Marc-André Robert

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Une corporation des historiens du Québec, au plus vite!

Publication: 17/02/2012 11:08

Je suis historien. C'est vrai, je visite des musées d'histoire à l'occasion. J'écoute la chaîne Historia parfois. Je m'intéresse aussi à mes ancêtres. Je lis Philip Kerr et Ken Follett. Du côté de la télé, j'ai adoré les séries Rome, Mad Men, le documentaire Apocalypse: la Deuxième Guerre mondiale. Ici, Musée Eden et Les Rescapés aussi. Oh, et je connais quelques dates par coeur. 1534: la découverte du futur Canada par Jacques Cartier. 1837-1838: les rébellions des Patriotes dans le Bas et le Haut-Canada. 1867: naissance de la Confédération canadienne. Bon, et j'en connais bien d'autres. Mais ce n'est pas ce qui fait de moi un historien.

Non, non. Il y a plus. Je me dis historien d'abord puisque c'est la discipline que j'ai choisie comme domaine d'études depuis bientôt sept ans. J'ai d'abord complété un baccalauréat, puis une maîtrise. Et voilà que je vise désormais le doctorat. Ça en fait des années d'études pour apprendre à écrire l'Histoire (avec un grand ou un petit « h », c'est selon). Pour apprendre un métier. Celui d'historien.

La récente polémique entourant la publication d'une biographie officielle (et commandée!) du premier ministre libéral Robert Bourassa par le romancier (j'insiste!) Georges-Hébert Germain et la réédition d'un essai biographique à saveur pamphlétaire du même homme politique par le politologue et journaliste Jean-François Lisée, au-delà des écueils éditoriaux insignifiants, pose une série de questions fondamentales justement quant au rôle, au savoir et à la place de l'historien dans notre société.

Rappelons un ou deux faits. Il y a près de deux ans, M. Germain est contacté par la « Fiducie de commémoration de la mémoire de Robert Bourassa » pour rédiger une biographie officielle du feu premier ministre. Grand amateur d'Histoire qu'il est, il s'empresse d'accepter la commande. Il entamera alors des recherches et mènera une série d'entrevues avec des proches de M. Bourassa pour « bien » documenter son ouvrage. Or, M. Germain, malgré toute la bonne volonté qui l'anime, malgré son intérêt soutenu pour l'Histoire, mais surtout pour l'hagiographie (il tient la chronique «Pour savoir à quels saints se vouer » à l'émission radiophonique La tête ailleurs sur les ondes de la Première chaîne de Radio-Canada), détient une licence en géographie et un baccalauréat en arts.

Autrement dit, il n'a jamais étudié en histoire. Il n'a jamais étudié sa méthode qui en fait une science à part entière dans le domaine des humanités. Du coup, il y va à tâtons, avec passion.

Pour un romancier qui oeuvre en littérature, et donc en fiction, ce n'est certes pas obligatoire de détenir une formation d'historien, sinon pour la culture personnelle et citoyenne que de telles études procurent. Toutefois, lorsque le romancier se fait appeler à devenir biographe, et surtout de personnalités politiques, un devoir de retenu devrait l'en dissuader. De la même façon qu'un plombier ne s'improvise pas électricien. Le travail n'est pas le même. Évidemment, tant le romancier, le journaliste, le blogueur que l'historien écrivent des textes. Mais la comparaison s'arrête là. Car jouer indument dans les platebandes des autres est généralement un grand générateur d'inepties.

C'est le cas pour l'ouvrage de M. Germain, truffé de petites erreurs historiques (brillamment relevées par le journaliste du Devoir Antoine Robitaille dans son récent article publié le 16 février dernier). Pis encore, l'auteur s'en défend! « Ce sont des choses qui nous ont échappé, » confie-t-il tout naturellement au Devoir. « Des erreurs factuelles, c'est sûr, il y en a plein», renchérit-il. Pardon? « Mais moi, ce que j'ai voulu faire, c'est aller vers Robert Bourassa; tenter de voir qui était cet homme-là dans la vie de tous les jours et de quelles valeurs morales il était habité.» Oh, donc vous étiez de bonne foi... Mais en quoi être de bonne foi excuse-t-il de rédiger un ouvrage historique bourré de faits non vérifiés?

