Marc-André Robert

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Le très Honorable Jacques Parizeau... ce nobody

Publication: 14/02/2013 16:00

Mardi, en syntonisant la radio, je tombe (le mot est de circonstance, vous verrez) sur une ligne ouverte portant sur la sortie publique de l'ancien premier ministre Jacques Parizeau au sujet de la réaliste gratuité scolaire universitaire. Actualité oblige. «Êtes-vous d'accord avec les propos de M. Parizeau?», demande-t-on aux auditeurs. Tour à tour, courriels, appels et interventions partagent les ondes. On se dit en faveur de la gratuité. On se dit contre. Les raisons sont nombreuses de part et d'autre. Je suis intéressé par le sujet. Voilà que j'éternue spontanément.

En reprenant mes sens, comme si le monde venait tout juste de basculer, il me prend alors de percevoir la question au second degré: «Accordez-vous de l'importance aux propos de M. Parizeau?», ou encore «Trouvez-vous son intervention légitime et souhaitable?». Les multiples commentaires des auditeurs prennent soudainement un tout autre sens. Je réalise que pour bien des gens, Jacques Parizeau est un nobody. Pis, que bien des gens s'estiment plus ferrés, sinon intelligents que lui sur un sujet tel que celui de la gratuité scolaire universitaire. Un nobody. Dont l'opinion vaut autant que celle de n'importe qui.

Pas qu'il l'ait toujours été un nobody (quoique pour certains, ça ne semble pas clair). On dirait qu'il l'est devenu par la force du temps. Un vieux, et dans le sens tellement péjoratif du terme. Tellement qu'on l'a consacré, il y a quelques années déjà, première «belle-mère» du PQ. Notons que le terme n'est pas anodin. Dans l'imaginaire collectif québécois, la belle-mère est niaise, grincheuse, redoutable, envahissante... détestée? À tout le moins ridiculisée.

Puis je songe naturellement à Bernard Landry, également ancien premier ministre, qui y va à l'occasion de sorties publiques similaires sur des enjeux de société variés. Récemment par exemple, il commentait la situation entourant l'exploitation du pétrole gaspésien par la compagnie Pétrolia. Il fallait entendre, dès le lendemain, le maire de Gaspé François Roussy s'en prendre à M. Landry, déclarant que «l'ancien premier ministre aurait dû mieux s'informer avant d'intervenir sur le sujet». M. Landry, un autre vieux. Une autre belle-mère. Qui critique toujours tout. Qui n'est plus dans la partie. Qui devrait se taire (pour plusieurs péquistes). Que peut-il bien connaître sur le sujet?

J'aurai pu citer Lucien Bouchard aussi. Les exemples seraient tout aussi pertinents. Mais il n'a pas défrayé la manchette très récemment.

N.B. J'aurais bien aimé citer un exemple ancien premier-ministrable du côté des Libéraux (parmi les deux encore vivants: Daniel Johnson fils et Jean Charest), or ceux-ci tendent mystérieusement à disparaître prestement dans le privé après services rendus. Quoique Pierre Marc Johnson a, lui aussi, rejoint le groupe...

Le billet de Marc-André Robert se poursuit après la galerie

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  • Gabriel NadeauDubois

    Est-ce le mvmt étudiant qui est irréaliste ou le PQ qui a oublié ses rêves? Parizeau pour la gratuité http://t.co/Acd2FkVr #polqc #assnat

  • Jason Keays

    La puissance des mots; Jacques Parizeau fait une entrevue au Devoir et depuis, on a jamais autant parlé de gratuité scolaire à la TV #polqc

  • Paul Cargnello

    What? Je m'en fou de ce que Parizeau dit à propos de l'éducation. Nous avons la mémoire courte au Québec. #polqc

  • Josée Legault

    Coup de tonnerre: J. Parizeau: gratuité scolaire réaliste, mais obsession du déficit-0 empêche de réfléchir http://t.co/usE4L9ss #sommet2013

  • Dan Bigras

    Gratuité scolaire réaliste selon Parizeau. Arrêtons d'engraisser les banques. #assnat http://t.co/gWUM3LQ0

  • David Rankin

    1. Selon Michel David, l'intervention pro-gratuité scolaire de J. Parizeau confère une nouvelle légitimité aux revendications de l'ASSÉ ...

