Marc Lachièze-Rey
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Marc Lachièze-Rey est un ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (rue d’Ulm) et docteur en physique. Il est aujourd'hui directeur de recherches au CNRS et travaille au laboratoire APC (Astroparticule et Cosmologie). Il est spécialiste de physique théorique fondamentale, et s'intéresse aux rapports de cette discipline avec les mathématique et la philosophie. Il a écrit de nombreux articles et plusieurs ouvrages parmi lesquels: - Au-delà de l'espace et du temps : la nouvelle physique (éd. Le Pommier, 2008) - Les avatars du vide (éd. Le Pommier, 2005) - De l'infini (M. Lachièze-Rey et J.-P. Luminet, éd. Dunod, 2005) - Figures du Ciel (M. Lachièze-Rey et J.-P. Luminet, Le Seuil / Bibliothèque nationale de France, Paris, 1998) - Initiation à la Cosmologie (4e édition, Dunod, 2004) - Voyager dans le temps: la physique moderne et la temporalité, (Seuil Sciences Ouvertes 2013). Plus d'informations sur son site: http://marclrey.free.fr

Les articles de Marc Lachièze-Rey

Météorologie solaire?

(0) Commentaires | Publication 24 novembre 2014 | 00:18

Une éruption solaire se manifeste comme une soudaine et violente émission de lumière et de particules par la surface de notre étoile; qui va parfois jusqu'à l'éjection d'une énorme bulle de plasma magnétisé ("éjection de masse coronale").

Un tel phénomène n'est pas sans impact sur l'environnement terrestre. Le nuage de plasma éjecté peut se propager jusqu'à notre planète et y perturber tout ce qui est électromagnétique: générateurs et réseaux é́lectriques au sol, systèmes de navigation et de communication, en particulier GPS...

Pour une éruption modérée, les effets pourraient se limiter à des problèmes temporaires dans les communications radio et les signaux GPS, à des irrégularités du voltage dans le réseau de distribution électrique dans les latitudes nord, ... et aussi l'apparition de spectaculaires aurores boréales. Ainsi en mars 1989, une éruption pourtant modérée a fait disjoncter l'alimentation électrique au Québec et privé des millions de personnes d'électricité pendant neuf heures. Mais une éruption extrêmement violente (comme il en fut enregistré aux siècles derniers, alors que nous étions moins vulnérables) pourrait, suggèrent les estimations, "détruire le réseau électrique américain, causer des dommages nécessitant plus d'un an de réparations".


Ce que nous voyons du Soleil, c'est une de ses couches les plus externes, baptisée la photosphère. Elle est entourée par la couronne, zone encore plus externe très chaude et peu dense. Cette couronne joue le rôle d'atmosphère magnétisée et c'est là que se produisent les éruptions. Le champ magnétique solaire y joue un rôle prépondérant. Mais sa géométrie et sa dynamique très compliquées sont difficiles à mesurer, si bien que le phénomène échappe encore en partie à notre compréhension.

Une étape importante semble cependant avoir été franchie grâce à l'observation et aux analyses d'une éruption solaire survenue dans la nuit du 12 au 13 décembre 2006.

La région du Soleil concernée était en effet précisément en train d'être observée par le satellite japonais Hinode. Ce dernier a fourni des données sur le champ magnétique (de la photosphère, plus froide et plus dense que la couronne) au moment de l'éruption, et surtout dans les jours qui la précédaient. Après de lourds calculs réalisés à l'IDRIS (CNRS), l'équipe de chercheurs [Centre de physique théorique (CNRS/École polytechnique) et laboratoire Astrophysique, interprétation - modélisation (CNRS/CEA/Université Paris Diderot) ] pilotée par l'astrophysicien Tahar Amari a pu reconstituer l'évolution de l'environnement magnétique dans la couronne. Elle se caractérise par l'apparition progressive, durant les jours précédant l'éruption, d'une structure caractéristique en forme de corde magnétique: un faisceau grossièrement torsadé de lignes de champ magnétique, organisé en forme de gigantesque boucle.

Celle-ci émerge progressivement et s'élève jusqu'à la couronne, où l'éruption se déclenche lorsqu'un certain seuil est atteint. Les chercheurs concluent que cette structure est bien à l'origine de l'éruption, et qu'elle est nécessaire à son apparition.

L'intérêt est que la formation d'une telle corde magnétique -en concordance avec l'évolution de taches solaires dans la région de l'éruption et avec l'apparition d'autres structures- semble constituer un signe avant-coureur des éruptions solaires. Précisément ce qui manquait pour pouvoir prévoir une éruption. Une méthode pourrait ainsi voir le jour, suggèrent les chercheurs, pour la prévision des éruptions: accumuler des données magnétiques en "temps réel" grâce à un système de surveillance adapté, et constituer une panoplie de modèles numériques; ce qui pourrait permettre de prévoir les éruptions solaires au moins 24 heures à l'avance.

Cette météorologie solaire permettrait de prendre quelques précautions puisque les effets les plus perturbateurs, dus aux éjections de masse coronale, se produisent en général sur Terre entre une à quatre journées après l'éruption.

Deux schémas illustrant la structure magnétique de la couronne lors de l'éruption:

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