C'est grave. D'autant plus que les gens qui liront cette biographie prendront ces faits erronés pour vérité. Bonsoir la rigueur de notre histoire! À tout le moins, ça donne de bonnes munitions aux tenants d'une réforme en profondeur du programme d'enseignement de l'histoire aux niveaux du secondaire et du collégial.

L'ouvrage de M. Germain, par son manque flagrant de méthode et de rigueur, entache directement et indirectement l'image du véritable historien, celui-là même formé à l'université. Voilà pourquoi il nous incombe, en tant que société, de valoriser le rôle, le savoir et la place de l'historien. Du vrai. Et ça passe, à mon humble avis, par la création d'une corporation des historiens, qui règlementerait ne serait-ce que l'usage du titre. Et qui confèrerait aussi une reconnaissance légale et morale du travail et de la formation de l'historien.

L'urgence est là. Mais sans une volonté politique et culturelle forte, on continuera de massacrer notre histoire à coup de petites erreurs glissées ici et là.

 

Suivre Marc-André Robert sur Twitter: www.twitter.com/ma_robert

Je suis historien. C'est vrai, je visite des musées d'histoire à l'occasion. J'écoute la chaîne Historia parfois. Je m'intéresse aussi à mes ancêtres. Je lis Philip Kerr et Ken Follett. Du côt...
Je suis historien. C'est vrai, je visite des musées d'histoire à l'occasion. J'écoute la chaîne Historia parfois. Je m'intéresse aussi à mes ancêtres. Je lis Philip Kerr et Ken Follett. Du côt...
 
 
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20:55 sur 19/02/2012
Si je suis malade, je consulte un médecin. Si j'ai un probleme légal je consulte un avocat. Pour l'histoire je préfere lire le travail d'un historien diplomé.

Certaines auto-biographies de politiciens (J. Chrétien, B. Mulroney, G.W. Bush) m'intéressent parce qu'elles m'ouvrent une fenetre dans leur pensée que meme un historien ne pourrait voir.

En passant, Mr Mulroney et Mr Bush sont des historiens et je me demande comment leurs livres sont percus dans votre communauté, une fois l'aspect partisant mis de coté évidemment

Pour ce qui est de comparer la version partisanne Libérale a la version partisanne Péquiste, aucun intéret de ma part.
08:34 sur 19/02/2012
Si les historiens veulent tenter leur chance sur le marché de la biographie, qu'ils apprennent à écrire et à parler et ils trouveront leur place. La rigueur alliée à un talent de conteur, épicée d'un point de vue, est toujours gagnante. Ce n'est pas une corporation professionnelle qui nous créera le prochain Henri Guillemin ( http://www.rts.ch/archives/dossiers/henri-guillemin/3477761-passion-de-l-histoire.html ).
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08:27 sur 19/02/2012
Je prends les deux titres (cela aidera les gamins dans leurs cours d'histoire - documenter croisé est toujours sain). Je me passerais bien dee la chicane des divas, par contre.

Le vrai "espace promotionn­el envahi" c'est celui du fait que les éditeurs straight n'innovent pas et ne publient que la ga-gang... Les deux divas sont en cause ensemble et de front, sur cela...

Paul Laurendeau
11:01 sur 18/02/2012
Si les intellectuels consentaient de descendre dans l'arène, ce serait différent. Vous avez lu "la trahison des clercs" de Julien Benda? C'est vieux mais c'est toujours actuel.
20:23 sur 18/02/2012
En effet. Merci pour la suggestion de lecture.
09:28 sur 18/02/2012
Il faut lire Michel David sur cette question. Voir : http://www.ledevoir.com/politique/quebec/343050/la-rehabilitation
12:35 sur 19/02/2012
Très intéressant, comme toujours.
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Enlightened22
Deviens qui tu es.
07:12 sur 18/02/2012
Seulement une personne n'ayant jamais été dans un ordre professionnel peut souhaiter une telle folie pour lui-même. Prenez garde. Un ordre est un groupe de professionnels, généralement très incompétents, qui occupent de petites fonctions et abusent à grande vitesse de leur pouvoir, tout en s'assurant de niveler la profession par le bas et la rendre stérile. Danger en la demeure.
20:26 sur 18/02/2012
Pour le côté gestionnaire de la chose, je suis d'accord avec vous. Mais l'ordre professionnel peut garantir 1) la protection légale du titre, et 2) la reconnaissance du titre allant de pair avec une rémunération plus avantageuse (c'est peut-être moins important pour les professeurs universitaires, mais pour les autres, c'est un avantage certain).
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
musael
Ad majorem consciencia
22:48 sur 17/02/2012
J'ignorais que l'histoire de mon pays appartenait un une petite clique d'individus jaloux de leurs. prérogatives. En fait, vous avez peut-être manqué votre vocation de grand inquisiteur.
20:38 sur 18/02/2012
Vous interprétez bien mal mes propos... Je ne dis pas que l'histoire n'appartient qu'aux historiens. L'histoire est destiné à tous et à toutes, c'est bien évident et souhaitable. Un historien devrait toujours avoir pour objectif de rejoindre le plus grand nombre de gens, car, à mon avis, c'est pour l'avancement de la culture humaine qu'il fait ce qu'il fait. Mais elle ne devrait être écrite que par des historiens formés pour bien l'écrire.

