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Andreï: l'ultime <em>looser</em>

01/11/2013 01:37 EDT | Actualisé 01/01/2014 05:12 EST

Je ne sais pas ce qu'ils ont tous cet automne avec Tchékhov, il n'y en a que pour ce dramaturge russe qui est, à mon sens, largement surestimé. D'ailleurs en vieillissant, mon intolérance grandit face à la vacuité de certains personnages, de certains textes, de certaines propositions, surtout quand cela provoque chez moi un ennui sans borne et un état proche de la catatonie. C'est le cas avec Andreï ou le frère des Trois sœurs, un texte de Olivier Aubin et Justin Laramée. La représentation dure une heure dix minutes. J'ai eu l'impression que c'était sans fin et que j'assistais au marathon de la stagnation.

Dans Andreï les trois sœurs sont à Moscou alors qu'elles ne font qu'y rêver dans la pièce originale. On les entend puisqu'elles semblent envoyer des cassettes enregistrées de leurs états d'âme et de leurs conversations, cassettes qu'écoute Andreï. Car l'action (c'est un bien grand mot que j'utilise là en parlant de ce qui se passe ou plutôt de ce qui ne se passe pas dans ce spectacle) est transposée à notre époque avec gadgets, musique et références modernes, incluant un feuilleton télévisé présentant des extraits des Trois sœurs et le personnage du médecin ami de la famille (ou enfin c'est ce qu'on comprend à peu près) qui surgit déguisé pour l'Halloween. Ce personnage est joué par Denis Gravereaux, un de nos meilleurs comédiens. Hélas, ici, il n'est pas utilisé comme il pourrait l'être et son immense talent est perdu dans cet univers sans consistance.

Andreï, cet ultime looser, n'a aucun de ces désirs qui poussent l'activité humaine en avant, le désir de connaissance, le désir de mystère. Son univers est une suite de désenchantements qui s'accumulent et qui, franchement, n'ont pas réussi à susciter la sympathie de la spectatrice que je suis. Il ne se passe rien, il y a de longs silences, c'est formidablement plate, l'existence d'Andreï n'est qu'une suite d'échecs pas du tout assumés, et à entendre les excuses plutôt mauvaises qu'il donne à ses sœurs ou à son entourage pour justifier ses lacunes et son manque d'ambition, tout ce que je me suis dit c'est: Who cares?

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Crédit photo : Théo Gravereaux


Ce n'est pas le seul problème. Tout au long de la représentation, j'ai eu du mal à bien saisir les propos : les enregistrements manquent de clarté, les personnages sur scène marmonnent plus souvent qu'autrement alors en plus de ne comprendre rien à rien à ce qui se passe, les paroles proférées ne nous éclairent pas non plus. Tout cela est très frustrant. J'ai eu l'impression d'assister à une production d'amateurs. Je veux bien qu'on aborde dans des textes les thèmes de l'acceptation de notre mortalité et la relativité des passions matérielles et bla bla bla mais encore faudrait-il qu'il y ait une certaine vitalité dans tout cela, une possibilité de consolation, de rédemption, de la sympathie pour les personnages. Ou alors un désespoir tellement puissant que l'on sorte de cette expérience complètement bouleversé. Il n'y a rien de tout cela ici. Les trois personnages, et surtout Andreï, sont insupportables ou irritants d'une façon ou d'une autre et ce qui leur arrive à la toute fin m'a laissé totalement indifférente.

Suis-je en droit d'exiger davantage de ferveur? You bet!

Andreï ou le frère des Trois sœurs est présenté à l'Espace libre jusqu'au 9 novembre

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