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Les magnats de presse ont déjà assez de pouvoir...

20/03/2014 12:06 EDT | Actualisé 19/05/2014 05:12 EDT

Décidément, la candidature vedette de Pierre Karl Péladeau a ajouté du piquant au début de la campagne électorale, dont elle est susceptible de donner le ton. Ceci dit, cette candidature soulève des questions de fond qui dépassent les considérations purement partisanes.

La puissance des grands magnats de presse dans nos sociétés de démocratie libérale n'est plus à démontrer; leur capacité de dérive non plus, que ce soit lorsqu'ils se mêlent directement de politique (Berlusconi) ou « se limitent » à exercer leur influence dans les coulisses (Murdoch). La tentation est forte. Une fois leur fortune et celle de leurs successeurs assurées, une fois leur empire construit et établi sur des assises solides, qu'est-ce qui leur reste à faire? Ces entrepreneurs sont habitués à s'imposer.

PKP serait peut-être un homme politique intéressant, je n'en sais rien; de toute façon, les chances sont aussi bonnes que dans d'autres cas. Il apporterait une perspective singulière à la table du Conseil des ministres s'il y a lieu. Mais le problème ne commence que là. Nous avons déjà donné trop de pouvoir à nos conglomérats médiatiques - et nominalement, à leurs propriétaires; leur confier en surcroît des places prépondérantes au sein du gouvernement serait une erreur grave.

Depuis l'annonce de la candidature de PKP, les partis d'opposition, d'autres acteurs sociopolitiques ainsi que des commentateurs ont signalé leur inquiétude devant la perspective où le futur ministre continue à contrôler le plus important conglomérat médiatique au Québec. L'inquiétude est réelle, mais ce n'est pas que l'indépendance de l'information qui est en question. Après tout, le public n'est pas dupe. Maintenant que l'actionnaire de contrôle de Québecor a dévoilé son option politique, tous sauront mieux lire et décoder les messages de ses médias. Mais un problème plus grave est qu'un futur ministre Péladeau - surtout dans un Québec souverain - jouirait d'une influence prépondérante sur les politiques publiques concernant son entreprise et tout le secteur dont elle est un des principaux piliers.

Il est significatif que le premier prononcé substantif de PKP suivant l'annonce de sa candidature avait trait aux politiques concernant le secteur des médias. Selon Le Devoir (11 mars 2014), le candidat Péladeau s'est interrogé sur la pertinence de l'obligation pour les chaînes de télévision francophones de demander des licences de radiodiffusion à un organisme fédéral, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). « Est-ce que nous ne serions pas en mesure, nous les Québécois, les Québécoises, d'avoir nos propres institutions et de prendre nos propres décisions? », aurait-il demandé, selon le journal.

Bonne question, mais qui cache tout un programme. En tant que chef de Québecor, PKP était systématiquement un des plus ardents défenseurs des privilèges des grandes entreprises médiatiques, dont la sienne, devant l'organisme de réglementation; lors des audiences publiques du CRTC en juin 2011, pour ne prendre qu'un exemple parmi bien d'autres, il l'a fustigé pour son maintien des règles favorisant le contenu canadien. En 2012, il se faisait le porte-parole des opposants à l'acquisition par Bell des chaînes d'Astral, que Québecor convoitait, au nom de la compétition. Plus récemment encore, il a demandé au CRTC l'octroi d'un statut de diffusion obligatoire pour sa chaîne d'information Sun News...

Si PKP continue d'être le principal actionnaire de Québecor, croit-on vraiment qu'il serait moins combatif le jour où cet organisme céderait sa place à un CRTQ québéco-québécois?

Comme tout citoyen, Pierre Karl Péladeau a bien évidemment le droit de se lancer en politique si cela le tente; cependant, on souhaiterait qu'un parti gouvernemental fasse preuve de plus de jugement que d'opportunisme lorsqu'il est question de l'avenir des médias.

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