Naturellement, il y a des bons et des moins bons historiens, ce qui ne garantit pas une Histoire exempte d'erreurs ou de points de vue personnels douteux. D'ailleurs, l'Histoire écrite ne peut qu'être subjective puisqu'elle est justement écrite selon la perspective d'une personne. Mais s'il existe des bons et des mauvais plombiers, faut-il pour autant nier les compétences de la profession et remettre la plomberie dans les mains du grand public?
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18:44 sur 17/02/2012
Je suis désolé, mais je ne pense pas qu'il faille être historien pour raconter l'histoire de Robert Bourassa. Et l'idée de protéger le titre d'historien me paraît farfelue. Le titre de biologiste n'est pas protégé. Et c'est très bien, car toute personne ayant le moindrement de connaissances en sciences naturelles, même si elles sont empiriques, peut tout à fait formuler des idées brillantes. Par ailleurs, qui ferait le travail de scruter la compétence des historiens? J'imagine le comité de pelletage de nuage.

Si M. Germain n'a pas fait du bon boulot, il se le fait dire très directement par de nombreux intellectuels sur un tas de plateformes de communication. Nul besoin d'une corporation des historiens. Je crois qu'avec ce qui se dit présentent sur la biographie de Bourassa, M. Germain sera beaucoup plus prudent la prochaine fois.
20:53 sur 18/02/2012
Si le titre d'historien était protégé, cela n'empêcherait pas les romanciers ou les journalistes d'écrire la biographie de Robert Bourassa ou d'un autre. Mais ça aurait pour effet de dissocier ce travail de celui des historiens. Et dans ce cas-ci, peut-être que la Fiducie Robert Bourassa aurait préféré contacter un historien reconnu pour rédiger cette biographie plutôt qu'un romancier.

Sans la reconnaissance légale et morale du titre, ce sont les compétences et le savoir de l'historien que l'on banalise en tant que société. Je dirais même de l'historien qui n'est pas professeur universitaire.

Pour la question de l'évaluation, un historien est jugé par ses pairs, tout comme dans la majorité des professions. C'est d'ailleurs ce pourquoi vous pouvez lire des compte rendus de lecture d'ouvrages et d'articles d'historiens dans plusieurs revues telles que le Bulletin d'histoire politique, la Revue d'histoire de l'Amérique française, ou encore Recherches sociographiques.
17:50 sur 17/02/2012
De fait, vous souhaitez une corporation de biographes. Quand on pense qu'il n'y en a pas en sciences sociales (économiste, démographe, sociologue, etc.), je ne vois pas le jour où il y en aura en histoire, géographie, littérature, etc. Pensons aussi que, même s'il faut un permis pour enseigner, il n'y a pas de corporation de profs. Des syndicats, des associations, oui, mais pas de corporations.
21:00 sur 18/02/2012
Ne nous en faites pas, je suis bien conscient de l'improbabilité d'un tel projet. Mais il faut bien en parler. Et vous avez raison de souligner que les sciences sociales et humaines ne disposent d'aucune corporation.

Prenez garde cependant. Le genre biographique ne doit pas appartenir uniquement à l'historien. Cela dépend de la nature même de cette biographie. Une biographie officielle aurait avantage à être écrite par un historien, selon moi, pour être en mesure de dresser un portrait aussi juste que possible (en montrant les bons et les moins bons côtés, projets, idées, etc.).
15:24 sur 17/02/2012
Je suis d'accord avec vous, monsieur Robert, que l'attitude de M. Germain est très problématique dans cette affaire. On ne peut prétendre faire de l'histoire et ne pas se soucier des erreurs factuelles.

