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<em>Constellations</em>: que de possibles...

28/01/2015 02:49 EST | Actualisé 31/03/2015 05:12 EDT

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

Il semblerait que ce mois de janvier glacial soit sous le signe de la physique quantique à La Licorne, ce qui n'est pas sans conférer un certain cachet à cette rue Papineau qui en a singulièrement besoin. Après Le dénominateur commun (toujours présenté à La Grande Licorne) qui veut débusquer les secrets de l'existence en utilisant la science, Constellations de Nick Payne explore les multivers, l'ensemble de tous les univers possibles parmi lesquels figure, bien entendu, celui où nous vivons ici et maintenant.

Nick Payne est un dramaturge anglais et cette pièce, Constellations, est présentée simultanément sur Broadway à New York avec Jack Gyllenhaal et Ruth Wilson (qui jouait la psychopathe Alice dans la très bonne série britannique Luther). Nous, on n'a pas Jake Gyllenhaal ou Ruth Wilson, mais bien Alexandre Fortin et Stéphanie Labbé et je suis pas mal sûre qu'on ne perd pas au change. Ajoutez à cela la présence et la performance sur scène de Fanny Bloom (très joycienne et atmosphérique) et le résultat se révèle plus que satisfaisant.

constellations

En fait, la proposition de départ représentait un risque certain et la possibilité pour un auteur de se casser royalement la gueule. Nous avons sur scène un couple, Marianne et Philippe, qui explorent à travers ces possibles univers parallèles ce qui aurait pu leur arriver : ils tombent amoureux ou pas, ils restent plus ou moins longtemps ensemble, ils se séparent ou ne se séparent pas. On a droit à des variations sur les thèmes de la rupture, de la trahison, de l'amour et de la mort. Avec les comédiens qui reprennent plusieurs fois de suite le même dialogue avec à chaque fois des nuances. (En passant, quel travail ça doit représenter, d'apprendre ce texte...) Le tout aurait pu devenir répétitif et lassant, mais la pièce est tellement bien construite, elle permet une telle exploration du langage, du non-dit, du rythme de la parole et réussit à cerner tant de choses en un peu plus d'une heure qu'on est là, fascinés par ce tour de force d'écriture et par les acrobaties verbales des comédiens. Le résultat est une histoire super attachante où l'humour et l'émotion sont parfaitement dosés. Et où, à l'instar de la série The affair, Nick Payne présente les points de vue masculin et féminin, nécessairement différents.

Les comédiens évoluent dans un décor de verre et de miroirs. En arrière-plan, très piano-bar, Fanny Bloom joue et chante, faisant le pont entre les scènes. Le tout se fond admirablement dans un ensemble qui fourmille de vie et qui donne aussi le vertige. Si, en effet, existent ces autres univers chers à la physique quantique dont Kundera, entre autres, parlait dans L'insoutenable légèreté de l'être, cette Terre no.2, no.3, no.4 où l'on pourrait rattraper la parole ou le geste malheureux, où l'on pourrait faire mieux...Qui sait? Peut-être que...

Nos vies ne sont que cela en fait : une pièce de théâtre où nous jouons chacun notre rôle, mais pour laquelle il n'y a pas eu de répétitions ni d'indications de mise en scène. D'où bafouillages, erreurs et malentendus. Serions-nous plus rassurés de savoir que sont dissimulés quelque part des géographies impossibles, des univers secrets, des réalités invisibles... C'est ce que suggère la physique quantique. C'est ce que s'est approprié Nick Payne pour écrire Constellations. Et c'est extrêmement séduisant. Et c'est pour cela que j'ai le vertige.

Constellations: une production de La Parade, à La Petite Licorne jusqu'au 19 février 2015.

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