Au fond de vous, les jeunes, vous le savez: la grève et la colère, ça ne mène nulle part (et ça va toujours trop loin). Présentement, vous devriez être sur les bancs d'école en train de faire vos devoirs et vos leçons. Mais bon, puisque vous êtes endoctrinés à ces folles idées (d'ailleurs typiques du totalitarisme soviétique et nord-coréen) de dignité et d'égalité des chances, et puisque vous semblez décidés malgré tout à prendre la rue, je vais vous donner, généreusement et patiemment, quelques précieux conseils.
En tant qu'ami, bien entendu.
Premièrement : Toujours plaire aux caméras
Même si ce n'est pas toujours facile, soyez gentils avec les journalistes. Vous aurez souvent cette impression de faire les yeux doux à une espèce d'agace snob et prétentieuse qui se cherche un « sugar daddy » (ou une « sugar mommy »), mais ne vous découragez pas. Malgré les mauvais reportages, les topos fondés sur des anecdotiques stupides et le paternalisme de leurs commentaires, les journalistes font leur travail du mieux qu'ils le peuvent.
Deuxièmement : Ne rien commettre d'illégal
Vous l'avez déjà compris, mais il est bien de le répéter: c'est en se soumettant à la loi qu'on la change. Les gestes « illégaux » ne peuvent que vous attirer des ennuis. Respectez les ordres des policiers. S'ils vous demandent de manifester sur le trottoir ou, ce qui peut aussi arriver, de rentrer simplement chez vous, écoutez-les.
(Ne les traitez surtout pas, comme dans la chanson, de « bœufs, de porcs ou de gros chiens sales ». Et ne leur lancez pas d'œufs pourris, de tomates, de restants de lunch -- ou quoique ce soit finalement-- au visage.)
Troisièmement : Ne pas perturber
Malheureusement, on le sait, c'est pratiquement une tradition historique, les étudiants du Québec sont souvent tentés par la violence. Plusieurs voudront occuper les bureaux gouvernementaux, les bureaux de députés, des banques, bloquer les ponts, le quartier des affaires, Quebecor, le casino... Pourquoi ne pas prendre d'assaut les studios de Radio X et de TVA tant qu'à faire? Et je ne vous parle même pas des coups pendables que ces étudiants mal élevés peuvent inventer : actions directes, canulars à l'humour douteux, faux communiqués ...
Toutes ces actions dérangent énormément le gouvernement. Elles peuvent même le rendre de mauvaise humeur. Vous voulez vraiment le choquer au moment même où vous faites appel à sa générosité et à sa compréhension? C'est ça que vous voulez?
Quatrièmement: Toujours écouter les consignes de la police
Comme le disait Biz (de Loco Locass) lors de la grève de 2005, si jamais la police se pointe « asseyez-vous par terre ». Ce poète nous a donné des rimes qui marqueront à jamais la littérature québécoise -- comme l'historique « Moi j'avais voté Bloc/pour que ça débloque » -- il ne peut donc pas se tromper. Mais tout le monde sait que les artistes sont des rebelles. La position assise pourrait encore être interprétée comme une offense. Le mieux est donc de se coucher par terre. De cette façon, les policiers pourront vous donner des coups de pieds sans même plier les genoux. Ils vous en seront sans doute reconnaissants.
Cinquièmement : Faire des « actions » originales
Des idées pour vous faire entendre sans déranger personne? Il y a bien sûr les pétitions, les parades pacifiques, les spectacles (pourquoi pas une épluchette de blé d'Inde?), les messages à la craie sur le sol (on peut les remplacer par des sculptures de neige l'hiver), de même que tous ces produits dérivés -- t-shirts, autocollants, macarons -- qui vous permettent d'afficher votre opinion.
Mais n'ayez pas peur d'innover! Biz (décidément, il en sait des choses, notre poète), toujours pendant la grève de 2005, félicitait des étudiants en médecine qui étaient allés ramasser des déchets sur le Mont-Royal. N'est-ce pas génial? Tout le monde gagne avec ce type d'action : vous faites du ménage (on en fait trop peu!), vous paraissez très bien devant les caméras (si jamais elles osent s'aventurer sur la montagne), vous ne dérangez personne (ce qui était votre objectif de départ) et, surtout, vous contentez l'opinion publique (c'est pratiquement comme faire une branlette à Big Brother!)
C'est ce genre d'action qu'il faut répéter. Des actions propres et souriantes qui vont plaire à tout le monde, même à vos « adversaires ».
Sixièmement : Méfiez-vous des radicaux
Les communistes, les anarchistes et les féministes (toujours enragées), sont de bien mauvais conseillers. Ils vous parleront de «création d'un rapport de force». Certains parlent même de «lutte de classes». Vous imaginez? La lutte des classes au 21ème siècle. Hellooo les jeunes, le mur de Berlin est tombé: la lutte des classes est terminée. Vous n'écoutez donc jamais la télé?
Sans oublier que ces histoires de « classes », ça peut mener très loin. On ne sait jamais quand ça s'arrête. Non seulement vous pourriez faire plier le gouvernement sur la question des frais de scolarité, mais vous pourriez sérieusement le déstabiliser.