  • Jean-Martin Aussant

    Il y a des politiciens et il y a des hommes d'État. Jacques Parizeau parle de gratuité scolaire:http://t.co/dAC6MT6K #OpNat #AssNat

  • David Doyon

    Pourquoi Parizeau ne l'a pas fait la gratuité quand il était au pouvoir ? (...) #polqc #ggi #assnat #optnat #QS #clubexrdi @jpcharbonneau

  • Michel Dauphinais

    @jflisee Si M. Parizeau était encore PM ou Min. des finan., serait-il en faveur de la gratuité, lui qui a déjà coupé les fonctionnaires ?

  • McBane

    M.Parizeau,arrêter de mettre de la bisbille partout ,laissez la place aux autres,votre temps est fait depuis longtemps,faites-vous petit!

  • Anne Marie Thouin

    Grand merci au PM Jacques Parizeau pour son intervention en faveur de la gratuité scolaire. C'est vivifiant ! #assnat #opnat #sommet2013

  • Georges

    Ce que M.Parizeau propose dans le Devoir , concernant le financement de la gratuité scolaire a été proposé il y a plus d'un an par M.Khadir

  • Jacques Lalonde

    Je maintien à dire, pourquoi M. Parizeau n'a pas été faire le débat au conseil national du #PQ en tant que membre à vie ? #BellCause

  • Mathieu Martin

    @leobblouin Allez-vous appuyer l'idée de M. Parizeau et défendre la gratuité ou défendez-vous le @partiquebecois ? #polqc #assnat

  • René St-Onge

    #Parizeau Un vieil haïssable qui n'a de cesse que d’embrasser le #PQ depuis qu'il s'est fait montrer la sortie en 1996 #polQC #sommet2013

  • Sylvain Dubé

    La gratuité est réaliste, dit-il, mais #Parizeau ne l'est pas http://t.co/RLntPcAy #polqc

  • Ludvic M.-Beaudry

    Le mutisme péquiste par rapport à la lettre de Parizeau est éloquent. #polqc #assnat

  • H.Proulx

    @fredddy26 J.Parizeau ne se laisse jms utiliser par quiconque. Il a déja amplement prouvé son indépendance d'esprit à cet égard. #clubexrdi

Pourtant, et c'est ce qui étonne le plus, ces deux hommes (Parizeau et Landry) en plus d'avoir occupé le plus haut poste public au Québec, ils ont contribué à bâtir l'État québécois tel qu'on le connaît aujourd'hui et depuis la Révolution tranquille.

M. Parizeau: conseiller économique des gouvernements Lesage et Johnson (père), il a contribué à la fondation de la Société générale de financement (SGF) et de la Caisse de dépôt et de placements (CDP), il a d'ailleurs siégé aux conseils d'administration de ces organismes, ministre des Finances dans le cabinet Lévesque, et j'en passe. Et je ne parle pas de sa carrière de professeur aux Hautes études commerciales (HEC) de 1955 à 1976, puis 1985 à 1989, directeur de l'Institut d'économie appliquée des HEC de 1973 à 1976.

M. Landry: conseiller au cabinet Lévesque, adjoint au directeur général de la planification du ministère des Richesses naturelles, coordonnateur québécois du Conseil canadien des ministres des Richesses naturelles, ministre des Relations internationales et ministre des Finances, puis vice-premier ministre. Lui aussi professeur, en sciences administratives à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM (1986 à 1994, et depuis 2006). Entre autres.

