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L'école québécoise: dépassée, inerte, inflexible

19/05/2015 10:29 EDT | Actualisé 19/05/2016 05:12 EDT

Comme bien des intervenants du milieu de l'éducation, j'ai été happé par la brutale honnêteté de Patrick Lagacé dans son article de samedi pour La Presse. Il est toujours rassurant que certains disent les vraies choses en éducation où, trop souvent, la langue de bois prédomine.

À l'opposé, il est également triste de voir que ce ne sont pratiquement que les dénonciations ou les idées négatives en éducation qui se retrouvent dans les médias, ce qui, je le crois sincèrement, contribue à ce que le public ait une opinion négative du domaine. Le meilleur exemple est certainement le Manifeste pour une pédagogie renouvelée, active et contemporaine, qui n'a malheureusement pas été relayé par les médias de masse. Les auteurs, dont je fais fièrement partie, se sont butés à une indifférence médiatique. Pourtant, il s'agissait d'une initiative novatrice, porteuse et rassembleuse, qui mettait en relief ce que le monde de l'éducation a de mieux à offrir: la collaboration, la créativité et la solidarité.

D'ailleurs, il est ironique de noter que cette initiative a reçu une plus grande attention médiatique en France qu'au Québec...

Si l'école était importante...

Pour en revenir à l'article de Lagacé, j'ai quelques précisions à faire. Je vais travailler sur le même canevas du journaliste et extrapoler un petit peu. Si l'éducation était importante :

• Le système scolaire en entier serait centré sur l'élève, et non sur un système. À l'heure actuelle, les silos y sont bien ancrés depuis des décennies et, année scolaire après année scolaire, nous les remplissons d'élèves. L'année suivante, ils sont transvidés au silo suivant. L'opération dure tout le primaire et, bien sûr, tout le secondaire. Bref, l'école repose sur une architecture inerte, inflexible et peu accommodante.

A contrario, à partir de l'élève comme point focal, tout le système scolaire serait reconstruit verticalement, de l'enseignant jusqu'aux instances qui demeureraient en contact continu avec ce dernier. Il n'y aurait que des écoles autonomes qui seraient en mesure de gérer les budgets dans l'intérêt immédiat des élèves et en fonction des besoins de leur clientèle locale. Il s'agit de rendre chaque école souveraine dans sa gestion, tout en ayant des comptes à rendre au conseil d'établissement et au ministère de l'Éducation. Dans le système actuel, il est tout à fait illogique que les grandes orientations pédagogiques, budgétaires et éducationnelles soient déterminées par des décideurs qui n'ont aucun lien quotidien avec des élèves.

Dans l'ordre actuel des choses, le système semble davantage préoccupé à fournir les énergies nécessaires pour demeurer inerte plutôt que de prendre les mesures pour se remettre en question et ainsi déterminer comment il peut se mettre en marche pour évoluer. Bref, on s'évertue à faire perdurer un modèle qui se démarque par sa vétusté, son inefficacité et ses échecs, au lieu de se centrer sur une valeur sure: l'élève.

L'école publique s'inspirerait de l'école privée, qui n'est pas tout à fait privée; c'est plutôt une école autonome. Cette école qui se caractérise par son autonomie, sa latitude et sa facilité à adopter des mesures directes pour enhardir et consolider l'apprentissage de ses élèves. Cette école qui se définit par sa vocation entrepreneuriale survit grâce à ses idées qu'elle sait mettre en pratique grâce à sa flexibilité et la simplicité de sa structure organisationnelle. C'est l'école qui sait se réinventer, car c'est la condition à la base de sa survie. Je ne peux me résoudre à croire que ce modèle ne s'appliquerait pas aux écoles publiques!

• Elle ne serait pas un simple poste budgétaire ou un vulgaire exercice comptable. Elle serait une priorité gouvernementale où absolument toutes les ressources seraient mises au service du développement de nos générations de jeunes. Le message que nous leur envoyons est sans équivoque: nos ressources financières sont insuffisantes pour vous offrir une éducation de qualité, avec tous les outils et les spécialistes nécessaires à votre démarche. Et en plus, on leur lance un paradoxe implacable: l'éducation, c'est important. C'est à n'y rien comprendre!

• Le ministre de l'Éducation serait un enseignant, un directeur ou un individu qui a de l'expérience dans le milieu de l'éducation primaire ou secondaire. N'est-ce pas une simple logique? Je comprends bien que les ministres sont d'abord des députés, mais quand même... À quand un ministre d'État à l'éducation?

Resituer notre rayon d'action

En redonnant à l'éducation québécoise ses lettres de noblesse à travers des actions concrètes et en profondeur, nous prêcherions par l'exemple. L'éducation serait LA priorité au Québec. Non pas que la santé ne le soit pas, mais une société éduquée en est une qui est, justement, en meilleure santé. Le modèle axé sur la guérison et le traitement est dépassé; cette mutation passe incontournablement par l'éducation de notre jeunesse.

Il est grand temps de cesser de travailler en aval d'une pléthore de problématiques contemporaines, pour situer notre action en amont et ainsi traiter de sensibilisation, de prévention et être clairvoyants. Or, le système d'éducation actuel demeure ancré dans le traitement et l'analyse symptomatologique des difficultés des élèves au lieu de se résoudre à changer et actualiser les pratiques bien souvent à la base de ces mêmes difficultés.

Comme l'écrit Patrick Lagacé, l'éducation n'est malheureusement pas une priorité au Québec. En ce sens, nous ne sommes pas au bout de nos peines!

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