Je ne veux pas vous faire peur, mais vous imaginez si ne serait-ce qu'un dixième des mécontents du Québec descendaient dans la rue avec vous? Et si votre mouvement se mettait à fédérer le mécontentement contre le parlement corrompu et le pouvoir du marché? Toujours plus de manifestations, de grève et de perturbation ... Terrifiant, non??? De quoi virer la belle province à l'envers!
Heureusement, le Québec n'est pas l'Angleterre, le Chili ou la Grèce.
Alors les jeunes, je vous en conjure, soyez prudents. Vous n'êtes pas pour la guerre quand même? Faites votre petite grève quelques instants si ça vous chante. Les politiciens verront bien si vos revendications sont raisonnables. De toute façon, des élections s'en viennent.
Et allez faire vos devoirs, allez faire vos leçons, allez travailler. Le plus tôt sera le mieux.
François Croteau: Quelle est la place de l'éducation au Québec?
Gabriel Rossi: L'éducation en grève
Cynthia Ann Sheehan et Caroline Housieaux: Si c'est pas une grève, c'est quoi?
Les paresseux sont ceux qui suivent le train, qui croient paresseusement ce que leur dise les politiciens, les économistes et les chroniqueurs. Ceux qui veulent égoistement assister à leur cours alors que le gouvernement s'en prend au droit à l'instruction, à la connaissance et marchandise nos institutions.
Ce qui est lâche ce n'est pas de se révolter, c'est la servitude.
Il n'est pas surprenant de voir les étudiants déclencher la grève après que l'on remarque que le gouvernement continue d'appliquer ce genre de politiques néolibérales. Je parle bien sûr des permis d'exploitation du pétrole octroyé à la société privée Pétrolia, en ce qui concerne Gaspé et l'île d'Anticosti. Certains qualifie ceci de «vol du siècle», et le plus étonnant est que l'on en entend pas parler ou presque. Comment justifié une hausse de frais de scolarité aussi importante en terme de prix alors que le Québec possède d'innombrable ressources capable de faire profiter les Québecoises et Québecois d'une situation beaucoup plus confortable financièrement.
http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/affaires/actualite-economique/201106/29/01-4413786-petrole-a-anticosti-3000-milliards-echappent-a-hydro.php
Sauf que ça peut devenir compliqué de sacrifier une image publique potentiellement avantageuse au profit d'une série d'action directe qui pourrait avoir un backlash négatif autant dans l'opinion publique que chez les membres des associations étudiantes.
Bref, je ne crois pas que le mouvement étudiant se plie totalement aux règles de l'État et des médias en général, mais il ne peut pas faire comme si elles n'existaient pas non plus.
On ne discute plus, on compte. La résolution des conflits est réduite à des opérations arithmétiques, les deux colonnes d'un tableau comptable. Seuls les nombres nous permettent dorénavant de nous entendre. « Vous avez entendu, il a osé prononcer des mots. Vos mots, on le répète, gardez-les pour vous. Ils sont les vôtres seulement et aujourd'hui, entendez-moi bien, tout le monde a droit aux leurs. Ils ne font plus figures d'arguments. Pas la peine d'essayer. » Trop douloureuse, trop longue, trop abstraite s'est avérée la recherche du consensus. On rapportait cette manifestation populaire au centre-ville. Ah oui ? Combien étaient-ils ? Rien que cela. Un départ lent, n'est-ce pas. Ont-ils traiter des arguments avancés ? Pas du tout, leur nombre suffisait. Après décompte, nous avons jugé leur arguments irrecevables. Il était une poignée seulement alors leur mots n'avaient plus grande valeur.
Concernant ce que "moi" j'ai à proposer, comme le demandait M.Pierre-Roy, je crois que vous allez trouver quelques réponses dans le texte lui-même, mais j'ajouterais que les mouvements sociaux se doivent de perturber le gouvernement et les classes dirigeantes s'ils veulent être entendu. Ils doivent créer un rapport de force réel (non pas le spectacle d'une lutte, mais une lutte réelle).
S'ils se plient totalement aux règles de l'État et des médias, ils sont perdus. Toute action efficace deviendra impossible.
Mais c'est juste mon opinion, on peut en débattre.
Sincèrement d'infiltrer des écoles comme ça, je trouve que sa flirt la fraude. On ne peut pas donner à un parti politique avec un faux nom, mais un peu dirigé une assemblée au nom des étudiants sans être un vrai étudiant? En même temps que les CPEs en plus! Et bien..... quel hasard tout de même! [not]
Demandez à quelques professeurs qui leur enseignent, ils vous diront que ces "faux étudiants" sont souvent ceux et celles qui s'investissent le plus dans leurs travaux scolaires. S'ils et elles n'ont que trois cours par semaine, c'est probablement simplement parce qu'ils et elles ont une vision différente de ce que signifie être étudiant.e. Peut-être pensez-vous qu'étudier sert à décrocher un emploi? Étudier sert aussi à devenir citoyen.ne. Et militer demande beaucoup, beaucoup de temps et d'énergie. Avez-vous déjà essayé?
Étudier sert aussi à devenir citoyen : Education ≠ Culture.
Et militer demande beaucoup, beaucoup de temps et d'énergie : Non.
Avez-vous déjà essayé? Oui.