Marc-André Robert

RECEVEZ LES NOUVELLES DE Marc-André Robert
 

La culture prend la poussière

Publication: 9/03/2012 06:11

Voilà bientôt trois ans. Ça se passait le 15 mars 2009 sur notre petit écran, à l'antenne de Radio-Canada. Le ministre fédéral du Patrimoine James Moore, qui avait (surprenamment!) accepté l'invitation de l'équipe de Tout le monde en parle (connaissant la hantise des conservateurs pour le culte talk-show du dimanche soir québécois...), créait un véritable malaise national en révélant, dans un élan de générosité un peu trop candide, sa totale ignorance vis-à-vis la chose culturelle « d'ici et de là », pour reprendre le titre du questionnaire de l'animateur Guy A. Lepage. Incapable d'identifier, entre autres, le fondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, le chanteur et poète Félix Leclerc, le metteur en scène et créateur Robert Lepage, pas plus que le cinéaste canadien Atom Egoyan.

Je le disais, un malaise national. Pourquoi évoquer, ici, ce moment politico-culturel honteux? D'abord parce que la mémoire est une faculté qui oublie, au contraire de l'histoire. Mais surtout pour démontrer, d'entrée de jeu, une triste réalité. Celle de la subordination du culturel à l'économie, pour ne pas dire à l'ensemble des autres grands secteurs de la vie en société. Rassurons-nous, cette réalité ne touche pas que le ROC (Rest of Canada).

Prenons le cas du Québec. Peu de gens savent que notre chère province a déjà disposé d'un Office du film. « Oui, oui! L'Office national du film, on connaît ça! » Eh, non. Je ne parle pas de l'ONF, mais bien de l'Office du film du Québec. L'OFQ. Un Office national du film québécois qui a existé entre les années 1940 et 1970. Fondé en 1941, très exactement, par le premier ministre libéral Adélard Godbout (qui le nomme Service de Ciné-photographie). Deux ans après la création de l'ONF. Démantelé en 1975 par la Loi sur le cinéma. Pas mal certain que nos politiciens auraient un mal fou à s'en souvenir, si ça peut consoler notre pauvre ministre Moore.

Bon, l'OFQ n'a jamais eu les moyens ni le rayonnement de son grand cousin. Il a toutefois produit une très grande quantité de courts films documentaires touristiques, éducatifs, scientifiques et d'actualité. Des films d'une durée moyenne de quinze minutes. Ces films étaient diffusés un peu partout en province dans les salles paroissiales, les écoles, les cercles et associations agricoles et professionnelles, et j'en passe. On les diffusait également à la télévision (Radio-Canada et Radio-Québec principalement) ainsi qu'à l'étranger, dans les ambassades et les consulats. En France, aux États-Unis, en Amérique latine même! Plus étonnant encore, plusieurs de nos grands cinéastes québécois (que l'on connaît tous évidemment, sauf pour notre pauvre ministre Moore...), y sont passés à un moment ou un autre dans leur carrière. Jean-Claude Labrecque, Denys Arcand, Gilles Groulx, Gilles Carle, Claude Fournier, Arthur Lamothe, etc. Parmi les films produits par l'OFQ, et pour démontrer toute leur richesse, notons la couverture de la visite du général Charles de Gaulle au Québec dans le cadre de l'inauguration d'Expo 67, immortalisée dans deux courts métrages, l'un de Jean-Claude Labrecque, La visite du général de Gaulle au Québec, et l'autre de Claude Fournier, Du général au particulier. À voir absolument.

Au moment du démantèlement de l'Office du film du Québec, l'ensemble de ses collections cinématographiques et de ses archives ont été remises aux Archives nationales du Québec. Heureusement, dirait-on. Or depuis, elles dorment paisiblement, sinon pour se faire réveiller à l'occasion par des chercheurs (comme moi...). À une époque qui carbure littéralement aux émissions et téléséries à caractère historique, on a là un trésor culturel inouï. Et sur cet aspect précis, le gouvernement du Québec pourrait certainement s'inspirer des initiatives d'institutions canadiennes telles que Radio-Canada et l'ONF, qui, depuis quelques années, multiplient les occasions de mises en valeur et de diffusion de leurs archives cinématographiques.

Et même si une telle entreprise ne vient pas sans des investissements importants, il y a là un potentiel économique certainement envisageable, que ce soit par la production d'émissions ou de téléséries s'appuyant sur ces archives, ou encore par la vente d'archives à la pièce comme le fait l'ONF. À partir de la section « Images » de son site Web (http://images.onf.ca/images/pages/fr/), l'organisme canadien permet au public et aux entreprises l'achat de plans d'archives que l'on choisit parmi son impressionnante collection. Un bel exemple de rayonnement de notre culture cinématographique.

D'ici là, il est à espérer que nos politiciens liront ce billet et pourrons, dans un avenir prochain, se souvenir de l'OFQ. Car si l'histoire n'oublie pas, contrairement à la mémoire, elle en dépend irrémédiablement.

 

Suivre Marc-André Robert sur Twitter: www.twitter.com/ma_robert

Voilà bientôt trois ans. Ça se passait le 15 mars 2009 sur notre petit écran, à l'antenne de Radio-Canada. Le ministre fédéral du Patrimoine James Moore, qui avait (surprenamment!) accepté l'i...
Voilà bientôt trois ans. Ça se passait le 15 mars 2009 sur notre petit écran, à l'antenne de Radio-Canada. Le ministre fédéral du Patrimoine James Moore, qui avait (surprenamment!) accepté l'i...
 
