Marc-André Cyr

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Guide conseil pour les étudiants en grève

Publication: 14/02/2012 15:28

Au fond de vous, les jeunes, vous le savez: la grève et la colère, ça ne mène nulle part (et ça va toujours trop loin). Présentement, vous devriez être sur les bancs d'école en train de faire vos devoirs et vos leçons. Mais bon, puisque vous êtes endoctrinés à ces folles idées (d'ailleurs typiques du totalitarisme soviétique et nord-coréen) de dignité et d'égalité des chances, et puisque vous semblez décidés malgré tout à prendre la rue, je vais vous donner, généreusement et patiemment, quelques précieux conseils.

En tant qu'ami, bien entendu.

Premièrement : Toujours plaire aux caméras

Même si ce n'est pas toujours facile, soyez gentils avec les journalistes. Vous aurez souvent cette impression de faire les yeux doux à une espèce d'agace snob et prétentieuse qui se cherche un « sugar daddy » (ou une « sugar mommy »), mais ne vous découragez pas. Malgré les mauvais reportages, les topos fondés sur des anecdotiques stupides et le paternalisme de leurs commentaires, les journalistes font leur travail du mieux qu'ils le peuvent.

Deuxièmement : Ne rien commettre d'illégal

Vous l'avez déjà compris, mais il est bien de le répéter: c'est en se soumettant à la loi qu'on la change. Les gestes « illégaux » ne peuvent que vous attirer des ennuis. Respectez les ordres des policiers. S'ils vous demandent de manifester sur le trottoir ou, ce qui peut aussi arriver, de rentrer simplement chez vous, écoutez-les.

(Ne les traitez surtout pas, comme dans la chanson, de « bœufs, de porcs ou de gros chiens sales ». Et ne leur lancez pas d'œufs pourris, de tomates, de restants de lunch -- ou quoique ce soit finalement-- au visage.)

Troisièmement : Ne pas perturber

Malheureusement, on le sait, c'est pratiquement une tradition historique, les étudiants du Québec sont souvent tentés par la violence. Plusieurs voudront occuper les bureaux gouvernementaux, les bureaux de députés, des banques, bloquer les ponts, le quartier des affaires, Quebecor, le casino... Pourquoi ne pas prendre d'assaut les studios de Radio X et de TVA tant qu'à faire? Et je ne vous parle même pas des coups pendables que ces étudiants mal élevés peuvent inventer : actions directes, canulars à l'humour douteux, faux communiqués ...

Toutes ces actions dérangent énormément le gouvernement. Elles peuvent même le rendre de mauvaise humeur. Vous voulez vraiment le choquer au moment même où vous faites appel à sa générosité et à sa compréhension? C'est ça que vous voulez?

Quatrièmement: Toujours écouter les consignes de la police

Comme le disait Biz (de Loco Locass) lors de la grève de 2005, si jamais la police se pointe « asseyez-vous par terre ». Ce poète nous a donné des rimes qui marqueront à jamais la littérature québécoise -- comme l'historique « Moi j'avais voté Bloc/pour que ça débloque » -- il ne peut donc pas se tromper. Mais tout le monde sait que les artistes sont des rebelles. La position assise pourrait encore être interprétée comme une offense. Le mieux est donc de se coucher par terre. De cette façon, les policiers pourront vous donner des coups de pieds sans même plier les genoux. Ils vous en seront sans doute reconnaissants.

Cinquièmement : Faire des « actions » originales

Des idées pour vous faire entendre sans déranger personne? Il y a bien sûr les pétitions, les parades pacifiques, les spectacles (pourquoi pas une épluchette de blé d'Inde?), les messages à la craie sur le sol (on peut les remplacer par des sculptures de neige l'hiver), de même que tous ces produits dérivés -- t-shirts, autocollants, macarons -- qui vous permettent d'afficher votre opinion.

Mais n'ayez pas peur d'innover! Biz (décidément, il en sait des choses, notre poète), toujours pendant la grève de 2005, félicitait des étudiants en médecine qui étaient allés ramasser des déchets sur le Mont-Royal. N'est-ce pas génial? Tout le monde gagne avec ce type d'action : vous faites du ménage (on en fait trop peu!), vous paraissez très bien devant les caméras (si jamais elles osent s'aventurer sur la montagne), vous ne dérangez personne (ce qui était votre objectif de départ) et, surtout, vous contentez l'opinion publique (c'est pratiquement comme faire une branlette à Big Brother!)

C'est ce genre d'action qu'il faut répéter. Des actions propres et souriantes qui vont plaire à tout le monde, même à vos « adversaires ».

Sixièmement : Méfiez-vous des radicaux

Les communistes, les anarchistes et les féministes (toujours enragées), sont de bien mauvais conseillers. Ils vous parleront de «création d'un rapport de force». Certains parlent même de «lutte de classes». Vous imaginez? La lutte des classes au 21ème siècle. Hellooo les jeunes, le mur de Berlin est tombé: la lutte des classes est terminée. Vous n'écoutez donc jamais la télé?

