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Recentrer le débat sur l'élève

17/12/2014 11:42 EST | Actualisé 16/02/2015 05:12 EST

L'idée ici est de ne pas verser dans les discours partisans, qu'ils soient patronaux ou syndicaux. L'idée est d'extraire certaines mesures proposées et de les placer dans le contexte actuel de l'éducation québécoise. Il n'est pas question de parler de conditions de conditions de travail des enseignants ni des éventuelles négociations de convention collective. Les médias pullulent de ces discours qui laissent tellement de place à l'aspect émotif du débat. L'idée est plutôt de recentrer le tout, encore une fois, sur ce qui prime : l'élève. On a trop souvent tendance à l'oublier, non ?

Lors que le premier ministre Couillard et le ministre de l'Éducation Bolduc ont martelé que les mesures de redressement budgétaires en éducation ne toucheraient pas les élèves, il y avait lieu d'être sceptique. En fait, toutes les mesures touchent aux élèves de près ou de loin. Évidemment, plus on se rapproche de l'école, plus l'incidence des mesures est palpable chez l'élève.

La diminution du nombre de commissions scolaires

Comment prétendre que les fusions de commissions scolaires auront peu d'incidence chez les élèves? Lorsqu'on parle de fusionner des organisations, on en rationalise les ressources humaines et matérielles, et ce, bien souvent au nom des ressources financières. Il est donc logique de prévoir qu'un nombre d'élèves plus élevé aura accès à un nombre moins élevé de ressources ! Et lorsque ces ressources se font déjà rares dans un milieu, elles se raréfient encore plus dans ces perspectives de redressement. Donc, déjà que les orthophonistes, orthopédagogues, travailleurs spécialisés, psychologues et techniciens en éducation spécialisés se font rares puisqu'ils partagent plusieurs écoles dans la commission scolaire, il est facile d'en appréhender la difficulté d'accessibilité accrue pour l'élève ! Et lorsque les mesures professionnelles d'aide à l'élève manquent, qui répond à l'appel? L'enseignant.

L'augmentation du nombre d'élèves en classe

Bien que le nombre d'élèves par classe fasse l'objet de négociations d'un contrat de travail, il ne devrait pas devenir une éventuelle monnaie d'échange ou de compromis pour la seule et unique raison que plus il y a d'élèves dans une classe, moins l'approche peut être individualisée. Probablement qu'il serait juste de fixer cette modalité une bonne fois pour toutes dans le Régime pédagogique ?

Nous sommes à l'ère de la pédagogie différenciée, de l'approche individuelle, et de l'école orientante. Même, souvent, cela se traduit par un enseignement sur mesure. Comment cette vision peut-elle être cohérente avec une possible augmentation du nombre d'élèves en classe? Bien au contraire, les choix faits lors de l'élaboration du Programme de formation de l'école québécoise il y a presque vingt ans suggèrent justement que l'enseignant interagisse d'une façon directe auprès de l'élève, via une pédagogie active. Nous sommes davantage à l'ère de la réduction du nombre d'élèves par classe plutôt qu'à son augmentation !

Le message qui est envoyé aux enseignants, dans leur classe, est malheureusement fort simple : continuez à enseigner de façon magistrale, à un plus grand groupe. Poursuivez le modèle one size fits all et survivez à l'aide d'une pédagogie de l'urgence, qui vous contraint à demeurer dans la réaction au lieu de prendre le recul nécessaire pour innover et ancrer votre pratique dans l'action.

La classe, un milieu plus hétérogène que jamais !

Que l'on fasse le choix social d'inclure tous les élèves au sein d'une classe dans un programme régulier est acceptable et compréhensible; il est ici question d'égalité des chances et cela s'intègre dans une logique démocratique. C'est le système que les Québécois ont choisi de s'offrir. Point à la ligne. Or, il faut assumer ces choix ! Lors que, la plupart du temps, le tiers des élèves de la classe bénéficie d'un plan d'intervention, car ces derniers présentent différents troubles: dyslexie, TDA ou TDAH, SDNV, etc. Quoi que l'on en dise, ces élèves ont besoin d'une aide accrue et ils monopolisent l'enseignant plus fréquemment, parfois même au détriment des autres élèves. Cependant, il ne faut pas ajouter l'insulte à l'injure en augmentant le nombre d'élèves dans une classe !

Le triste destin de l'éducation au Québec

Lorsqu'on gère l'éducation comme une dépense publique, il y a un problème. Mais prêtons-nous au jeu de la logique économique même s'il faudra, un jour, cesser de tenter de monnayer ce qui n'a tout simplement pas de prix. Ainsi, l'éducation est un service dont les retombées économiques sont perceptibles beaucoup plus tard. Il s'agit, au risque de sombrer dans le cliché, de l'investissement d'une société. Cela dit, il y a certainement lieu de voir à resserrer une panoplie de règles budgétaires, mais en gardant en tête que tout système d'éducation est le fondement d'une société. Et s'il y a un endroit où les fonds gouvernementaux devraient affluer, c'est bien dans les écoles !

Malheureusement, comment de telles décisions peuvent-elles prétendre consolider le système d'éducation québécois pour ainsi affronter ses véritables problèmes, en l'occurrence le décrochage scolaire, la démobilisation étudiante, et la démotivation et désengagement des élèves dans leur propre démarche scolaire ? Les orientations gouvernementales ne font pas qu'affecter directement ces derniers, elles accroissent le marasme dans lequel le système d'éducation en entier est plongé depuis des années et duquel il semble impossible d'émerger.

Il semble qu'il est temps de soustraire l'éducation de la logique économique qui ne fait que miner l'actualisation de tout un système hypothéquant, surtout, plusieurs générations d'élèves.

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