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Les Contes urbains: 20 ans déjà

08/12/2014 11:22 EST | Actualisé 07/02/2015 05:12 EST

J'ai vu plusieurs éditions des Contes urbains à travers les années. C'est toujours pour moi un plaisir renouvelé : on ne sait pas à quoi s'attendre, mais on sait qu'on sera saisi par ces histoires, charmé, ému, qu'on nous fera rire et réfléchir aussi. L'édition 2014 est à la hauteur et débute avec Diane Lavallée qui pète sa coche et décide d'aller s'installer à Laval après avoir subi les affres d'un voisinage du Plateau qui ne semble pas comprendre le concept de respect.

Brigitte Poupart enchaîne avec Snob, un texte de Stéphane Lafleur, où la jeune femme, qui se défend bien d'être snob, justement, s'évertue de par ses actes et ses paroles à nous démontrer le contraire. Elle est allée s'établir dans un quartier moins favorisé et s'étonne de la réaction des locaux à son égard jusqu'au jour où on lui fera très bien sentir qu'elle est indésirable. Prédateur de Christine Germain revisite un fait divers marquant lorsque de jeunes vendeuses avaient été assassinées dans les boutiques de la rue Laurier où elles travaillaient. Léa Simard nous rend palpable le malaise instinctif qu'elle ressent face à cet homme qui entre dans le magasin et dont elle va deviner les intentions. Martine Francke incarne la petite bourgeoise de Noël à vie! de Chantal Cadieux qui apprend un 22 décembre qu'elle est atteinte d'un cancer et qui voit son univers complètement chamboulé. D'autres performances se succèdent jusqu'à la finale Cocaline d'Yvan Bienvenue que nous propose France Arbour avec beaucoup de verve et d'ironie. Madame Arbour est aussi en quelque sorte le point d'ancrage du spectacle : les autres comédiennes s'adressent parfois à elle comme un interlocutrice privilégiée. Et ce texte, joué à quelques reprises dans l'histoire des Contes urbains, et qui raconte l'histoire d'une vieille dame qui retient les services d'un gigolo est toujours actuel et percutant dans sa description d'une sexualité de vieillards dont on préfère ne pas parler.

contes urbains

J'ai été quelque peu désarçonnée par Moé c'est ça Noël de et dit par Michelle Blanc. On comprend qu'il s'agit d'un transgenre (Michelle Blanc d'ailleurs a endossé cette cause et parlé abondamment de sa propre expérience lorsqu'elle a changé de sexe), mais le texte m'a paru éparpillé, sans structure, allant dans toutes les directions. Ça relève davantage de l'anecdote banale alors que la charge aurait pu être autrement puissante. Mais la fin est adorable.

Obélisque (la fille de Francine) raconte l'histoire poignante de cette femme de 55 ans qui a vaincu le cancer et qui décide le 31 décembre de sortir de sa chambre d'hôpital pour aller voir la neige tomber à côté du monument élevé à la mémoire du général de Gaulle en face de l'hôpital Notre-Dame. Ça ne va pas bien se terminer. D'ailleurs la plupart des histoires se concluent sur une note pessimiste. Comme pour nous rappeler qu'en cette période de réjouissances continuent aussi d'exister la solitude, le désarroi, la peine, le malheur.

La mise en scène de Brigitte Poupart a opté pour la théâtralité alors que d'autres éditions favorisaient la proximité avec le public. J'aurais préféré qu'on garde cette approche puisqu'on avait davantage l'impression de se retrouver dans l'intimité du conteur, comme si on nous racontait tout cela lors d'une réunion de famille. Il demeure que la soirée est quand même belle et que les comédiennes sont excellentes.

Après vingt ans, c'était la dernière édition des Contes urbains présentée à La Licorne par le théâtre Urbi et Orbi. Le concept va survivre, mais en d'autres lieux et pas nécessairement pendant le temps des Fêtes. Le Théâtre de la Manufacture et La Licorne exploreront d'autres avenues, car, bien évidemment, il y a encore plein d'histoires à raconter, plein de gens qui veulent nous les raconter et plein de monde pour aller les écouter.

Les Contes urbains : à La Licorne jusqu'au 20 décembre 2014.

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