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<em>La coopérative du cochon </em>

13/10/2012 02:36 EDT | Actualisé 11/12/2012 05:12 EST
theatreopsis.org

Si je pouvais décerner des Tony Awards québécois c'est sans contredit La coopérative du cochon présenté au Prospero par le Théâtre de l'Opsis qui remporterait tous les trophées. Voici d'ailleurs quelques raisons pour lesquelles vous devriez vous précipiter pour aller voir cette pièce.

-Parce que ça débute dans un salon mortuaire québécois où les cinq enfants d'une même famille se rappellent avec chaleur et bonhomie leur père, immigré italien, qui racontait les histoires de la fin de la guerre, en 1944, alors qu'il avait huit ans.

cooperative du cochon

-Parce que tout le long de cette improbable histoire où le petit Nino et son père partent en quête de membres voulant faire partie de cette coopérative afin d'acheter un cochon vivant volé aux Allemands, on est absolument fasciné par les rencontres qu'ils font, par les récits qui ponctuent leur quête, par toute cette couleur et cette ferveur qui fait fi de la guerre et de la mort.

-Parce que vous allez croire, tout comme j'y ai cru, au barbier ressuscité, au chien mort qui revient lui aussi à la vie, à la mouche qui confie son désarroi face au destin qui lui a été imposé par une Sainte Vierge hystérique, aux deux extravagantes polonaises du camp de concentration, au petit soldat allemand qui a un sosie, le tout composant la trame d'une savoureuse comédie humaine.

-Parce qu'il y a là-dedans tout ce qu'on aime dans la vie : se faire raconter des histoires. En prime, les histoires s'emboîtent comme dans les Mille et une nuits et, pour faire bonne mesure et parce que c'est italien, on ajoute de la Commedia dell'arte ce qui ajoute un niveau de délire supplémentaire rempli d'une énergie maniaque.

-Parce que la vitalité qui s'exprime à travers ce spectacle rempli d'humanité et d'absurdité va vous laisser ravi, pantelant et pas très loin de la catharsis après avoir ri et pleuré comme cela vous arrive rarement.

-Parce que tous les comédiens, Luc Bourgeois, Louise Cardinal, Martin Héroux, Olivier Morin, France Parent, sont uniformément bons, endossant des personnages tous plus farfelus les uns que les autres à travers des épisodes qui nous décrochent le pompon.

-Parce que la traduction et la mise en scène de Luce Pelletier sont parfaites, la preuve, s'il fallait encore la faire, qu'avec peu de moyens on peut faire grandiose.

-Parce que c'est la découverte d'un écrivain italien, Ascanio Celstini, à qui je décernerais non seulement le Tony Awards mais aussi le Prix Nobel de littérature. L'histoire de La coopérative du

cochon relève du mythe, tout comme l'Odyssée d'Ulysse avec, bien sûr, ce que cela comporte d'exagération, d'emphase et de merveilleux. Mais apprêté à la sauce contemporaine avec juste ce qu'il faut d'hommage et de clin d'œil aux prédécesseurs.

-Parce qu'on prend des risques avec ce récit et qu'on se rend compte que l'audace conquiert tout.

-Parce que c'est la dernière pièce du Cycle italien présenté par le Théâtre de l'Opsis et que ce cycle, dont j'ai vu toutes les productions qui étaient toujours excellentes, se termine en apothéose.

Ne manquez pas ça. Allez-y avec quelqu'un que vous aimez beaucoup. Je vous jure que vous connaîtrez un moment de bonheur rare et, dans notre univers quelque peu tristounet, ce n'est pas si fréquent n'est-ce pas?

La coopérative du cochon est présenté au Prospero par le Théâtre de l'Opsis jusqu'au 3 novembre 2012