Je ne vois toutefois pas où vous voulez en venir avec l'idée d'une corporation d'historien. À ma connaissance, ni Germain, ni Lisée ne se présente comme des historiens. Germain se présente comme un portraitiste, et Lisée comme un militant ou un commentateur politique. Il me semble que dans la façon dont ils se présentent, tous deux sont clairs: ils présentent un vision subjective et politique de Robert Bourassa. Il s'agit d'un type d'ouvrage. Et je ne vois pas comment ce type d'ouvrage peut venir porter ombrage à la profession d'historien. Au contraire, si les historiens profitent de l'occasion pour souligner les erreurs de M. Germain, ils auront une tribune pour mettre les pendules à l'heure. Et peut-être que les erreurs de M. Germain et les interventions d'historiens, comme vous, poussera le public à vouloir se renseigner de façon plus précise sur l'ancien premier ministre Bourassa.
14:13 sur 17/02/2012
Le problème M. Robert est que les historiens n'écrivent pas de biographies de politiciens, même si les Québécois veulent connaître le parcours de leurs anciens premiers ministres, pour rester sur l'exemple dont vous parlez. Par conséquent ce travail est fait par des journalistes, des amateurs, certains rigoureux d'autres pas, mais jamais des historiens. Ceux-ci préfèrent travailler sur le festival du cochon de Sainte-Perpétue, titre d'un mémoire de maîtrise soutenu à votre département.
21:01 sur 18/02/2012
Le genre biographique est délaissé par les historiens universitaires depuis plusieurs années, je le déplore. Vous avez raison de le mentionner. C'est d'ailleurs un débat assez actuel entre historiens.
17:21 sur 21/02/2012
"Ceux-ci préfèrent travailler sur le festival du cochon de Sainte-Per­pétue, titre d'un mémoire de maîtrise soutenu à votre départemen­t."

Considérant que l'auteure est une ethnologue, et non pas une historienne, on la comprendra d'avoir préféré travailler sur le festival du cochon de Sainte-Perpétue que sur le genre biographique.
Décidément...

Mais sinon... Ils sont assez nombreux, les historiens à déplorer que le genre biographique soit délaissé par les gens de la profession. C'est une chose de le déplorer et de débattre de la chose... mais pourquoi ne pas passer à l'acte, au juste, et se commettre dans le genre?
18:44 sur 21/02/2012
Nommez moi les nombreux historiens académiques qui déplorent que les biographies politiques ne s'écrivent plus. Il n'y en a qu'un poignée qui le pense.
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Godefroi
Honni soit qui mal y pense
13:48 sur 17/02/2012
Merci pour votre article intéressant mais...

Que voulez-vous c'est comme ça dans le plusse meileur pays du monde, lorsqu'on a de bons contacts,
comme vedette de shows de chaises "parlent parlent jasent jasent" pour mousser la vente de biograhies autorisées - cad censurées - payées d'avance cash et qui...rapportent du cash en masse...corporation des historiens ou pas.
13:25 sur 17/02/2012
Juste une question.

Avez-vous lu le livre de monsieur Germain?
15:25 sur 17/02/2012
Si je ne me trompe pas, le livre n'est pas encore publié...
19:03 sur 17/02/2012
Si monsieur Robert n'a pas lu le livre de monsieur Germain, je m'interroge sur la pertinence de cette phrase: "L'ouvrage de M. Germain, par son manque flagrant de méthode et de rigueur, entache directement et indirectement l'image du véritable historien, celui-là même formé à l'université".
21:04 sur 18/02/2012
Je n'ai pu le lire, puisqu'il sort en kiosque lundi prochain. Je compte bien le faire dès la semaine prochaine.

Mon point de vue cependant est basé sur l'article du journaliste de Devoir Antoine Robitaille et de sa critique de l'ouvrage en question, de laquelle je n'ai absolument aucune raison de douter. M. Robitaille est journaliste parlementaire à l'Assemblée nationale.
13:47 sur 22/02/2012
Et tu n'as "absolument aucune raison de douter" du travail d'Antoine Robitaille?

Ah.... les historiens et Le Devoir! Une longue histoire d'amour....