Marc-André Robert

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Étudiants boursiers et grévistes

Publication: 4/04/2012 12:42

Concernant le présent débat sur la hausse des droits de scolarité, je tiens à vous faire part du point de vue d'un groupe d'étudiants universitaires (dont je fais partie) qui rejettent cette hausse, les étudiants boursiers des grands organismes subventionnaires provinciaux et fédéraux, point de vue exprimé par la lettre ouverte qui suit, pensée et rédigée par Jules Racine Saint-Jacques, doctorant en histoire à l'Université Laval. La liste des signataires de cette lettre apparaît au bas de celle-ci.

Cette lettre collective s'inscrit en faux contre une éducation supérieure conçue comme un investissement personnel et contre le savoir représenté comme une marchandise. Elle répond aux détracteurs du mouvement étudiant qui ne voient dans les grévistes que de jeunes égoïstes refusant de contribuer au développement du système universitaire en payant leur « juste part ».

Nous sommes de ces étudiants « riches » parfaitement capables d'absorber la hausse. Récipiendaires de bourses d'excellence des grands organismes subventionnaires provincial et fédéral, nous appartenons à la classe la mieux nantie de la population estudiantine. En effet, nos revenus excèdent ceux de la plupart de nos collègues et même, parfois, ceux du corps enseignant. Candidats à la maîtrise et au doctorat en fin de parcours, nous sommes en outre de ceux que la hausse n'affectera pas, ou si peu. Nous serons sortis de l'université bien avant 2017, année où elle atteindra 1 625$.

Et pourtant, nous avons choisi de nous engager dans la grève étudiante actuelle, et ce pour trois raisons.

Nous nous battons afin de dépasser le rêve de nos ancêtres, d'abord, qui ont collectivement posé l'éducation au fondement de la société québécoise. Les Marie Lacoste, Gérin-Lajoie, Georges-Henri Lévesque, Arthur Tremblay, Jeanne Lapointe, Alphonse-Marie Parent, Jacques-Yvan Morin, Claude Ryan et autres devanciers qui avaient compris que le salut du peuple québécois passait nécessairement par un accès plus ouvert au savoir. Rallumant leur flambeau, nous marchons aujourd'hui pour l'idéal d'une éducation supérieure universellement accessible.

Nous nous battons pour nos contemporains, ensuite. Pour les plus pauvres d'entre nous qui ont déjà trop souffert des insuffisances du système de prêts et bourses pour se réjouir béatement des 60 millions de dollars qu'on prévoit y injecter. Pour ceux-là qui, depuis 2008, sont quatre fois plus nombreux à solliciter l'aide de Moisson Montréal et qui constituent aujourd'hui plus de 10% des bénéficiaires de cette banque alimentaire. Nous combattons aussi pour nos collègues de la classe moyenne, cette majorité trop souvent silencieuse dont les parents ne sont ni assez riches pour payer leurs études, ni assez pauvres pour permettre à leurs enfants de toucher l'aide financière de l'État.

Nous nous battons, enfin, pour nos enfants. Afin qu'ils aient une chance égale d'accéder au savoir de leur choix. Non pas forcément celui qui leur garantira le retour le plus rapide sur leur investissement, mais celui qui fera d'eux de meilleurs citoyens. Non pas un savoir uniquement pratique et moulé sur le marché de l'emploi, mais un savoir à vocation plus utile, encore. Un savoir qui développera leur sens critique et fera d'eux non pas de simples agents économiques, sourds et aveugles aux injustices du monde, satisfaits de leur propre condition sociale, mais des hommes et des femmes plus complets, plus cultivés, plus instruits et mieux outillés pour apporter une contribution originale à leur société. Et pour porter plus loin, à leur tour, les rêves de leurs ancêtres.

Pour ces raisons, nous continuerons le combat aux côtés de nos collègues d'étude, nous dont les ceintures ne seront pas trop serrées par la hausse. Voilà bien matière à faire réfléchir ceux qui veulent réduire les revendications du mouvement étudiant à un étroit corporatisme, à de simples considérations individualistes. Notre engagement ne traduit pas un refus égoïste de payer notre « juste part ». Il exprime plutôt une volonté ferme de voir l'éducation supérieure accessible à tous.

Le savoir est un bien commun. Nous sommes en grève pour qu'il le demeure.

Ont signé cette lettre:

  • Jules Racine St-Jacques, doctorat en histoire, Université Laval
  • Steeve Bélanger, doctorat en sciences des religions, Université Laval, doctorat en religion et système de pensée, EPHE
  • Gesa Bierwerth, doctorat en ethnologie et patrimoine, Université Laval
  • Jérôme Boivin, doctorat en histoire, Université Laval
  • Pierre-Olivier Bouchard, maîtrise en littérature, Université Laval
  • Sébastien Cardinal, doctorat en chimie, Université Laval
  • Catherine Charron, doctorat en histoire, Université Laval
  • Anne-Sophie Fournier-Plamondon, doctorat en histoire, Université Laval
  • Émilie Guilbeault-Cayer, doctorat en histoire, Université Laval
  • Marc Gauthier, doctorat interuniversitaire en histoire de l'art, Université Laval
  • Patrick Giguère, maîtrise en composition musicale, Université Laval
  • Julia Hains, doctorat en études littéraires, Université Laval
  • Cassandre Lambert-Pellerin, maîtrise en ethnologie et patrimoine, Université Laval
  • Marie-Audrey Lavoie, doctorat en psychologie, Université Laval
  • Marie-Hélène Mainguy, doctorat en études anciennes, Université Laval
  • Patrick Michel-Noël, doctorat en histoire, Université Laval
  • Marie-Ève Ouellet, doctorat en histoire, Université de Montréal
  • Émilie-Jade Poliquin, doctorat en études anciennes, Université Laval, Université Toulouse II - Le Mirail
  • Gaëlle Rioual, doctorat en études anciennes, Université Laval
  • Marc-André Robert, doctorat en histoire, Université Laval
  • Mathieu Rocheleau, doctorat en histoire, Université Laval

Ont appuyé cette lettre:

  • Nicolas Déplanche, doctorat en histoire, Université de Californie à Irvine
  • Geneviève Dorais, doctorat en histoire, Université du Wisconsin à Madison
 

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