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<em>Cuisine et Confessions</em>: Martha Stewart peut aller se rhabiller

03/11/2014 12:02 EST | Actualisé 03/01/2015 05:12 EST

Dans un décor d'armoires de cuisine, une bande de joyeux cuistots nous convient à une fête que je n'oserais qualifier de gastronomique, mais qui se révèle certainement des plus agréables. Pas de cuisseaux de veau ici, ni de cuissots de chevreuil, plutôt du pain aux bananes qui va cuire dans le four et embaumer l'atmosphère de La Tohu où Les 7 doigts de la main nous présentent ce nouveau et adorable spectacle.

J'ai vraiment aimé cette soirée délicieuse dans tous les sens du mot. La jeune amie qui m'accompagnait voyait Les 7 doigts de la main pour la première fois et elle était aux anges. Il faut dire qu'elle a assisté à quelque chose d'exceptionnel : Cuisine et Confessions est un moment de cirque, oui, mais aussi de théâtralité, rempli d'humour et de jolies traces d'émotion, un mélange idéal avec un parfait dosage d'ingrédients, comme dans les meilleures recettes de cuisine.

cuisine confessions

Shana Carroll et Sébastien Soldevila sont les créateurs et metteurs en scène de ce spectacle exquis. Je crois qu'ils exploitent avec Cuisine et Confessions un fort intéressant filon: cet heureux amalgame entre la performance physique et le monologue biographique alors que les athlètes vont se livrer à toutes sortes de prouesses en même temps qu'ils nous confient des pans de leur vie. Certains épisodes expliquent d'ailleurs pourquoi ils font ce qu'ils font, comment ils en sont venus au cirque. Le très amusant Mishannock Ferrero discourt, lui, sur l'importance d'une table ronde (parce qu'on peut toujours ajouter un convive de plus en se tassant un petit peu). Danica Gagnon-Plamondon, décidément très douée, fait une hilarante parodie d'émission de cuisine avec ChopChop MiamMiam. (Je crois qu'elle est prête pour le Food Network.) On nous propose un pas de deux entre garçons, qui se transforme d'ailleurs en pas de trois, moment viril et rempli de testostérone s'il en est où ça halète et ça virevolte comme c'est pas possible et Gabriela Parigi nous fascine avec un numéro déjanté et poétique où, mine de rien, elle fait la démonstration de son immense talent. Un des monologues qui m'a particulièrement touchée est celui de Matias Plaul qui raconte l'arrestation de son père par la junte militaire en Argentine lorsque Matias était enfant. C'est un moment très touchant, non seulement parce qu'on ne s'y attend pas, mais aussi parce qu'il nous fait réaliser que derrière la beauté, la perfection du geste ou l'impeccable technique peuvent se dissimuler l'absence et la souffrance.

Tout le monde est formidable là-dedans, les numéros se succèdent et nous éblouissent. Ce ne sont pas des humains qui évoluent devant nous, parfois ce sont des chats ou des oiseaux, où des créatures dont on ignore les noms et qui sont ici dans le but de se rire de la gravité. C'est également un spectacle plein de générosité envers le public, un public invité à participer de toutes sortes de manières incongrues et qui ne peut qu'être séduit. Et puis, vraiment, y a-t-il quelque chose de plus rassembleur que la nourriture? L'originalité ici réside dans le fait qu'on parle de bouffe, qu'on fait de la bouffe sur la scène, qu'on y mange, qu'on y boit, qu'on offre de la bouffe aux spectateurs pendant et après le spectacle, mais qu'on propose aussi de la nourriture pour l'âme, parce que c'est bien autour d'une table, ronde ou pas, qu'on dit plein de choses et qu'on réfléchit à haute voix. Pour une fois, le titre d'un spectacle de cirque a du sens, le thème est limpide et bien exploité, on en retient un fil conducteur riche traité avec humour et gravité dans un équilibre harmonieux.

Ce que j'ai beaucoup aimé, aussi, c'est cet assortiment de gabarits qui caractérise Les 7 doigts de la main. Il n'est pas nécessaire d'avoir un corps de danseuse, d'avoir des proportions impeccables, de répondre aux canons de la beauté grecque pour faire du cirque. De toute façon lorsqu'ils sautent si haut, qu'ils se lancent dans les airs, qu'ils font faire des choses incroyables ou bizarres à des objets, ils sont tous magnifiques. Ce qui est, somme toute, aussi réconfortant que de savoir que l'on va manger du pain aux bananes.

Cuisine et Confessions : à La Tohu jusqu'au 15 novembre 2014.

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