Sans oublier que ces histoires de « classes », ça peut mener très loin. On ne sait jamais quand ça s'arrête. Non seulement vous pourriez faire plier le gouvernement sur la question des frais de scolarité, mais vous pourriez sérieusement le déstabiliser.

Je ne veux pas vous faire peur, mais vous imaginez si ne serait-ce qu'un dixième des mécontents du Québec descendaient dans la rue avec vous? Et si votre mouvement se mettait à fédérer le mécontentement contre le parlement corrompu et le pouvoir du marché? Toujours plus de manifestations, de grève et de perturbation ... Terrifiant, non??? De quoi virer la belle province à l'envers!

Heureusement, le Québec n'est pas l'Angleterre, le Chili ou la Grèce.

Alors les jeunes, je vous en conjure, soyez prudents. Vous n'êtes pas pour la guerre quand même? Faites votre petite grève quelques instants si ça vous chante. Les politiciens verront bien si vos revendications sont raisonnables. De toute façon, des élections s'en viennent.

Et allez faire vos devoirs, allez faire vos leçons, allez travailler. Le plus tôt sera le mieux.

 
Au fond de vous, les jeunes, vous le savez: la grève et la colère, ça ne mène nulle part (et ça va toujours trop loin). Présentement, vous devriez être sur les bancs d'école en train de faire ...
Au fond de vous, les jeunes, vous le savez: la grève et la colère, ça ne mène nulle part (et ça va toujours trop loin). Présentement, vous devriez être sur les bancs d'école en train de faire ...
 
 
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Popularité
20:18 sur 01/03/2012
le premier de tous, RETOURNER ÉTUDIER
08:44 sur 16/02/2012
Ce sont toujours les mêmes étudiants qui font la "grève", ceux qui seront continuellement en chômage ou prestataire d'un service public quelconque. Ceux qui étudient vraiment pour réussir leurs futures vies de professionnels qualifiés sont présentement penchés sur leurs livres et leurs travaux.
10:42 sur 16/02/2012
M. Web Curieux, vous êtes journalistes au Journal de Montréal ?

Les paresseux sont ceux qui suivent le train, qui croient paresseusement ce que leur dise les politiciens, les économistes et les chroniqueurs. Ceux qui veulent égoistement assister à leur cours alors que le gouvernement s'en prend au droit à l'instruction, à la connaissance et marchandise nos institutions.

Ce qui est lâche ce n'est pas de se révolter, c'est la servitude.
17:58 sur 15/02/2012
Bon article Mr. Cyr.
Il n'est pas surprenant de voir les étudiants déclencher la grève après que l'on remarque que le gouvernement continue d'appliquer ce genre de politiques néolibérales. Je parle bien sûr des permis d'exploitation du pétrole octroyé à la société privée Pétrolia, en ce qui concerne Gaspé et l'île d'Anticosti. Certains qualifie ceci de «vol du siècle», et le plus étonnant est que l'on en entend pas parler ou presque. Comment justifié une hausse de frais de scolarité aussi importante en terme de prix alors que le Québec possède d'innombrable ressources capable de faire profiter les Québecoises et Québecois d'une situation beaucoup plus confortable financièrement.
http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/affaires/actualite-economique/201106/29/01-4413786-petrole-a-anticosti-3000-milliards-echappent-a-hydro.php
14:32 sur 15/02/2012
C'est que j'ai cru percevoir une dénonciation d'un mouvement étudiant trop mou dans le texte. Je ne le crois pas si mou que ça considérant le nombre important d'actions diversifiées qui fut entrepris depuis l'annonce du dégel.
Sauf que ça peut devenir compliqué de sacrifier une image publique potentiellement avantageuse au profit d'une série d'action directe qui pourrait avoir un backlash négatif autant dans l'opinion publique que chez les membres des associations étudiantes.

Bref, je ne crois pas que le mouvement étudiant se plie totalement aux règles de l'État et des médias en général, mais il ne peut pas faire comme si elles n'existaient pas non plus.
12:02 sur 15/02/2012
Voilà, nous y sommes, à cette ère où la politique n'est plus, où les mots ont fini de peser. On les a dépouiller de leur besogne. Ils ne font plus sens. Nous avons perdu la foi en eux. Vos mots, gardez-les pour vous, pourrons-nous lire bientôt à l'enseigne de l'Assemblée nationale. Ici, ce sont les nombres qui gouvernent. « Vous avez des nombres pour moi ? Non. Et bien taisez-vous. »
On ne discute plus, on compte. La résolution des conflits est réduite à des opérations arithmétiques, les deux colonnes d'un tableau comptable. Seuls les nombres nous permettent dorénavant de nous entendre. « Vous avez entendu, il a osé prononcer des mots. Vos mots, on le répète, gardez-les pour vous. Ils sont les vôtres seulement et aujourd'hui, entendez-moi bien, tout le monde a droit aux leurs. Ils ne font plus figures d'arguments. Pas la peine d'essayer. » Trop douloureuse, trop longue, trop abstraite s'est avérée la recherche du consensus. On rapportait cette manifestation populaire au centre-ville. Ah oui ? Combien étaient-ils ? Rien que cela. Un départ lent, n'est-ce pas. Ont-ils traiter des arguments avancés ? Pas du tout, leur nombre suffisait. Après décompte, nous avons jugé leur arguments irrecevables. Il était une poignée seulement alors leur mots n'avaient plus grande valeur.
11:33 sur 15/02/2012
Le fait que plusieurs ne comprennent pas l'ironie de l'article m'inquiète au plus au point. Ça veut dire que certaines personnes croient réellement que l'objectif d'une grève est de ne pas déranger, qu'il faut se coucher par terre sur les policiers rappliquent et que Biz est un grand poète. Et ça veut aussi dire qu'ils pensent que je suis drôlement paternaliste!