On est loin des nobody décriés par monsieur et madame tout le monde! Pourtant, l'expérience et les compétences n'y font rien tant le culte de la première personne surpasse aujourd'hui le savoir et la sagesse de ceux que l'on ne reconnait plus qu'aux rides et cheveux blancs. Chez nos voisins étatsuniens, la réalité est diamétralement opposée. Chaque sortie publique de l'ancien président démocrate Bill Clinton (devrais-je plutôt écrire président Clinton, puisqu'aux États-Unis, un président le demeure jusqu'à sa mort) est critiquée oui, mais respectée, considérée, analysée. Indépendamment des allégeances idéologiques et partisanes, les Américains reconnaissent l'intelligence et la sagesse de leurs (précédents) présidents. Même s'ils baignent dans la même tragédie télé-réalitaire et réseau-socialisée du me, myself and I que nous.

Est-ce simplement une extension du peu de reconnaissance sociale que l'on témoigne envers nos aînés? Ceux que l'on est si preste à condamner à l'isolement des CHSLD. Que l'on va visiter seulement quand et si on trouve le temps. Ces malades qui nous coûtent cher. D'ailleurs, pas besoin de regarder bien loin pour trouver des exemples de cette représentation condescendante et trouble du rapport que l'on entretient avec nos aînés. Sur nos téléviseurs. Dans la série Unité 9 cette année, le grand-père est malade, désaxé, abuseur par-dessus le marché. Dans 19-2, le vieux père est alcoolique, borné, criminel. Tiens, pour compléter le trio radiocanadien, dans Les Bougon (2004-2006), Pépère Bougon était paralysé en chaise roulante, pratiquement sourd, muet et aveugle. Tout un portrait de notre troisième âge!

Il y a quand même quelque chose d'indécent là-dedans. Il me semble qu'on devrait peut-être, collectivement, accorder plus de mérite aux interventions de nos anciens premiers ministres (péquistes). D'abord parce qu'il est sain et souhaitable qu'ils participent toujours au débat public, mais aussi parce qu'ils disposent d'une incroyable expérience politique et publique qui ne peut être que bénéfique. Que l'on soit d'accord ou pas avec eux, pouvons-nous le reconnaître au moins?

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08:05 sur 17/02/2013
La liberté d'expression s'applique à tous.Mais de la part d'anciens dirigeants du PQ ,je vois un certain opportuniste politique. Ils ne gouvernent plus.c'est une autre qui porte les culottes! dans un contexte social bien différent.Il ne s'agit pas de manquer de respect envers les sages, mais plutot de laisser la chance au coureur.C'est bien beau faire de grandes sorties intellectuelles en public mais habituellement dans le cas du PQ, Ça ne fait que discréditer le gouvernement actuel qui en arrache déjà avec le cynisme des citoyens.
00:49 sur 17/02/2013
Je crois comprendre. Les premiers ministres qui ont provoqué la population, ceux qui ont osé critiquer leur intelligence, remis en question la volonté du peuple et n'ont pas voulu jouer un rôle paternaliste, ceux là ne sont pas devenus belle-mère. Ils ont su ne pas devenir trop familiers. Ceux qui agissaient comme parent de la nation sont aujourd'hui rejetés.
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19:36 sur 15/02/2013
J'admire monsieur Parizeau pour la très grande qualité de son intellect. En dépit de son âge, il exprime des concepts de macro et de micro économie d'une grande complexité en des termes faciles à comprendre pour le commun des mortels.
Son dernier exemple : comment financer la gratuité de l'université sans trop chambouler notre économie.

Mais la meilleure fut certainement : le référendum a été perdu à cause de l'argent (du fédéral et des autres provinces) et de certains votes ethniques (obtenus par la peur ou en échange de la citoyenneté canadienne accélérée). Passé le grand scandale, nous avons tous compris qu'il avait dit la vérité franche et crue.

