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Apologie de la créativité en classe (1/2)

22/01/2015 08:58 EST | Actualisé 24/03/2015 05:12 EDT

Einstein avait une façon originale de concevoir la créativité en affirmant que c'est l'intelligence qui s'amuse. Plus sérieusement, elle permet directement le développement de la pensée critique ainsi que l'indépendance de l'esprit, car l'élève doit élaborer son propre schème de référence d'une situation pédagogique donnée. Et ce lien est le sien au sens où l'élève devient propriétaire de sa propre démarche pédagogique et cette (ré)appropriation de ce qui, en théorie, lui appartient déjà est une voie royale menant à l'initiative, l'autonomie, la mobilisation à travers la croissance d'un sentiment d'appartenance et une augmentation de la confiance en ses moyens. C'est pour cette raison que la créativité devient un aspect incontournable de la pédagogie du 21e siècle.

Cela rompt drastiquement avec le modèle classique où l'enseignant récupère année par année les mêmes stratégies et activités pédagogiques avec les mêmes outils didactiques, lesquels s'inscrivent dans la même séquence. Le tout, dans le but de faire travailler l'élève à trouver des réponses déjà toutes prêtes et des problématiques dont tous connaissent déjà les tenants et aboutissants.

La livraison ou la création ?

En fait, très peu de recherches ou ressources mettent en relief l'importance de la créativité chez les enseignants. Et ce n'est pas que les enseignants ne soient pas créatifs, mais bon nombre se bornent à suivre des manuels scolaires ou des cahiers d'exercices plutôt que d'élaborer eux-mêmes le matériel qu'ils utilisent. Bien sûr, le modèle actuel favorise très peu le recours à la créativité chez ces derniers et il peut être compréhensible que, dans les circonstances, une minorité prenne le temps et l'énergie pour parvenir à ces fins. Les enseignants vivent dans l'urgence de devoir passer la matière et, évidemment, les programmes sont chargés. Il y a peu de place pour l'exploration, l'expérimentation et la créativité, le tout, évacué au profit d'une pédagogie plus directive. Pourtant, tel que je l'ai déjà écrit dans un article précédent, l'enseignement n'est pas un métier de livraison, mais un métier de création.

En même temps, il faut comprendre que la somme des connaissances transmises durant le parcours scolaire de l'élève demeure infime face à l'omniprésence des savoirs disponibles. Bien qu'il fasse faire un choix sur ce qui doit être retenu dans les programmes, n'y a-t-il pas moyen de donner une certaine latitude à l'élève pour explorer d'autres domaines d'intérêt ? Bref, au lieu d'imposer unilatéralement ce que l'élève doit apprendre pendant son séjour scolaire, peut-on lui laisser une petite marge de manœuvre afin qu'il assouvisse sa curiosité et qu'il y cultive ses intérêts, ses passions ? Voici la voie pédagogique où la curiosité et la créativité se rencontrent et s'amalgament. Bien qu'on se plaigne souvent du manque d'autonomie de nos élèves, il faudrait plutôt s'interroger à savoir quelle latitude nous leur donnons pour exercer cette autonomie ? Il n'y en a aucune ! Tout est prédéterminé et réglé au quart de tour !

Le monopole des manuels scolaires et des cahiers d'exercices

À n'en point douter, les manuels scolaires sont de bons outils de référence. Cependant, ils ne sont pas très flexibles pédagogiquement, car ils sont des outils s'adressant à tous, en même temps, sans égard aux particularités des apprenants. À l'heure d'un monde de l'éducation animé par les mesures adaptatives et la différenciation pédagogique, il semble important de développer des outils adaptés à la personnalité (ou aux difficultés) des élèves ou, à tout le moins, à celle d'un groupe.

Les manuels scolaires produisent plutôt l'effet contraire de ce qu'ils prétendent accomplir. Ils n'élèvent certainement pas le niveau d'enthousiasme estudiantin dans les classes et n'encouragent assurément pas la motivation et la persévérance scolaire. Ils ne sortent aucunement de l'ordinaire, et ce, malgré les efforts en ce sens des rédacteurs et éditeurs. Ce que les manuels proposent, c'est bien plus une certaine forme de sécurité et de confort où l'enseignant peut s'en tenir au cadre établi, lequel est préapprouvé par le MELS et ainsi éviter d'en déroger. L'élève y trouve également un confort en retrouvant des situations familières presque aliénantes, dans lesquelles il évolue depuis le début de sa scolarisation. Ces ressources ne permettent pas d'enseigner autrement ni de faire avancer l'enseignant dans sa pratique en tant que professionnel autonome. Pour l'enseignant, il s'agit de refuser d'être un simple passeur de matière pour devenir un créateur de contenus pédagogiques. Il s'agit inéluctablement d'assumer son autonomie professionnelle, rien de moins. Ainsi, pourquoi emprunter le matériel qu'une entreprise a confectionné, lequel est destiné à une clientèle uniforme ? Non pas que le manuel n'a pas sa place dans la classe. Seulement, il ne doit pas remplacer le Programme de formation ou la Progression des apprentissages. Il doit être utilisé en tant que document de référence et non pas en tant que béquille qui, ultimement, détermine quelles thématiques seront abordées en classe.

Quotidiennement, les enseignants aspirent à développer l'esprit créateur de leurs élèves. Ils veulent cultiver leur curiosité et, pour reprendre l'expression consacrée, former les décideurs de demain. Comme l'écrivait la conseillère pédagogique Marie-Andrée Croteau, la curiosité propulse l'innovation. Or, la même recette s'applique pour les enseignants. Un pédagogue innovateur, curieux, qui sait prendre des risques calculés dans sa pratique quotidienne, saura former des élèves à cette image, en plus de développer des habiletés-clés chez ces derniers : adaptation, polyvalence, résilience et ouverture au changement.

Force est de constater que ce n'est certainement pas à coup de manuel scolaire ou de cahier d'exercices qu'on y arrivera...

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