Marc Olivier Bherer

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Du bébé phoque à l'abattage rituel

Publication: 16/03/2012 12:04

J'écris sous le coup de l'indignation. Québécois installé en France depuis huit ans, j'observe avec colère et inquiétude la dérive droitière du PQ. L'habitude de reprendre les polémiques créées par les conservateurs hexagonaux semble désormais acquise. De quoi s'agit-il? De la viande halal, de la viande casher. Mais surtout d'un froid cynisme. L'abattage des bêtes selon les rituels islamique ou juif serait cruel, nous dit le député péquiste André Simard, et ne correspond donc pas aux valeurs du Québec.

En France, une campagne électorale sans relief a trouvé dans la viande l'un de ses principaux thèmes. Comme si le chômage et la crise du modèle française n'exigeaient pas de la classe politique qu'elle fasse preuve de davantage de sérieux. Pourtant, le camp du président s'est saisi d'une polémique initiée par l'extrême droite pour stigmatiser une frange de la population française. Les musulmans sont soupçonnés de vouloir imposer leurs traditions en mettant de la viande halal au menu des cantines scolaires. C'est ce qu'a laissé entendre Nicolas Sarkozy lors d'un grand meeting politique dimanche 11 mars. Le premier ministre François Fillon en a appelé lui à l'abandon de «pratiques ancestrales».

On voit bien de quoi il s'agit, gagner l'élection en éveillant de vieilles peurs et en dressant les uns contre les autres. Du pain béni, si l'on peut dire, pour Marine Le Pen.

Et voici que flairant la bonne affaire, le PQ s'y met. Mais ne nous y trompons pas, le sort des bêtes abattues n'est pas le véritable objet de cette sortie. Il s'agit plutôt de s'en prendre à cet « autre » si dérangeant. Il serait d'une violence inacceptable. Barbare.

Cette idée, les ardents laïcards du PQ qui demandaient à ce que l'État légifère pour interdire le voile, nous l'avaient déjà servie. Il fallait émanciper les femmes. C'était une absolue priorité. Car la violence islamique était encore là. La laïcité, principe de neutralité, était agitée pour intimider, pour demander à l'État qu'il se transforme en police de la mode. Là encore l'exemple français n'était pas loin. En France, le port de la burqa est désormais interdit dans les quartiers. Mais si vous êtes une princesse saoudienne entrant chez Cartier, ne craignez rien, vous ne serez pas inquiétée.

Pauline Marois vient à peine d'être remise en selle et déjà son parti relance sa machine populiste. Laïcards hier, et aujourd'hui défenseurs des bêtes choisissent donc d'occuper le terrain des « valeurs ». Avec pour seule ambition la conquête du pouvoir. Frustré de se trouver dans l'opposition depuis trop longtemps, le PQ croit pouvoir séduire en récupérant quelques questions de société marginale et en les montant en épingle. L'aveu d'impuissance est complet. Au moment où il faut réinventer le modèle social du Québec, où l'État voit ses moyens d'action ronger par la mondialisation, il est en effet plus simple de se positionner sur le terrain des « valeurs » que de proposer un nouveau projet. Se donner bonne conscience en occupant le terrain de la morale, en donnant des leçons de civilisation, c'est au fond quitter la réflexion politique.

Le Parti Québécois, qui avait pour projet l'affirmation populaire, n'est plus le parti de la solidarité. Je le regrette amèrement. Quel sombre avenir se dessine! Tandis qu'à Ottawa, le camp de Stephen Harper emprunte au Parti républicain ses méthodes électorales et ses fameux robocalls, la formation de Pauline Marois emploie la droite populiste française comme boîte à idées.

La manœuvre ne trompe personne. Les Québécois, qui ont déjà été placés dans le rôle des tueurs sanguinaires sans respect pour la vie animale, sauront éviter l'amalgame et respecter les différences culturelles. Hier, le bébé phoque, aujourd'hui, l'abattage rituel.

 

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