Concernant ce que "moi" j'ai à proposer, comme le demandait M.Pierre-Roy, je crois que vous allez trouver quelques réponses dans le texte lui-même, mais j'ajouterais que les mouvements sociaux se doivent de perturber le gouvernement et les classes dirigeantes s'ils veulent être entendu. Ils doivent créer un rapport de force réel (non pas le spectacle d'une lutte, mais une lutte réelle).

S'ils se plient totalement aux règles de l'État et des médias, ils sont perdus. Toute action efficace deviendra impossible.

Mais c'est juste mon opinion, on peut en débattre.
10:08 sur 15/02/2012
Maintenant que l'auteur a tourné en dérision le degré 0 de l'implication étudiante en temps de grève, pourrait-il nous éclairer sur sa conception idéale des moyens et attitudes qui devraient être mis en branle par le mouvement étudiant québécois?
23:02 sur 14/02/2012
Pour ceux qui ne l'aurait pas compris, cet article est une satire totale. Ça devient évident quand on connaît l'auteur.
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Alain Posteur
21:02 sur 14/02/2012
L'ironie d'en appeler à la "guerre de classe", contre "l'exploitation" sur un site qui ne rémunère pas ses auteurs...
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Leftimage
Energizer bunny arrested. Charged with battery,
20:40 sur 14/02/2012
formidable; je viens de sharer sur tout mes réseaux! En plus le titre ambigue est sur d'attirer tout mes cheres amis de l'extreme gauche! Excellent article.
21:52 sur 14/02/2012
Triste que tu mordes à l'hameçon. L'auteur est un anticapitaliste notoire. L'article est satirique/sarcastique et vise à ridiculiser la pensée simpliste.
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Leftimage
Energizer bunny arrested. Charged with battery,
16:38 sur 15/02/2012
Tant mieux, mes chers amis me féliciteront dans ce temps la. Je n'irai pas si loin que d'appeler ca triste. Naif peut-etre; ma session se produit merveilleusement bien sans aucun risque de greve. J'ai eu le plaisir de passer la St-valentin avec ma copine plutot que sous la pluie a crier des slogans clichés. Brefs, courage a tout ces malmenés de premier cycle.
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Karl Bertrand
18:51 sur 14/02/2012
Le chef des grèves étudiantes a juste trois cours par semaine à l'UQAM... et ils sont tous comme ça.. Ils sont des wannabes politiciens qui s'imaginent être bien important socialement parce que les médias leur permettent de faire du front à la ministre le temps qu'on manque de nouvelles sérieuses... Il me semble qu'avant de décidé de parasiter l'année des vrais étudiants, qui eux veulent avoir un diplôme, ceux qui veulent faire de la politique devraient plutôt faire un parti et faire de la vraie politique..

Sincèrement d'infiltrer des écoles comme ça, je trouve que sa flirt la fraude. On ne peut pas donner à un parti politique avec un faux nom, mais un peu dirigé une assemblée au nom des étudiants sans être un vrai étudiant? En même temps que les CPEs en plus! Et bien..... quel hasard tout de même! [not]
14:40 sur 15/02/2012
Il est bien triste que vous ne réalisiez pas le dévouement dont font preuve ces "faux étudiants", qui se donnent corps et âmes pour moi, pour vous, pour nous tous et toutes et pour nos enfants.

Demandez à quelques professeurs qui leur enseignent, ils vous diront que ces "faux étudiants" sont souvent ceux et celles qui s'investissent le plus dans leurs travaux scolaires. S'ils et elles n'ont que trois cours par semaine, c'est probablement simplement parce qu'ils et elles ont une vision différente de ce que signifie être étudiant.e. Peut-être pensez-vous qu'étudier sert à décrocher un emploi? Étudier sert aussi à devenir citoyen.ne. Et militer demande beaucoup, beaucoup de temps et d'énergie. Avez-vous déjà essayé?
15:46 sur 15/02/2012
De la vraie politique? hahahaha, t'es encore plus drôle que l'auteur!
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Karl Bertrand
16:15 sur 15/02/2012
Peut-être pensez-vou­s qu'étudier sert à décrocher un emploi? Oui.
Étudier sert aussi à devenir citoyen : Education ≠ Culture.
Et militer demande beaucoup, beaucoup de temps et d'énergie : Non.
Avez-vous déjà essayé? Oui.