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Le virage vert nécessaire

Notre époque nous offre une occasion en or de devenir un chef de file en la matière de transports électriques.

14/09/2017 09:00 EDT
Mihajlo Maricic
Il est malheureux qu’au Québec beaucoup pensent n’être qu’un petit peuple à la merci du Canada, alors que nous avons une autre ressource bien plus riche et au potentiel bien plus grand que ce fameux or noir : l’hydroélectricité.

À la suite du congrès du Parti québécois de cette fin de semaine, un extrait de l'assemblée plénière mettant en scène un homme qui parle de « franciser les dépanneurs » a beaucoup circulé dans les médias. J'ai entendu certains chroniqueurs le dépeindre comme étant l'image du PQ, comme étant la preuve que ce parti est tout sauf jeune, que ce personnage représente un Parti québécois qui n'aurait pas évolué et qui serait encore aujourd'hui ancré dans les années 70.

J'ai 24 ans, et j'ai participé à ce congrès pendant tout le week-end à titre de délégué. Laissez-moi vous assurer que le PQ a un visage plus jeune que jamais. Environ, un tiers des délégués faisait partie de ma catégorie d'âge, et ils étaient d'un dynamisme et d'un enthousiasme incroyables.

J'écris aujourd'hui cette lettre principalement à cause des radios de Québec qui, lundi matin, criaient haut et fort que le Parti Québécois est déconnecté de la réalité, qu'il est déconnecté des électeurs, notamment avec son « virage vert radical ».

J'ai du mal à imaginer comment on pourrait penser, encore aujourd'hui, que l'environnement est un enjeu secondaire dans la vie des Québécois.

J'ai du mal à imaginer comment on pourrait penser, encore aujourd'hui, que l'environnement est un enjeu secondaire dans la vie des Québécois. Je pense notamment à Richard Martineau qui se plaignait qu'au Québec, on a besoin d'augmenter les revenus de l'État, mais qu'on ferme systématiquement la porte à tout projet ayant un lien avec les pipelines, les gaz de schistes, ou le pétrole, alors qu'ils seraient des sources de revenus inestimables pour l'État québécois.

Personne ne peut contester ce fait ; en effet, ces ressources naturelles pourraient donner des revenus supplémentaires à nos finances publiques. Mais à quel prix ? Le pipeline d'Énergie Est traversera, s'il est construit, quelques 830 de nos cours d'eau. Un seul déversement les contaminerait de milliers, voire de millions de litres du pétrole le plus salissant au monde. Et cela passera dans notre cour. Dans votre cour à vous aussi, gens de Québec, notamment dans la circonscription de Louis-Hébert. N'est-ce là réellement qu'un enjeu secondaire? J'en doute.

On entend souvent argumenter que, de toute façon, un pipeline est un moyen de transport beaucoup plus sûr que le camion ou le train, et qu'un bon exemple est celui de la tragédie de Lac-Mégantic. La réplique à cet argument légitime, c'est que le Parti Québécois ne compte pas seulement empêcher un oléoduc pour ensuite continuer le transport massif de pétrole sur les routes et les chemins de fer de notre province. Il compte plutôt innover et nous sortir graduellement et une bonne fois pour toutes de la dépendance au pétrole. Et cette éventualité est tout à fait envisageable.

Il est malheureux qu'au Québec beaucoup pensent n'être qu'un petit peuple à la merci du Canada, alors que nous avons une autre ressource bien plus riche et au potentiel bien plus grand que ce fameux or noir : l'hydroélectricité.

Le marché des transports électriques est en plein essor et le sera exponentiellement plus dans les prochaines années.

Le congrès proposait parmi ses activités une conférence portant sur l'électrification des transports, à laquelle j'ai assisté. Plusieurs faits importants en sont ressortis. Le marché des transports électriques est en plein essor et le sera exponentiellement plus dans les prochaines années. Déjà, cet essor se fait sentir au Québec, mais un virage majeur vers ce domaine d'activités est nécessaire et prévu par le Parti Québécois. Il est important de souligner qu'on prévoit d'ici à peine quelques années que les voitures électriques et les voitures à essence se vendront à des prix semblables. Et c'est sans nommer les innombrables économies et avantages réalisés grâce aux réparations moindres et à la durée de vie plus importante des véhicules électriques. Les fabricants automobiles essaient de nous faire croire le contraire, car ils font plus d'argent avec les voitures à essence, mais cela n'est qu'une grossière campagne de désinformation.

Certains chercheurs travaillent même actuellement à concevoir une batterie qui pourra durer jusqu'à 1 million de kilomètres. Chaque charge pourra parcourir près de 400 km et se rechargera en quelques minutes seulement. On aura des véhicules ultra-performants et d'une longévité hors du commun, et ce, avec une émission de GES nulle à la combustion.

Nous devons réaliser qu'il est urgent et nécessaire d'adopter ce virage vert et innovateur proposé par le PQ, qui ne sera réellement atteint qu'avec une nation souveraine ; à noter que le Québec possède 50% de la flotte de véhicules électriques pancanadienne actuelle, avec toutefois l'absence d'investissements du fédéral en la matière chez lui alors que (eh oui!), dans le reste du Canada, on y investit des sommes majeures. Il est temps de se rendre compte que notre province bouillonne de cette ressource extraordinairement rentable et propre qu'est l'hydroélectricité, et que celle-ci est éternellement renouvelable. C'est tout le contraire du pétrole de sables bitumineux, qui est une ressource épuisable et qui est le pétrole le plus polluant sur la planète.

La domination économique de l'Ouest canadien ne durera de toute façon pas indéfiniment. Une grande institution financière comme Desjardins envisage même déjà de ne plus offrir aucun financement à tout projet d'oléoduc.

Notre époque nous offre une occasion en or de devenir un chef de file en la matière de transports électriques. Ce marché sera, plus tôt qu'on ne le pense, l'un des plus importants sur le globe. Cela n'est, à cause des changements climatiques, ni freinable ni évitable. Donnons-nous enfin le droit de rêver de faire les choses différemment, à notre manière. Notre potentiel inutilisé ferait saliver n'importe quelle nation.

Donnons-nous le droit d'innover et de devenir les meilleurs en la matière, puisque nous le pouvons et, j'en ai confiance, le pourrons facilement. Et soyez assurés que, le jour où le vent tournera, le jour où l'exploitation du pétrole de sables bitumineux ne sera plus possible, le Canada aura beaucoup plus besoin de nous que nous n'aurons besoin de lui.

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