en parlant pas vraiment.

Le texte de Martin Bellemare est subtil et drôle et grave à la fois. Il aborde les thèmes du handicap, de la différence, de la domination de l'argent, mais sans avoir l'air d'y toucher, de biais, par la bande tout en soulignant l'importance du don et de l'altruisme. Mais encore là, sur la pointe des pieds, dans un contenu qui abrite une âme vibrante remplie de magie et d'humanité. Ce qui donne un spectacle prenant du début à la fin et qui fait fi de la pédagogie parfois lourde qui plombe parfois le théâtre destiné aux enfants.

Deux jeunes gens décident de fonder une fabrique qui donnera des pieds et des mains à ceux qui en sont dépourvus. Ils ne demandent rien en retour puisque, selon eux, leur cœur reçoit à chaque fois une fleur. Dans la foulée, le texte questionne aussi notre notion de la normalité et ce à quoi nous nous attendons dans la représentation des corps, préférant la standardisation à une digression qui risque de nous interpeller et de remettre en question notre confort. Un homme sans bras nous rappelle qu'il est prisonnier de lui-même, des clients potentiels de la fabrique désirent un nez, une oreille ou un pied mariton. Et un individu qui a tout ce qu'il faut désire qu'on lui manufacture tous les éléments de son corps dont il pourrait avoir besoin le cas échéant. Vous voyez, on aborde même la cybernétique dans Des pieds et des mains.

La mise en scène de Marie-Ève Huot et la direction technique de Nicolas Fortin sont totalement complices de la proposition.

La mise en scène de Marie-Ève Huot et la direction technique de Nicolas Fortin sont totalement complices de la proposition. On joue fort bellement avec les ombres et la lumière, on utilise un découpage horizontal pour certaines scènes où les pieds et les mains deviennent les véhicules de l'émotion et de l'inventivité et la musique de Larsen Lupin complète parfaitement ce partenariat. Les trois comédiens, Maude Desrosiers, Philipe Robert et Joachim Tanguay prêtent leur talent à ce beau texte avec une connivence qui fait plaisir à voir.

En complément de la pièce, la Maison Théâtre offre une exposition de photos de Nicolas Lévesque qui a saisi le quotidien de diverses personnes aux prises avec un membre en moins. Le résultat est d'une grande beauté et d'une indéniable pertinence. De même que la différence, quelle que soit sa nature, est abordée dans Des pieds et des mains d'une manière forte et originale. Et il est rafraîchissant de constater que les personnages de la pièce ne se demandent pas : mais quand viendra ce que nous attendons? Ils se saisissent d'une solution et se construisent un présent. Dans un univers rempli de grisaille, munis de leur cœur pur, ils fabriquent un arc-en-ciel. Et le résultat est adorable.

Des pieds et des mains : Une production du Théâtre Ébouriffé et du Carrousel, Compagnie de théâtre, à la Maison Théâtre jusqu'au 5 novembre 2017.

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