 
Les commentaires sont clôturés pour cette entrée.
Afficher tout
Date de publication  | 
Popularité
13:26 sur 10/03/2012
Si les Archives nationales du Québec ne sont pas efficaces, et que l'ONF fait déjà bien le boulot... pourquoi ne pas transférer le tout vers l'ONF? N'aurions nous pas intérêt à confier le mandat à l'organisme le plus qualifié et d'éviter des dédoublements? Je dis ça tout bêtement...
13:14 sur 10/03/2012
Interessant comme sujet, svp completer votre article, on survole trop
21:07 sur 11/03/2012
Merci. J'admire votre curiosité historique. Sachez cependant que je ne puis développer dans le court espace d'un billet de blogue qu'en offrant justement un survol synthétique. Je vous invite toutefois à lire un de mes articles paru dans le collectif "Duplessis, son époque, son milieu" chez Septentrion en 2010 concernant la propagande cinématographique au Service de Ciné-Photographie (ancêtre de l'OFQ) au temps de Duplessis.
09:45 sur 10/03/2012
Comme si fallait s'y attendre, votre propre incapacité à contribuer à la culture québécoise vous incite à attaquer le "méchant"gouvernement Harper.
En plus, le méchant ministre canadien Moore a été incapable de nommer des artistes locaux !

Et vous, M. Robert, si je vous nomme les noms d'artistes suivants, qui sont-ils ? Que font-ils ?
Marilyn Bowering, Éric Surette, John Campbelljohn , Ryan Cook ,Hert LeBlanc, Yves Rossignol, Lennie Gallant Gordie Sampson, Alain Groven Kayla Luky, Jaylene Johnson & ArunChaturvedi ,Cat Jahnke,Robert Wilson, Adrian McLean, Byron Foster.

Probablement que vous aussi, M. Robert, comme le ministre Moore, vous aurez la difficulté de répondre à ces questions. Votre ignorance de ne pouvoir les identifier vous enlève-t-il le droit de parler de culture ?

(Les artistes nommés ci-haut sont des artistes locaux (poète, chanteurs, groupes musicaux) de différentes provinces canadiennes)
13:38 sur 11/03/2012
Désolé de devoir vous contredire, mais je n'attaque pas le "méchant" gouvernement Harper ici. Je m'en prends à l'ignorance de notre ministre du Patrimoine. Il aurait très bien pu être Libéral, je l'aurais critiqué tout autant.

Maintenant. Lors de son passage à TLMP, l'animateur Guy A. Lepage ne lui a pas demandé qui est Fred Pellerin, Catherine Major, Loco Locass, Arthur l'Aventurier, Jeff Fillion, Charles Lafortune, des artistes québécois "locaux" comme vous le dites. Disons que Guy Laliberté, Félix Leclerc et Robert Lepage sont des îcones connus et reconnus un peu partout dans le monde, y compris dans le Canada anglais, bien qu'ils soient Québécois. Et que faites-vous d'Atom Egoyan, réalisateur anglo-canadien? Il n'est certes pas un inconnu.
18:54 sur 11/03/2012
"Guy Laliberté , Félix Leclerc et Robert Lepage sont des îcones connus et reconnus un peu partout dans le monde"
Quelle affirmation !
C'est plutôt le Cirque du Soleil qui est connu dans quelques pays, mais son "propriétaire" a son cercle très sélectif de connaissances.
Félix Leclerc ? Peut-être quelques vieux potes en France peuvent se souvenir de lui alors qu'il y chantait dans les années '50
Robert Lepage, connu au Québec et sans doute dans son milieu en France.
Connu du large public à Toronto, New York, Seatle, Tokyo ? Sûrement pas !

On peut reconnaître le talents de certains artistes mais de là en en faire des "îcones" à l'échelle mondiale, il y a des limites à la réalité.

Toujours cette mentalité de bien des artistes locaux québécois de croire qu'ils sont les nombrils du monde parce qu'ils font l'objet d'un festival interrompu d'autocongratulation sur tous les réseaux de télé québécoise.
(Je vous invite à consulter la chronique de Hugos Dumas "La télé et le culte de la vedette" Cyberpresse 30 janv. 2012)
http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/hugo-dumas/201201/30/01-4490622-la-tele-et-le-culte-de-la-vedette.php
photo
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Godefroi
Honni soit qui mal y pense
20:40 sur 09/03/2012
Des informations plus précises sur le contenu historique de ces archives auraient étté appéciés.

Merci pour ce billet intéressant.
23:34 sur 10/03/2012
Les films produits par l'Office du film du Québec sont très variés. Des courts métrages pour la plupart (15-20 minutes). On trouve des films sur les régions du Québec (touristiques), sur le réseau des écoles professionnelles, sur les hôpitaux, sur la construction des routes, des ponts, sur la pêche, pour l'Expo 67 (l'OFQ fut responsable du contenu audiovisuel pour le pavillon du Québec), sur l'assermentation de gouvernements provinciaux, sur le déneigement des routes, et j'en passe. Il y a là une quantité incroyable d'images historiques et ethnographiques même.
photo
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Godefroi
Honni soit qui mal y pense
17:23 sur 11/03/2012
Merci de m'avoir répondu.

Salutations