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Le MELS et la DPJ ont le dos large

18/11/2014 11:50 EST | Actualisé 18/01/2015 05:12 EST

Il est ahurissant de constater qu'un individu poursuive le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) en prétextant que l'organisme n'a pas su faire le nécessaire pour s'assurer que ce dernier puisse bénéficier d'une éducation convenable. Surtout compte tenu du fait que la communauté juive, à laquelle il appartenait jadis, se serait chargée de son éducation religieuse. Selon les principaux intéressés, le MELS devait prendre ses responsabilités puisqu'il savait, tout comme la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), que des écoles clandestines existaient dans la communauté juive.

Il s'agit d'un dossier très difficile à commenter puisqu'il touche à plusieurs sphères sensibles de la réalité québécoise à différents niveaux, liant simultanément le légal, le religieux, le culturel et bien évidemment, les aspects plus personnels et familiaux des individus concernés.

La fréquentation scolaire

L'article 14 de la Loi sur l'instruction publique est sans équivoque :

Tout enfant qui est résident du Québec doit fréquenter une école à compter du premier jour du calendrier scolaire de l'année scolaire suivant celle où il a atteint l'âge de 6 ans jusqu'au dernier jour du calendrier scolaire de l'année scolaire au cours de laquelle il atteint l'âge de 16 ans ou au terme de laquelle il obtient un diplôme décerné par le ministre, selon la première éventualité.

En ce sens, il est de la responsabilité des parents de veiller à ce que leur enfant fréquente un établissement scolaire reconnu par le MELS. Parallèlement, il est de la responsabilité du milieu scolaire de déclarer la non-fréquentation scolaire d'un élève au Directeur de la protection de la jeunesse. Cela étant dit, la DPJ ainsi que le MELS sont probablement à blâmer d'une certaine façon. Mais initialement, un questionnement s'impose : où étaient les parents ?

Et, lorsque la DPJ joue son rôle et fait le suivi nécessaire des élèves ne fréquentant pas les bancs d'école, la majorité du temps, ce sont les parents qui contestent cette implication en s'appuyant sur leur autorité parentale. C'est à ne rien y comprendre : lorsque la DPJ n'agit pas, il est pointé du doigt et lorsqu'il s'implique, il est également blâmé ou pire, il est rabroué par les instances légales. Il est donc ironique, aujourd'hui, d'apprendre qu'un adulte se plaigne du laxisme de ces deux organismes publics.

Cela dit, les parents de l'individu en question, empreints de pharisaïsme, étaient-ils endoctrinés ? Si oui, pourquoi ne pas poursuivre ses propres parents qui l'ont « contraint » à fréquenter l'école juive et qui se trouvent, par le fait même, complices de cette situation déplorable ? Encore une fois, il semble plus facile de blâmer les décideurs publics qui ont, d'un certain sens, les poches plus profondes. Définitivement, le MELS et la DPJ ont le dos large !

Accommodements raisonnables

Le MELS doit se battre contre différentes communautés religieuses établies au Québec pour faire respecter ce principe phare de la société québécoise qu'est la fréquentation scolaire, lequel est établi depuis 1943. Le ministère n'a cependant pas les coudées franches pour légiférer puisqu'il se bute aux impératifs des accommodements raisonnables.

Et si on inversait la situation ? Si le MELS était intervenu et qu'il avait fermé ces écoles, le problème serait bien différent aujourd'hui. Un débat aux relents d'Hérouxville et à saveur de la Commission Bouchard-Taylor aurait fait surface. Donc, peu importe les perspectives de résolution, une solution amène un autre problème qui, tôt ou tard, risque de se retrouver devant la Cour Suprême. Il s'agit inéluctablement d'une question délicate et d'un sujet pour le moins épineux. Bref, si les services publics appliquent la loi, ils sont accusés de zèle, d'empiètement sur l'autorité parentale ou d'ethnocentrisme. Et à l'opposée, lorsqu'ils s'abstiennent de s'impliquer ou qu'ils présupposent qu'une communauté ou une famille agit dans le meilleur intérêt de l'enfant, ils sont dénoncés sur la place publique.

L'importance de l'éducation

En poursuivant le MELS et la DPJ, l'individu prétend qu'il a été privé d'un droit fondamental, celui à l'éducation. Selon lui, il lui manque des pans complets de formation le privant d'exercer un rôle socioéconomique dans sa collectivité. Entre autres, il peine à se trouver un emploi. Si cette histoire peut apporter plusieurs leçons, elle démontre en outre clairement trois choses :

  1. L'éducation est définitivement importante et elle doit refléter la société et la culture locale puisque ce même individu sera appelé à y jouer un rôle tôt ou tard, ne serait-ce qu'en y gagnant sa vie;
  2. C'est bien lorsque nous en sommes privés que nous réalisons à quel point elle est vitale ! Parallèlement, alors que l'accès y est facilité, on s'en plaint également, bien souvent quotidiennement. C'est à ne rien n'y comprendre !
  3. Au Québec, le politique a été séparé du religieux lors de la Révolution tranquille. Il est temps qu'il soit séparé de l'éducation également et qu'il ne contribue pas à en déterminer sa nature. Une sécularisation de l'éducation est donc à être envisagée sérieusement.

Si le ministre de l'Éducation tient sérieusement à réussir là où plusieurs de ses collègues ont échoué, pour ainsi mettre un terme aux écoles clandestines, nous verrons un autre débat émerger, lequel dépassera largement le spectre de l'éducation pour se situer au niveau des droits fondamentaux.

Mais pour l'instant, une chose demeure: le ridicule ne tue pas, mais il peut cependant s'avérer très payant !

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