Merci à ce très grand homme d'état.
10:09 sur 15/02/2013
Quel bon commentaire. Qu'ils soient de n'importe quelle allégeance politique, nous devons écouter leur sagesse. La critiquée aussi.
09:32 sur 15/02/2013
Reconnaitre l’expérience des anciens premiers ministres ne veut pas dire qu’ils ont la vérité. Quand ils étaient au pouvoir ce ne sont pas tous les citoyens qui les trouvaient super compétents. Je ne ressens aucune culpabilité à trouver que la suggestion de monsieur Parizeau est mauvaise. Le fait qu’il soit un ancien premier ministre ne signifie pas qu’il soit infaillible. N’oublions pas non plus que ce sont de milliers de nobody qui les ont élus et des milliers de nobody qui ont changé les gouvernements. En démocratie, il faut bien l’admettre, les nobody sont importants. Le temps de l’aristocratie est fini depuis longtemps.
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Franois Ricard
François Ricard
10:06 sur 15/02/2013
Il ne faudrait quand même pas en faire le temps des ti-counes.
11:28 sur 17/02/2013
Désolé de détruire vos illusions mais, oui, l'opinion d'un ancien PM a plus de poids dans le débat public que celle d'un «nobody». Ça n'a strictement rien à voir avec l'«aristocratie».

D'autant que M. Parizeau reste encore l'un des plus brillants économistes de son temps et qu'il est, surtout, l'un des bâtisseurs du Québec moderne. À ce simple titre je m'intéresse à ce qu'il dit et j'en prends bonne note.
08:30 sur 15/02/2013
Le temps fera son oeuvre, et il se la fermera à jamais, cela ne devrait pas tardé
08:14 sur 15/02/2013
Messieurs Parizeau et Landry ont des compétences indéniables et une expérience politique certaine. Le problème est qu'ils sont incapables de s'élever au dessus de la politique partisane et leurs interventions sont teintées de cette partisanerie. Leurs prises de position sont surtout faites contre le/la chef du parti Québécois. Sont-ils deux personnes aigris par leurs défaites ?
16:43 sur 17/02/2013
Tres bon point Gilles, je suis d'accord avec toi et c'est dommage qu'on ne voit pas ce point la exprimé plus souvent.

Par contre, la comparaison avec les US et Clinton en particulier ne sert a rien; c'est pas du tout la même game...
08:47 sur 18/02/2013
d'accord pour USA. ll est vrai que le jeu des grands électeurs teinte le vote de la majorité.  
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Franois Ricard
François Ricard
06:24 sur 15/02/2013
La population, à cause des médias, perçoivent ces personnes plutôt comme des chefs de parti que des chefs de gouvernement.
Aux USA, en France, c'est le contraire. On insiste beaucoup plus sur leur rôle à la tête de l'état. Et, à cause de l'expérience acquise, on attache une grande importance à leurs propos.
Une différence culturelle énorme: aux USA, on dit :" Monsieur le Président." Ici, : la belle-mère.
Nous semblons avoir beaucoup de difficulté à différencier entre politique et partisanerie.
22:33 sur 14/02/2013
Bien dit et bien vrai. Effectivement, l'époque actuelle a évacué l'être au profit du paraître et dans ce contexte, les gens âgés sont les premiers liquidés, ils dérangent, ils sont vieux et nous rappellent que la vieillesse et la mort sont notre commune destinée. Ce n'est pas très glamour l'expérience, la calvitie et les rides, dans un monde de seins, de nez et de fesses rechapés où tout ce qui compte doit être jeune ou le paraître ... même désespérément.
18:18 sur 14/02/2013
Cela fait du bien de lire votre papier, je croyais être la seule a penser que nous ne respectons pas les personnes viellissantes. Heureusement que j'ai reçu une éducation qui est celle que les gens âgés sont des modèles de sagesse bien sûr mais avec cette expérience, ce recul que nous n'avons pas. Disons que nos médias n'aident pas, encore moins les commentateurs et animateurs de radio poubelle qui sont des chefs de file en la matière.
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Pedro Individuo
16:57 sur 14/02/2013
un nobody... faut pas charier. Aux ÉU, les anciens présidents s'expriment très souvent
03:14 sur 15/02/2013
Pour mieux se faire lapider sur la place publique comme cela se fait trop souvent chez nous?